Marina : le portrait du père

"Je suis un monstre. Je suis lâche." C'est avec ces mots que se décrit Éric Sabatier quand il reçoit le psychologue en prison.

La cour au procès Marina
La cour au procès Marina © Fabrice Tourmez
A quatre reprises, le spécialiste rendra visite à l'accusé. Il décrit un homme au fonctionnement archaïque, dépourvu d'émotion, instable professionnellement et dépendant dans sa relation avec Virginie Darras.
 
"Je n'ai pas trouvé qu'Éric Sabatier souffrait de maladie mentale. Il n'y a pas de délire. C'est quelqu'un qui est incomplètement construit. Quelqu'un dont le moi est sans épaisseur. Comme un décor de théâtre derrière lequel il n'y a pas grand chose. Je dirai qu'il souffre de fragilité narcissique."

L'expert évoque une fuite en avant au moindre problème et un certain nombre d'éléments qui peuvent faire penser qu'il était soumis et dépendant.

Concernant Marina, comme d'autres experts entendus hier, il indique que l'enfant était devenue le symptôme d'un couple qui ne fonctionnait pas. Un processus mental commun qui s'est déclenché dès la naissance de la petite fille. "Une enfant qui ne passe pas ses premiers jours avec sa mère, ça donne souvent une catastrophe car le processus d'attachement ne se fait pas."

"Comme Monsieur Sabatier a peur d'être abandonné, il a créé une dépendance à sa femme et a développé un comportement de violence envers Marina qu'il pensait nécessaire au maintien de leur relation" expliquera le psychologue. "Je ne suis pas sûr qu'il soit en mesure de se mettre à la place de l'autre, encore moins à la place d'un enfant… "
Dans le box, Éric Sabatier reste stoïque et écoute le spécialiste poser son diagnostic.
 
Une personnalité d'emprunt
 
"Il n'est pas dans l'émotion, mais dans l'action. Il ne peut pas exprimer les sentiments qui le traversent." Concernant ses "affabulations", admises par Éric Sabatier, l'expert estime que c'était un besoin pour se sentir considéré par autrui, pour se valoriser.

Pour Me Véronique Sousset, son avocate, ces mensonges récurrents lui permettent de se construire socialement, d'exister auprès des autres. "Entre un père violent, abusif et une mère soumise, Éric Sabatier n'a pas eu de modèle parental stable pour se construire une personnalité propre."

Pour confirmer cette première analyse, la cour a fait appel à un autre expert, psychiatre cette fois-ci. A la barre, la praticienne est revenu sur l'ensemble des faits reprochés au père de Marina. Ce dernier se décrit comme un mouton vis-à-vis de sa femme, motivé par la peur de la perdre et de perdre aussi la garde de ses enfants.

Il estime qu'il aurait du s'interposer mais qu'il en a été incapable. Selon l'experte, iI ne présente pas de trouble psychotique : "Les faits qui lui sont reprochés sont en lien avec les perturbations sévères de sa personnalité. Il présente un état de dangerosité au sens psychiatrique. Il est accessible avec une sanction pénale."

Elle recommande un suivi psychiatrique intensif en prison en vue de sa réadaptation.
 
Le sadisme des actes de cruauté en question
 
Aux deux experts venus dresser le portrait d'Éric Sabatier se pose la question de la violence des actes qui lui sont reprochés. L'accusé se retranche derrière le mot "maltraitance" ou "corrections, gifles, punitions". A aucun moment, dans les différents entretiens avec les spécialistes, il ne décrira exactement la nature de ses gestes et de la violence qui les accompagnent.

Impulsif, souvent sous emprise alcoolique au moment des faits, l'accusé a malgré tout reconnu en partie de ses responsabilités auprès d'un troisième psychiatre. Ce dernier, par contre, décrit un contexte de sadisme. "Ces violences réitérées, c'est un mode relationnel qui s'est construit autour de cette petite fille dont le moteur visible peut être la frustration. Les sévices sur Marina étaient un exutoire, une manière d'évacuer les tensions." Interdit, Éric Sabatier écoute les débats comme si l'on parlait de quelqu'un d'autre…

Le procès, dans sa forme, s'achève ce soir. C'est la fin de l'instruction à l'audience. Demain, les parties civiles vont, tour à tour, plaider pour les associations d'aide à l'enfance ainsi que pour les autres enfants du couple Darras-Sabatier. Lundi, réquisitoires et plaidoiries viendront conclure la procédure. Si l'agenda est respecté, le verdict devrait tomber dans la journée de mardi. Les deux accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.



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