Le Mans : Joseph Weismann, rescapé de la rafle du Vel d'Hiv va (enfin) recevoir la médaille des évadés

Avec Joseph Weismann, Hugo Leverdez. C'est ce jeune garçon qui avait interprété le rôle du "Petit Jo" à l'écran (film La Rafle, sorti en mars 2010) / © AFP Jean-François Monier
Avec Joseph Weismann, Hugo Leverdez. C'est ce jeune garçon qui avait interprété le rôle du "Petit Jo" à l'écran (film La Rafle, sorti en mars 2010) / © AFP Jean-François Monier

Le sarthois Joseph Weismann a reçu la lettre en début de semaine lui annonçant que le ministère de la Défense venait de lui attribuer à titre exceptionnel cette décoration. Son acte héroïque avait inspiré le film "La Rafle" sorti en 2010.

Par Willy Colin

Joseph Weismann ne l'attendait plus cette médaille. Il est ému. Avant notre entretien face caméra, il souhaite nous montrer sa lettre annonçant la bonne nouvelle. Cette fois, c'est écrit noir sur blanc. "je ne veux pas passer pour quelqu'un de présomptueux, mais j'y avais droit !", lance-t-il.

Voici les extraits de l'entretien réalisé par Marie Aimée Ide et Marc Yvard de France 3 Maine
Entretien Joseph Weismann
(extraits)

Un regret 

"Justice est enfin rendue. Je considère cette décision comme une réparation", souligne M. Weismann avant de regretter une seule chose : "J'aurais aimé que mon compagnon d'évasion soit encore de ce monde pour cette distinction". Et de se souvenir du moment incroyable : "Nous avons avons passé six heures à ramper dans les barbelés, à s'accrocher, à repartir. Et au bout, on a retrouvé la liberté".

Une médaille, une bataille

Voilà des années que Joseph Weismann se bagarre pour décrocher cette médaille des évadés. L'Etat la lui refusait car son cas ne rentrait pas dans les critères très précis d'attribution détaillés dans un décret du 7 février 1959. A cette date, on ne reconnaissait que les camps tenus par les Allemands, en Allemagne. Or, le camp d'internement de Beaune-la-Rolande (Loiret) d'où il s'est échappé, était gardé par des gendarmes français. "Il s'en dégage une leçon", fait valoir M.Weismann :

L'administration est longue. Mais lorsqu'on se bat jusqu'au bout, il est possible d'obtenir gain de cause. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir !

Témoignage 

Aujourd'hui encore, Joseph Weismann (83 ans) parcourt la France. Il se rend dans des collèges publics et confessionnels. Ses interventions se font à la demande des enseignants. "Attention, je ne suis pas un conférencier, un expert de cette période. Simplement, je raconte mon histoire à des adolescents. Ils ont vu au préalable le film La Rafle. Ce sont des instants très forts. Il se dégage beaucoup d'émotion", explique-t-il.

Pour ce travail de mémoire avec les jeunes (une quarantaine de déplacements par an), le manceau recevra en juin prochain une autre distinction. Il sera fait Chevalier des Palmes Académiques.

Bande-annonce du film La Rafle (mars 2010)

La rafle vécue par Joseph Weismann

Arrêté par la police française avec ses deux soeurs et ses parents, Joseph Weismann a passé trois jours au Vélodrome d'Hiver, où s'entassaient plusieurs milliers de juifs de Paris et de sa banlieue, avant d'être conduit en wagons à bestiaux au camp de Beaune-la-Rolande.

Après avoir été séparé du reste de sa famille, envoyée dans les camps de la mort, il avait fini par s'évader, à 11 ans, pour finalement trouver refuge jusqu'à la fin de la guerre chez une lavandière de Pont-de-Gennes dans la Sarthe,

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