Patrice Anato, député de Seine-Saint-Denis, a porté plainte pour insultes et menaces de mort

Publié le Mis à jour le
Écrit par Emmanuelle Hunzinger
Patrice Anato, député de Seine-Saint-Denis, à l'Assemblée nationale en 2019.
Patrice Anato, député de Seine-Saint-Denis, à l'Assemblée nationale en 2019. © THOMAS PADILLA / MAXPPP

Députés, maires, élus locaux, quelle que soit leur étiquette politique, ils sont nombreux à être victimes d'agressions verbales ou physiques en Île-de-France. Dernier en date, Patrice Anato qui a décidé de "ne pas laisser passer" cette énième agression.

Patrice Anato, le député LREM de Seine-Saint-Denis a porté plainte après avoir reçu ce mardi une lettre d’insultes racistes et de menaces de mort. Cette fois-ci, l'élu francilien ne souhaite plus se taire et a diffusé ce courrier sur les réseaux sociaux.

#Ne rien laisser passer

"Depuis le début de la mandature, nous sommes plusieurs à avoir déjà été stigmatisés ou tagués sur certains réseaux sociaux. Je me suis toujours dit qu’il fallait mieux ne pas faire de la publicité à ce type de message, aux personnes qui sont derrière et qui ne représentent pas la majorité des Français. Cette fois-ci les mots utilisés dans cette lettre sont d’une violence extrême. J’ai pensé que dans le contexte politique actuel, il fallait le dénoncer car il y a une forme de banalisation de tous ces propos haineux", affirme Patrice Anato, décidé à ne pas baisser les bras face ce déferlement de haine.

70% des maires franciliens ont subi une agression physique ou verbale

Députés, maires, élus locaux, quelle que soit leur étiquette politique; ils sont nombreux en Île-de-France à avoir déjà reçu des menaces ou avoir été agressés.

En 2020, Laurent Simon, le maire de Chalifert, petite commune de 1218 habitants en Seine-et-Marne, est roué de coups par un de ses administrés. Bilan : arcade sourcilière fendue, côte fracturée, 10 jours d'ITT. "Décapiter Janodet", voici ce qui a été écrit l’été dernier sur des panneaux d’affichage de la ville d’Orly, visant la maire Christine Janodet (DVG). Le maire de Trappes, dans les Yvelines, Ali Rabeh, (Génération-s) a été placé sous protection rapprochée. A Colombes dans les Hauts-de-Seine, Patrick Chaimovitch, maire EELV de Colombe a reçu des menaces de mort. Idem pour Mohamed Gnabaly, le maire (SE) de l'Île-Saint-Denis qui a retrouvé des inscriptions nazies sur le portail de son domicile.

Le maire de Poissy, Karl Olive, (SE) a lui été victime de 3 agressions en 3 ans. la dernière s'est passée début décembre. Un homme l'attendait devant la mairie et disait vouloir l'égorger.

Selon une enquête de l’Amif, l’Association des maires d'Île-de-France, publiée en avril 2021, 70% des maires franciliens interrogés ont subi une agression physique ou verbale et 25% des maires interrogés ont déjà été agressés physiquement.

Cette étude révèle que les élus locaux ressentent un "fort sentiment d’insécurité, un manque de prise en charge et en compte des agressions, un découragement des élus et un manque d’information sur les dispositifs de protection existants".

Toucher un élu, c’est toucher la République, toucher la République, c’est abîmer la France

Karl Olive, maire de Poissy

Pour Karl Olive, la crise sanitaire et celle des Gilets jaunes ont aggravé les phénomènes de violence envers les élus. "Je dirais que la bascule s’est faite au moment des Gilets jaunes. Je fais référence au tag de l’Arc de Triomphe par les Gilets jaunes", analyse-t-il. 

Il pointe également le risque de découragement des élus notamment des maires et appelle à un statut d’élu "digne de ce nom qui puisse protéger de façon indéfectible les maires".

Aujourd’hui, il y a une parole décomplexée, une détestation des élus ou des institutions

Patrice Anato, député de Seine-Saint-Denis

Selon Patrice Anato, "aujourd’hui, il y a une parole décomplexée, une détestation des élus ou des institutions qui est vraiment croissante et cela est inquiétant. Il y a un manque de confiance entre les citoyens et les institutions. Une perte de confiance".

Il poursuit : "les crises successives que nous traversons contribuent à hystériser les peurs et les craintes. Certains propos ne devraient pas être tenus par des responsables politiques car cela incite d’autres personnes à diffuser des messages haineux. On a vu récemment le président de la République être agressé. Si on peut donner une gifle au président, on peut égorger des élus."

Le statut des élus en question

Si le maire de Poissy penche pour mieux protéger le statut d’élu et appelle au respect de l'autorité, Patrice Anato ne partage pas la même vision. "Certains de mes collègues et moi-même avons pensé qu’il fallait renforcer la protection des élus et en même temps, pourquoi protéger les élus plus que les citoyens ? Je pense qu’il faut renforcer la protection de tous les citoyens élus ou non élus devant les insultes discriminatoires sur les réseaux sociaux et les agressions physiques en sanctionnant plus sévèrement", affirme-t-il.

"Cette lettre d'insultes(...) menace le vivre ensemble et ce problème doit être pris à bras le corps par tous les élus quelle que soit leur sensibilité politique", conclut-il.

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