Coronavirus : les agriculteurs des Pays de la Loire ont besoin de bras pour remplir vos assiettes

Comment ramasser les fruits et légumes de printemps alors que de nombreux travailleurs potentiels souvent étrangers sont indisponibles en raison de la crise liée au Covid-19 ? C’est le casse-tête auquel les agriculteurs de la région font face.
 

La crise du covid-19 inquiète les maraîchers
La crise du covid-19 inquiète les maraîchers © MaxPPP
Pour répondre à ce besoin les organismes agricoles, en lien  avec Pôle Emploi, ont mis au point une plateforme participative (Des bras pour ton assiette)

En Pays de la Loire, on recense 13 999 candidats au 2 avril selon la société WiziFarm qui a mis en place ce réseau. Si on se bouscule donc pour proposer ses services, en revanche ce n'est pas vraiment la surtension côté exploitants avec... 243 exploitants inscrits à ce jour sur la même plateforme. Ils proposent quelques 487 emplois. Bien plus de candidatures que de postes donc.

"C'est la structure même du marché de l'emploi dans l'agriculture soumise aux aléas de la météo et aux particularités de chaque secteur d'activités qui explique une telle différence" tempère la chargée de communication de la structure. De fait, sur le terrain, les agriculteurs applaudissent l'initiative mais pointent aussi des inadéquations avec leur réalité d'exploitant.
 

Des maraîchers sous tension

"La situation est très tendue " explique Jean-Pierre Hamard, le président de la section maraîchère de la Sarthe. Lui-même maraîcher, il a des soucis d’emplois saisonniers pour faire marcher son exploitation située à La Flèche dans le sud du département.

J’ai dix saisonniers avec lesquels je travaille chaque année depuis 2010 qui sont bloqués dans leur pays d’origine, la Pologne et la Bulgarie. Coup du hasard, les saisonniers espagnols, eux, avaient déjà effectué leur voyage avant le début du confinement - Jean-Pierre Hamard

En effet, dans ce secteur d’activité, le recours à la main étrangère est très courant. Jean-Pierre Hamard craint que, par manque de main d’œuvre, certains maraîchers préfèrent ne pas récolter leur production.

Il explique aussi qu’il faut raisonner sur le long terme. Il n’y a pas que la production de saison qui risque de pâtir de ce manque de main d’œuvre. En effet, "dans une quinzaine de jours, les maraichers vont préparer les cultures d’automne donc le risque c’est de n’avoir plus de quoi récolter au mois de septembre".

Il s’agit donc d’assurer maintenant pour pouvoir retrouver plus tard des carottes, des poireaux, des choux et des endives dans les assiettes des consommateurs.  

Appel à candidatures

Pour faire face, les acteurs régionaux, notamment du maraichage, s'organisent. A ce titre, la Fédération des maraichers nantais est un des poids lourds du secteur dans les Pays de la Loire. Cette structure représente 2500 salariés regroupés dans 200 entreprises. 

La fédération a mis en place ce jeudi 2 avril une campagne de communication qui vise à attirer plusieurs centaines de saisonniers. Soit pour des contrats courts notamment pour la récolte de muguet qui démarre à la mi avril, soit des contrats plus longs jusqu'au mois d'octobre.

Dans les deux cas il faut faire acte de candidature en ligne sur le site de la Fédération des Maraichers Nantais



Besoin de renforts saisonniers... sur la durée !

"Nous recrutons des ouvriers agricoles pour la saison à compter du 6 avril. Avril à juillet : Travaux de plantations et d'entretiens des cultures.
Juillet à Septembre : Travaux de cueillettes et d'entretien des cultures"

détaille l'offre déposée sur la plateforme "Des bras pour ton assiette" par Gwenaëlle Portrait. Cette productrice de melons installé en Sud Vendée cherche une quinzaine d’ouvriers agricoles pour tout de suite mais ses besoins vont monter au fil de la saison "jusqu à 80 personnes à partir de juillet pour la récolte" détaille la responsable de l’entreprise familiale les Melons Céleste située à Sainte-Gemme-la-Plaine.

La saison s’étale de début avril, pour la plantation, à début octobre, pour la récolte. Traditionnellement, cette exploitation emploie 30 à 40% de main d’oeuvre en provenance de l’étranger, principalement du Portugal et du Maroc.

"Suite à cet appel général il y a des gens qui candidatent mais c’est souvent pour une durée trop courte pour nous car on a besoin de personnes qu’on embauche pour 6 mois", or, la plupart des candidats sont en chômage technique ou en intérim donc ils sont susceptibles de repartir rapidement ce qui ne convient pas au travail sur son exploitation précise Gwenaëlle Portrait.

C’est un travail physique en général il faut une semaine pour s’habituer. Si les gens s’en vont au bout d’une semaine ça ne sert à rien pour nous - Gwenaëlle Portrait, productrice de melons

Pour remédier à ce problème, elle demande un engagement d’un mois minimum.
 

Les caprices de la météo

A cette conjoncture inédite se greffe, comme chaque année ,la météo qui contrarie les meilleures volontés. Certains agriculteurs se voient donc dans l'impossibilité de répondre aux sollicitations des saisonniers. C'est le cas de Frédéric Poupard, cultivateur d'asperges bio à Longué, à côté de Saumur dans le Maine-et-Loire.

J’ai eu 25 coups de fil spontanés de saisonniers qui veulent venir sur mon exploitation mais je suis obligé de refuser -Frédéric Poupard, cultivateur d'asperges bio

La conjoncture économique (moins de demande sur cette plante) l’a incité à réduire sa production.  Et là dessus une vague de froid il y a dix  jours a stoppé la pousse des asperges. 

"Au lieu de sortir 100 kilos par jour, je ne produis que  30 à 40 kilos chaque journée". Il espère une reprise mais, même si cela pousse, il ne pourra faire appel aux saisonniers que s'il reussit à vendre sa production. Pas une mince affaire pour cet exploitant qui s'en sort à grand peine en vendant en magasin sur Saumur ou sur internet.

Pour toute démarche d'aide et de conseil dans cette situation délicate la Chambre Régionale d'Agriculture des Pays de La Loire met en place un numéro unique. 
 

 
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