"La Nuit du 12", césar du meilleur film, l'histoire du meurtre de Maud Maréchal à Lagny-sur-Marne

Le 14 mai 2013, Maud Maréchal, était brûlée vive sur un trottoir de Lagny-sur-Marne en Seine-et-Marne. C'est ce crime qui n’a toujours pas été élucidé, qui a inspiré "La nuit du 12", un film multicésarisé réalisé par Dominik Moll.

C’est une affaire qui continue de hanter les enquêteurs de la police judiciaire de Versailles. Après neuf ans d’investigation, plus de 1000 procès-verbaux dressés, 240 personnes auditionnées et cinq interpellations réalisées, ils ne sont toujours pas parvenus à trouver le meurtrier de Maud Maréchal. Ni à comprendre les raisons de la mort tragique de cette jeune femme de 21 ans, décrite par ses proches comme sans histoires.

Maud Maréchal a été brûlée vive dans la nuit du 14 mai 2013 sur un trottoir d’un quartier pavillonnaire de Lagny-sur-Marne, à quelques pas de la maison familiale. Un crime non élucidé qui a constitué la trame de "La nuit du 12", récompensé par le César du meilleur film. Vendredi soir, son réalisateur Dominik Moll a tenu à adresser une pensée pour "la vraie Clara, la vraie victime qui a donné lieu au film". "Elle s’appelait Maud."

Brûlée vive après avoir été aspergée d'essence

Nous sommes le mardi 14 mai 2013. La veille, le PSG a fêté sa victoire de champion de France dans le chaos place du Trocadéro. Toute la nuit, Paris a été secouée par des violences urbaines. Loin du tumulte de la capitale, à 25 kilomètres de là, à Lagny-sur-Marne, Maud Maréchal a décidé de se rendre à une soirée organisée par l'une de ses amies d'enfance. Sur place, elle retrouve une dizaine de personnes dont son frère Nicolas qu’elle n’a pas vu depuis deux semaines. La jeune femme vient tout juste de rentrer de vacances et n’a pas prévu de travailler le lendemain.

Depuis qu’elle a obtenu son bac Pro l’année précédente, Maud est serveuse dans un restaurant en attendant de trouver sa voie. Sans obligations, elle prolonge donc la soirée. Elle est la dernière à partir vers 2h00 du matin. Elle n’a que cinq minutes de marche pour rejoindre la maison familiale située à 700 mètres de là, dans un quartier pavillonnaire tranquille comme il en existe tant d’autres.

Ce n’est qu’au petit matin qu’un voisin va découvrir le corps calciné de la jeune femme à même le trottoir. Dans son livre documentaire "18.3 : Une année à la PJ", la journaliste Pauline Guéna, qui a suivi les enquêteurs de la police judiciaire de Versailles pendant un an, relate : "A 6 heures, un travailleur matinal aperçoit des jambes qui dépassent, entre le trottoir et la chaussée. Il fait demi-tour et appelle la police. Une patrouille est passée une heure auparavant, sans rien apercevoir dans l’obscurité. Elle revient et découvre cette fois un corps carbonisé. Le visage n’est pas reconnaissable, les cheveux ont disparu, les vêtements synthétiques ont fondu et se sont mélangés à la chair. On devine un bout de soutien-gorge. La partie basse du corps, les jambes minces moulées dans un jean, est intacte à partir des hanches.

À quelques mètres, on trouve un téléphone dans une coque rose, qui fonctionne encore." Sur la scène de crime, les enquêteurs mettent effectivement la main sur un certain nombre d’éléments. "On retrouve dispersés sur une quarantaine de mètres environ d’abord son sac à main qui est calciné. On retrouve un briquet, on retrouve un mégot de cigarette, un bout de lacet. Ses vêtements sont totalement brûlés jusqu’aux genoux," raconte l’avocate de la famille de la victime dans une interview donnée à l'émission "Enquêtes Criminelles". 

L’autopsie pratiquée dans les jours qui suivent confirme ce que tout le monde redoute : Maud Maréchal est morte brûlée vive, aspergée d'essence. Les enquêteurs excluent rapidement un suicide, aucun récipient contenant un produit inflammable n'ayant été découvert à proximité du corps de la jeune femme. Seul son téléphone a été retrouvé à quelques mètres de là. Selon les policiers, la victime enflammée l’aurait lâché avant de parcourir les derniers mètres en courant avant de s’effondrer.

Lorsqu’une équipe de France 3 Paris Ile-de-France se rend sur place le 15 mai, les traces du supplice de Maud transformée en torche humaine sont encore visibles sur le trottoir. Pourtant, parmi les voisins rencontrés, personne n’a rien vu, rien entendu. Aux policiers, une habitante dira seulement avoir entendu des bruits de femme dans la nuit, mais elle ne s'est pas levée pour voir ce qu’il se passait. Et il n’y a aucune caméra de vidéosurveillance dans le quartier.

La vengeance d'un ancien petit ami ? 

De nombreuses pistes sont alors été envisagées comme celle de la vengeance d’un ancien petit ami, d'un amoureux éconduit ou celle d’une camarade de classe. À ses anciens copains du lycée technique Auguste-Perdonnet de Thorigny-sur-Marne où elle était scolarisée jusqu’à l’année précédente, Maud avait bien évoqué une histoire de harcèlement téléphonique. "C’était quelqu’un qui apparemment l’embêtait et elle aurait porté plainte mais ça n’a pas abouti", nous avait confiés à l’époque une de ses amies. Maud Maréchal avait effectivement porté plainte contre une de ses connaissances qui avait menacé de la brûler mais cette hypothèse ne mènera à rien. Son petit ami, plusieurs de ses ex, un voisin marginalisé sont interrogés. Tous les appels passés cette nuit-là dans les environs sont recensés. En vain. Du côté de la brigade criminelle, l'enquête patine avant de s'enliser. 

Le 25 mai 2013, la famille organise une marche silencieuse. Environ 500 personnes sont présentes, une rose à la main, habillées de blanc, certaines arborant un T-shirt l'effigie de la jeune femme. "Le message que nous voulons donner est un message de paix. Nous dénonçons toute forme de violence et en particulier cette cruauté faite à notre petite Maud", déclare sa mère, avant une minute de silence. Un de ses amis nous racontait alors : "Tout le monde est sous le choc. Maud respirait la joie de vivre. Elle était très souriante, toujours en train de rire avec un caractère bien trempé." 

Une famille et des amis qui depuis dix ans s'interrogent sur ce qui a pu arriver à Maud, sans perdre l'espoir d'obtenir des réponses. En septembre 2021, un appel à témoins lancé par la gendarmerie et la police a été diffusé sur M6. Mais il n'a pas permis de récolter d'informations probantes.

Aujourd’hui, le dossier reste ouvert au tribunal de Meaux, mais en septembre dernier, lors d’une conférence de presse, le procureur du tribunal de Nanterre, Pascal Prache, a reconnu que cette affaire intéressait le pôle "crimes sériels ou non élucidés". Un pôle qui, un an après sa mise en œuvre, est saisi de 77 procédures. Et pourrait bien relancer l'affaire.