Roche-sur-Yon : de Tintin à "La Vache qui rit", mais qui est donc Benjamin Rabier ?

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Écrit par Claude Bouchet

Il se cache derrière "La Vache qui rit" et le sel "La Baleine", a créé Gédéon le canard au long cou et inspiré Hergé. A Moulins, une exposition rend hommage à l'illustrateur Benjamin Rabier, aujourd'hui méconnu mais dont le coup de crayon est passé depuis à la postérité.

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La rétrospective "Il n'y a pas QUE la vache qui rit" qui se tient jusqu'au 31 août 2015 au Musée de l'Illustration Jeunesse (MIJ) à Moulins, réunit une foisonnante collection de dessins originaux, objets, jouets, meubles et autres affiches publicitaires de ce pionnier de la bande dessinée et du dessin animé.

Né à Napoléon-Vendée (aujourd'hui La Roche-sur-Yon), Benjamin Rabier (1864-1939) grandit à Paris, où il remporte à 15 ans le prix de dessin de la Ville. Mais sa famille n'est pas riche, et malgré des débuts prometteurs, ce fils de menuisier est contraint à travailler. Il enchaîne alors les petits boulots :aide comptable au Bon Marché, contrôleur des billets dans un cirque...

Dans les années 1880, il est très vite repéré par de nombreuses revues humoristiques ou satiriques (Le Rire, Pêle-Mêle, l'Assiette au beurre), qui séduisent un large public, plus ou moins lettré. Mais les dessinateurs sont payés à coup de lance-pierre, parfois d'un simple verre de vin.
Pour assurer la sécurité matérielle de sa famille, il choisit d'être fonctionnaire la nuit aux Halles de Paris et dessinateur le jour. Jusqu'à ce qu'un "burn-out" ne l'oblige, à 46 ans, à se consacrer entièrement à l'illustration.

Père spirituel d'Hergé

En 1898, il réalise son premier album pour la jeunesse: Tintin-Lutin, ou les aventures d'un petit diablotin jamais avare de bons tours.
"Avec sa houppette rousse, son pantalon de golf, ce personnage ressemble à s'y méprendre au personnage d'Hergé, qui n'a jamais caché s'être inspiré de Rabier. Il lui empruntera d'ailleurs de nombreux gags dans « Tintin au Congo », et « Tintin au pays des Soviets », tout comme son invention de la ligne claire en bande dessinée", souligne la responsable scientifique du MIJ, Emmanuelle Martinat-Dupré.

Comme Benjamin Rabier, Hervé optera pour un trait simple et lisible, des aplats de couleurs et un contour systématique de ses personnages au trait noir. Lors de la Première Guerre mondiale, il crée Flambeau, un chien héroïque face aux ennemis allemands, pour soutenir le moral des troupes. "Marqué par la brutalité du conflit, il ne dessine dès lors plus aucun humain et développe un bestiaire d'animaux souriants se moquant habilement de la société des hommes", ajoute cette spécialiste de la littérature jeunesse.

Au premier rang de cette ménagerie de papier, Gédéon, un canard disgracieux qui se gagne sa place de la basse-cour en se distinguant par son intelligence et son sens de la justice. Les aventures de ce héros, cousin de Donald Duck, seront adaptées en 1976 à la télévision par Michel Ocelot, créateur de Kirikou.

"Wachkyrie"


En 1915, Benjamin Rabier remporte un concours de l'armée pour la création d'un emblème du régiment de ravitaillement en viande fraîche (RVF). Il dessine une vache hilare, surnommée Wachkyrie, allusion ironique à l'opéra de Wagner.

Lorsque Léon Bel, héritier d'une fromagerie fondée par son père à Lons-le-Saunier, crée son fameux fromage fondu en 1921, il demande à l'illustrateur de redessiner le bovidé, teint en rouge (c'est l'époque du fauvisme) et paré de boucles d'oreilles en forme de boîtes de fromages qui répètent son image à l'infini. "La Vache qui rit" est née. Ce coup de maître débute sa collaboration avec d'autres grandes marques publicitaires : les Salins du Midi, Poulain, Lu, la Biscuiterie Nantaise, Maggi, Pétrole Hann, Ricqlès...

Très prolifique, il décline aussi son univers de fabuliste sous forme de dessins animés en collaborant avec Émile Colh, l'un des inventeurs du genre, mais aussi sur de multiples objets du quotidien qui prirent place dans les maisons et chambres d'enfants du début du XXe siècle. 

Avec AFP