À l'université Paris 1, un professeur de droit compare mariage pour tous et zoophilie

Des étudiants de Paris 1 ont assisté à un cours de leur professeur d'histoire de droit qui affirme que le mariage pour tous est un prélude au mariage entre Hommes et animaux. L'université a condamné les propos sans sanctionner, pour l'instant, l'enseignant.
Le centre René Cassin de Paris 1 accueille les étudiants en droit de première et deuxième années.
Le centre René Cassin de Paris 1 accueille les étudiants en droit de première et deuxième années. © MT - France 3 Paris Ile-de-France
Le cours de droit s'est transformé en tribune politique ce mardi 29 septembre dans l'antenne de droit de Paris 1, le centre René Cassin situé Rue Saint-Hippolyte dans le XIIIe arrondissement.

Devant un amphithéâtre d'étudiants, aussi retransmit en vidéo pour les étudiants qui ne peuvent accéder au cours, le professeur d'histoire du droit Aram Mardirossian explique être "opposé" au "mariage des homosexuels".

S'en suivent de longs propos, plus ou moins décousus, sur l'explication de son raisonnement. "Maintenant, il va y avoir forcément quelqu'un un jour qui va aller devant un tribunal et qui va dire : 'je suis discriminé. J'ai une jument, je l'adore. Je ne peux pas l'épouser, c'est un scandale, c'est une discrimination'. 'Mais il y a un problème monsieur, la jument n'a pas la personnalité juridique.' Oui pour l'instant, mais on est à la limite qu'elle l'ait. Qu'est-ce qui empêchera demain, que pour des tas de raisons, certains animaux l'aient ?"

"C'étaient des propos assez violents et choquants", se rappelle Luana, étudiante en deuxième année qui assistait à ce cours de rentrée d'histoire du droit de la famille. "C'était le premier cours que j'ai eu avec lui et je pense le dernier", poursuit-elle. Elle a depuis fait une demande pour changer d'option.

Les propos de ce professeur ont été filmés et diffusés sur les réseaux sociaux. D'autres extraits vidéo du même cours montrent le professeur aborder d'autres thèmes comme le changement de sexe. "Tout cela pour dire que des portes qui sont ouvertes et qu'il n'y a plus de limites. Un homme qui est une femme veut devenir un homme, enfin un homme qui est un homme veut devenir une femme et veut être la mère de l'enfant alors qu'il était le père. Le juge bricole mais c'est peine perdue. Demain il y aura un autre arrêt et ce sera terminé. Il y a un courant puissant. Que se cache derrière tout cela ? C'est là le plus grave, je le dis, c'est l'Homme tout puissant."

"Au fil de son cours, il tenait des propos discriminatoires, homophobes, transphobes et misogynes et faisait des commentaires personnels. Un moment par exemple, il disait que le rôle de la femme était d'être engrossé. Il a aussi tenu des propos bancals sur l'IVG", raconte cette étudiante.  

Condamnation de l'université

Face à l'ampleur de la polémique, l'université Paris 1 a condamné les propos de cet enseignant. "Les principes de liberté d’expression et d’indépendance des professeurs d’université, aussi fondamentaux qu’ils soient, ne sauraient abriter des propos de nature discriminatoire", peut-on lire dans un communiqué.

Cependant, aucune sanction n'a été prise à son encontre. Tout juste lui a été rappelé ces règles et la "référente égalité femmes-hommes, harcèlement et non-discrimination de l’université, Anne-Marie Leroyer, a été saisie de cet incident".

"Comme les autres, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a une vocation universelle. Elle est un lieu qui accueille et respecte chacun, sans distinction selon ses origines, sa religion, ses opinions ou son orientation sexuelle", conclut l'université dans ce document.

Depuis, les cours d'Aram Mardirossian ont été annulés. "Par ailleurs, à l'avenir, ce cours aura lieu entièrement en distanciel. Vous pourrez le suivre sur votre EPI mais il n'y aura plus de cours en amphithéâtre en présentiel", indique un mail du l'UFR de droit aux étudiants et consulté par France 3 Paris Ile-de-France.

"Mes camarades d'années supérieures m'ont prévenu par rapport à ce professeur. Il a effectivement cette réputation chez les étudiants. Cela fait trois ans qu'il enseigne dans notre fac. Certains ont fait part à l'administration de changer de cours, comme moi", explique Luana.  

Possible plainte

Des mesures qui sont loin de satisfaire tout le monde. Queer Sorbonne, l'association LGBTI+ des étudiants de Paris 1 a demandé "la destitution immédiate de l'homme en question, ce n'est pas la première fois qu'il est pointé du doigt, ce ne sera pas la dernière."

L'association demande ainsi la mise en place de formations "au sein de l'établissement pour le personnel et les élèves" et dit réfléchir "à porter plainte contre Aram Mardirossian et l'établissement si rien n'est fait" rappelant qu'un élu du Front national a été condamné en 2015 pour avoir assimilé homosexualité et zoophilie. Une autre association, Stop Homophobie, étudie elle aussi de possibles recours contre cet enseignant.

Un rassemblement "afin de dénoncer les propos LGBTphobes et discriminants du professeur" est organisé ce vendredi 2 octobre devant le centre René Cassin à 15h30.  

Un professeur engagé

Aram Mardirossian ne cache pas ses opinions pour le moins conservatrices. Faisant cours en robe avec une épitoge rouge herminée (correspondant à son grade universitaire), il intervient volontiers dans des médias. Sur son CV, il indique participer "régulièrement à l'émission "Chrétiens orientaux : foi, espérance et traditions" sur France 2 ou à la très droitiste Radio Courtoisie.

Spécialiste de l'histoire des religions, il affirme par exemple dans un long texte sur le site Atlantico : "Quant à l’islam, à l’instar des autres religions, il est consubstantiellement antinomique avec le principe de laïcité. (…) Aujourd’hui, les diverses religions présentes en France se sont largement soumises à la laïcité. Seul, l’islam, 'résiste' à travers une minorité significative de fidèles intégralistes qui mènent un combat virulent et pertinent par rapport à la lecture 'totale' – et en fait la plus authentique – de leur religion." Ainsi, parmi les rares organisations qui défendent ce professeur, le syndicat UNI qui affirme que "les étudiants de Paris 1 en ont assez de ces groupuscules d'extrême-gauche qui s'opposent sans cesse à la liberté d'expression de leurs profs ! L'UNI défendra toujours l'Université comme lieu de débats et soutient cet enseignant face au totalitarisme de la pensée unique !".

Contacté, l'enseignant n'a, pour l'instant, pas répondu à nos sollicitations.

 
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