Crash du Concorde : vingt ans après, "le souvenir est là, évidemment"

Le 25 juillet 2000, l'avion s'écrasait sur un hôtel de Gonesse, deux minutes seulement après son décollage. Le souvenir de ce drame est toujours présent dans les esprits des Gonessiens.

Pour le maire de Gonesse, le drame "fait partie de l'histoire de la ville".
Pour le maire de Gonesse, le drame "fait partie de l'histoire de la ville". © POULPIQUET/EPA/MaxPPP
"Je peux vous expliquer tout ce qui s’est passé à la seconde près, 20 ans après". Le souvenir de l’accident du Concorde est toujours aussi intact dans l’esprit de Michèle Fricheteau. Comme une trace indélébile. Le 25 juillet 2000 à 16h45, c’est dans son hôtel, à Gonesse, que l’avion s’est écrasé. L’appareil a terminé son vol deux minutes seulement après son décollage. L’accident a fait 113 victimes. Les 109 personnes à bord, et 4 personnes au sol, toutes dans l’hôtel de Michèle Fricheteau.

Résidant aujourd’hui à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) où elle s’est reconvertie en juriste, l’ancienne hôtelière garde en mémoire ce tragique évènement : "C’est quelque chose qui fait partie de nous, ma famille et moi. On a appris à vivre avec". Pour les commémorations des 20 ans du drame, l’ancienne propriétaire de l’Hotelissimo devait se rendre à Gonesse avec son mari. Mais en raison de l’épidémie du coronavirus, la femme âgée aujourd’hui de 66 ans n’a pu faire le voyage.
 

"Je n'ai pas pensé une seule seconde que ça puisse être un avion. J'ai encore moins pensé au Concorde"

Michèle Fricheteau


Le 25 juillet 2000, au moment où le Concorde s’écrasait, Michèle Fricheteau était derrière le comptoir de son bar et se préparait à accueillir plusieurs jeunes clients venus d’Angleterre. "J’ai senti un souffle qui m’a attrapé le visage. Heureusement, je mesure 1m50, donc le bar m’a sauvé". La gérante de l’hôtel fut tout de même brûlée au visage, aux cheveux et aux bras. Celle-ci ne comprit pas sur le coup ce qui venait de se produire. Ce sera de longues minutes après, qu’on lui apprendra que le Concorde a terminé son vol sur son établissement. "Je n’ai pas pensé une seule seconde que ça puisse être un avion. J’ai encore moins pensé au Concorde", confie-t-elle.

Quatre victimes au sol

Avec son apprenti, Franck, Michèle Fricheteau parvient alors à sortir de l’hôtel et à évacuer une cliente anglaise qui occupait une chambre au premier étage. "Je ne me suis pas rendu compte que j’étais brûlée. On est dans un état second dans ces moments-là. Ce n’est pas du courage. La seule chose qui comptait, c’était d’aller chercher mes employées". Mais les quatre membres de son équipe présentes ce jour-là dans son hôtel ne survécurent pas au drame et furent emportées sur le coup.  

Ce n’est qu’après avoir prévenu son mari grâce à un coup de téléphone passé dans un bar voisin, que Michèle Fricheteau apprit la terrible nouvelle. "Quand je suis revenue, il y avait 200 personnes déjà là. Je me demandais pourquoi elles étaient là. Mon fils est arrivé en pleurs, soutenu par des médecins. Il était persuadé que j’étais à l’intérieur. J’ai demandé à chercher les filles. Et puis les médecins m’ont dit ‘c’est trop tard, c’est fini’". La responsable de l’Hotelissimo sera alors transportée à l’hôpital où elle y restera dix jours.

Parmi les quatre victimes au sol, deux des femmes de ménage de l’hôtel, dont une avait intégré l’équipe la veille, et deux stagiaires polonaises qui devaient repartir les jours suivants. "C’est quelque chose d’insupportable. C’est terrible. Une des femmes de ménage avait des jeunes enfants. Quand elle est décédée, ils nous en ont un peu voulu car on était les survivants. Ils ne comprenaient pas pourquoi on avait survécu et pas leur mère. C’était normal comme réaction", compatit Michèle Fricheteau.

Un lien spécial avec les familles de victimes

Un mois après l’accident, elle et son mari sont alors allés en Pologne pour rencontrer la famille des jeunes stagiaires qui ont péri ce 25 juillet 2000. "Elles étaient jeunes. Elles n’avaient aucune raison de mourir comme ça. Je trouvais que c’était notre devoir d’y aller. Les parents étaient d’accord. On les a retrouvés à chaque commémoration. C’est toujours empreint de beaucoup de gravité. Mais tout en étant lié par quelque chose. C’est très surprenant comme relation", décrit-t-elle. "Ce qui nous a beaucoup aidés c’est notre lien familial. On a décidé de nous soigner entre nous", explique alors Michèle Fricheteau, qui sans oublier, arrive à vivre une vie normale en Nouvelle-Calédonie.
 

"Ça fait partie de l’histoire de la ville. Ça ne peut pas être oublié. 20 ans après, c'est une cicatrice"

Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse


En 2006, une stèle en hommage aux 113 victimes fut érigée sur les lieux du drame. Déjà maire de Gonesse il y a 20 ans, Jean-Pierre Blazy (PS) se souvient : "J’étais en vacances le 25 juillet 2000. J’ai reçu un coup de téléphone. J’étais dans le sud de la France. J’ai dû revenir pour être présent, ce qui était normal. Quand on est maire, on n’est pas prêt à gérer localement une telle catastrophique. Ça a été un choc". Comme les habitants de la commune, l’élu a cherché à avoir des réponses sur les circonstances et les causes de l’accident : "Il fallait essayer de comprendre. Les habitants ont vu l’appareil, ont été témoins directs. L’appareil était à très faible altitude. Ça a été l’interrogation". Pour le maire, ce 25 juillet 2000 restera à jamais gravé dans les mémoires des Gonessiens : "Ça fait partie de l’histoire de la ville. Ça ne peut pas être oublié. 20 ans après, c’est une cicatrice. Le souvenir est là, évidemment".
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
accident aviation aéronautique
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter