"Véran accouche !" : la colère des sages-femmes dans les rues de Paris

Épuisement, sous-effectif chronique, manque de reconnaissance, crise des vocations… Les sages-femmes manifestent à Paris ce jeudi. Elles demandent notamment un changement de statut et une revalorisation sensible de leurs salaires.

Les sages-femmes se rassemblent dans la rue, après les grèves des 24, 25 et 26 septembre derniers. Les professionnelles sont parties vers midi de la place du 18 juin 1940, au niveau de Montparnasse, en direction du ministère de la Santé. Un appel à la grève générale a également été lancé.

"Ne poussez plus ! On est à bout", "Y a pas que le périnée qui craque", "Faudrait pas trop tirer sur le cordon ombilical !", "Marre d’être sage", "Véran accouche !"... Les manifestants ont défilé avec de nombreux slogans affichés sur des banderoles et des pancartes.

Dans un communiqué publié mardi, l'Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF) pointe "une succession de rendez-vous manqués, de déceptions" et "un mépris constant de la part du Gouvernement envers le rôle des sages-femmes, et plus largement envers la santé des femmes et des nouveau-nés".

S’indignant d’"une absence de réponse" de la part du gouvernement "à une lettre (...) faisant constat, une fois de plus, de la situation dramatique des maternités", l’ONSSF alerte : "40% de sages-femmes hospitalières sont en épuisement professionnel". "La sécurité des femmes et des nouveau-nés ne tient qu’à un fil", déclare l’organisation.

Pour ce qui est des revendications, les sages-femmes réclament la création d’une sixième année d’étude, l’amélioration du bien-être étudiant, la révision des décrets de périnatalité de 1998 et la création d’un statut médical "en accord avec le code de la santé publique".

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait pourtant annoncé mi-septembre une prime de 100 euros brut aux sages-femmes à l’hôpital, et une hausse de salaire de 100 euros net par mois, venant s’ajouter aux 183 euros prévus dans le cadre du Ségur de la santé. Insuffisant selon les professionnelles.

"Arrêter de passer d’une patiente à l'autre"

Camille Dumortier et Laura Faucher, interrogées la veille de la manifestation, sont respectivement sage-femme et étudiante sage-femme. "Quand on est sage-femme, on sait d’emblée qu’on va faire à la fois des journées, des nuits, des week-ends, des jours fériés, qu’on va passer un Noël sur deux au moins à l’hôpital, idem pour le Nouvel An", décrit Camille Dumortier, présidente de l’ONSSF, à l’origine de la mobilisation.

Et de poursuivre : "Notre journée se résume actuellement à essayer de parer au plus pressé, à longueur de temps, parce qu’on n’est pas suffisamment nombreux et que nos effectifs sont régis par des décrets de périnatalité qui datent de 1998. On était à 39 heures à l’époque, on est passé à 35 heures depuis… Idéalement, ce qu’on demande, c’est une femme pour une sage-femme. C’est d’arrêter de passer d’une patiente à l'autre."

On peut avoir trois à quatre patientes simultanément en travail. Plus l'établissement est de grande envergure, et plus c’est fréquent.

Camille Dumortier, présidente de l’ONSSF

"Les situations les plus critiques sont indescriptibles, ajoute-t-elle. Ce sont des moments où on peut avoir trois à quatre patientes simultanément en travail. Plus l'établissement est de grande envergure, et plus c’est fréquent. Certaines patientes vont accoucher dans de bonnes conditions. Si elles ont été préparées en rencontrant une sage-femme libérale en amont, elles sauront un peu à quoi s’attendre en amont, et ne nous en voudront finalement pas trop du manque de temps qu’on pourra leur consacrer. Mais d’autres vont aussi présenter des pathologies lourdes avec des bébés attendus en mauvaise santé, voire même des bébés décédés."

La pénurie concerne aussi les écoles. Laura Faucher, présidente de l’Association Nationale des Etudiants Sages-Femmes, déplore "un manque de connaissance des différentes compétences des sages-femmes". "Il y a un panel de compétences avec le suivi gynécologique depuis 2009, tout ce qui est lié à la contraception, l’accompagnement à la parentalité, les consultations au niveau de la sexualité aussi… Ce sont des choses que les lycéens ne savent pas forcément, et voient juste le mot accouchement", explique-t-elle.

Elle évoque également des études "très difficiles, très intenses", avec "sept étudiants sur 10 qui présentent des symptômes dépressifs". Laura Faucher pointe aussi du doigt "un mal-être étudiant fortement présent" et "un manque de revalorisation". D’après le Collège National des Sages-femmes de France, on comptait en Île-de-France 174 000 naissances pour 4 590 sages-femmes en 2019 - les chiffres les plus récents.

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