Dans le Val-d’Oise, les initiatives se multiplient pour lutter contre la prostitution

Alors que la mairie d’Epinay-Champlâtreux a installé un gigantesque panneau destiné à dissuader les clients, le parquet de Pontoise mise sur la prise de conscience en proposant aux contrevenants de suivre des stages de sensibilisation. 

Le panneau installé par la mairie d’Epinay-Champlâtreux, au bord de la départementale.
Le panneau installé par la mairie d’Epinay-Champlâtreux, au bord de la départementale. © FO / France 3 PIDF

A Epinay-Champlâtreux, la mairie ne veut plus de prostitution. Dans cette commune du Val-d’Oise, la mairie a fait poser depuis mai 2020 un gigantesque panneau de signalisation de trois mètres sur deux, pour dissuader les clients.

Sur l’installation, sont affichés trois pictogrammes bien explicites : un logo représentant une caméra, un autre représentant une prostituée à proximité de la voiture d'un client, et un dernier représentant une lettre. Le tout accompagné de trois messages : "acheter un acte sexuel est interdit par la loi et passible d’une amende de 1 500 euros" ; "ce site est équipé de caméras permettant la vidéo-verbalisation" ; et enfin "l’amende est envoyée directement à votre domicile".

Au bord de la départementale où a été installé le panneau, Emmanuel de Noailles, le maire d’Epinay-Champlâtreux (sans étiquette), dit n’avoir pas eu d’alternative : "C’est la solution qu’on a trouvé pour essayer à notre petit niveau de combattre la prostitution sur notre petit territoire communale".

C’est terrible de devoir rentrer tous les jours avec nos enfants, de passer devant ce lieu et parfois de surprendre des consommateurs d’actes sexuels

Emmanuel de Noailles, maire d’Epinay-Champlâtreux (sans étiquette)

"Vraiment, c’est terrible de devoir rentrer tous les jours avec nos enfants, de passer devant ce lieu et parfois de surprendre des consommateurs d’actes sexuels, dont on voit les fesses cachées dans les fourrés", raconte l’élu à France 3 Paris IDF.

La commune est connue de la part des forces de l’ordre comme étant un point de passage pour des activités de prostitution. Il y a un an, l’une de nos équipes avait filmé les allées et venues de clients à proximité de la départementale. Des pratiques interdites par la loi : les faits sont passibles d’une contravention de cinquième classe et de 1500 euros d’amende.

Les allées et venues de clients, filmées par l’une de nos équipes il y a un an à Epinay-Champlâtreux.
Les allées et venues de clients, filmées par l’une de nos équipes il y a un an à Epinay-Champlâtreux. © FO / France 3 PIDF

Alors comment lutter contre la prostitution, au-delà du démantèlement des réseaux d’exploitation ? La justice mise aussi sur la sensibilisation des clients. Dans le département, les initiatives se multiplient pour provoquer une prise de conscience de la part des clients.

"Un effet très positif sur la perception de ce fléau qu’est la prostitution"

Depuis 2019, le parquet de Pontoise propose aux contrevenants de suivre un stage de sensibilisation à la lutte contre l’achat d’actes sexuels. Eric Corbaux, procureur de la République, affirme que cette alternative pénale fonctionne.

"Plus de 90% des personnes qui sont renvoyées le suivent, payent, parce que c’est un stage qu’ils payent eux-mêmes, précise le procureur. On a effectivement un effet très positif sur la perception de ce fléau qu’est la prostitution."

On a beaucoup de témoignages et on a une survivante qui intervient en fin de journée, pour raconter son expérience

Frédéric Boisard, coanimateur des stages et chef de projet à la Fondation Scelles

Le stage en question, qui coûte 180 euros, est animé en partie par Frédéric Boisard depuis maintenant trois ans. Son travail vise à faire évoluer les mentalités et les consciences. "On a beaucoup de témoignages et on a une survivante qui intervient en fin de journée, pour raconter son expérience", détaille l’animateur, chef de projet à la Fondation Scelles.

"Souvent il y a un grand silence après le témoignage, parce quelqu’un qui a vécu tout ce qu’on a raconté pendant la journée vient l’expliquer, poursuit Frédéric Boisard. Et là, il y a beaucoup de renversements, de bascules, qui se font à ce moment-là."

Sur 164 tribunaux en France, six ont choisi cette orientation. Dans le Val-d’Oise, près de 60 personnes ont assisté au stage de sensibilisation, au cours de l’année dernière.

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