"Cinq mois sans salaire" : des travailleurs sans-papiers en grève à l’hôtel Ibis de Bagnolet

Publié le Mis à jour le

Embauchés par un sous-traitant de l’association Coallia au sein du centre d’hébergement d'urgence de l’hôtel Ibis de Bagnolet, 10 salariés sont en grève. Ils demandent notamment des garanties en vue de leur régularisation.

Ils étaient six à manifester ce jeudi matin, devant l’hôtel Ibis de Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Au total, sept travailleurs, rejoints depuis par trois autres salariés, sont en grève depuis le 20 juillet. Parmi les 10 personnes concernées, l’un est français et neuf sont sans-papiers. "On demande notre régularisation et le versement de nos salaires en totalité", affirme Allassane, un salarié de 39 ans originaire de Côte d’Ivoire. "Notre patron savait très bien qu’on était en situation irrégulière, il était au courant", note-t-il.

"Leur employeur a arrêté de verser leurs salaires pendant cinq mois. Il y aussi les heures supplémentaires, les heures de nuit… Ils ont travaillé quasiment le double du minimum légal de 35 heures", explique Kamel Brahmi, secrétaire général de la CGT 93.

Tous ont été embauchés par Gaba Global Service International, une entreprise sous-traitante de Coallia. Depuis le premier confinement début 2020 dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, l’association s’est vu confier par l’Etat la mission de gérer un centre d’hébergement d’urgence pour les personnes vulnérables au sein de l’hôtel Ibis, réquisitionné dans le cadre de la crise sanitaire.

Mais depuis février dernier, les bulletins de paie prennent du retard. "Cinq mois sans salaire… Et la deuxième revendication, c’est que le donneur d’ordre reconnaisse leur statut de salarié. Ils travaillent quasiment tous depuis l’ouverture du centre. On leur a vendu des postes centrés sur l’accueil, mais ils ont aussi fait de la distribution de repas et de la médiation. Ce sont des travailleurs sociaux", indique Kamel Brahmi.

"Coallia ne peut pas détourner les yeux"

"Ils travaillent depuis deux ans auprès d’un public en difficulté, avec des centaines de sans-logis très précaires, qui parlent des langues différentes. Ça demande des compétences importantes pour gérer un tel site, avec du stress au quotidien", souligne le secrétaire général de la CGT 93.

"Une partie des salaires a été récupérée, le sous-traitant a fait un certain nombre de virements, mais on est loin du compte puisque ça ne représente qu’un tiers des sommes dues, poursuit-il. Ça va se régler aux Prud’hommes. L’objectif maintenant, c’est que Coallia fournisse les documents nécessaires à la régularisation des travailleurs. Mali, Guinée, Côte d’Ivoire… Ils sont originaires d’Afrique de l’Ouest, avec des parcours de vie cabossés."

"Coallia, ce n’est pas la petite épicerie du coin, mais un chiffre d’affaires de 200 millions d'euros par an. Et ils vivent principalement d’argent public. Ils se sont engagés à l’oral à fournir des documents, on attend du concret. Ils ont un devoir de contrôle sur le site, ils ont une responsabilité. Coallia ne peut pas détourner les yeux", pointe Kamel Brahmi.

Le mouvement de grève a notamment reçu le soutien de Danielle Simonnet (LFI), députée Nupes de Paris, qui s’est rendue sur place mercredi. La CGT prévoit par ailleurs un rassemblement lundi 8 août devant le siège de Coallia, situé dans le 12e arrondissement de Paris, "pour faire entendre les exigences" des salariés en grève.