Crise du lait : Emmanuel Besnier, patron de Lactalis, réagit

© Capture d'écran sujet Lactalis France 3 août 2016
© Capture d'écran sujet Lactalis France 3 août 2016

Très discret, le patron de Lactalis Emmanuel Besnier a réagi à la crise du lait qui a fait la une de l'actualité cet été. L'industriel français revient sur les origines du conflit et indique que malgré l'accord du 30 août sur le prix du lait, les problèmes de la filière ne sont pas réglés.

Par Lucas Hobé

Ce n'est qu'au bout d'une semaine d'actions de blocage et trois négociations que Lactalis et les producteurs laitiers ont trouvé un accord le 30 août, fixant le prix de la tonne de lait à 290 € alors qu'il était payé 256 euros les 1 000 litres auparavant. 

Dans ce conflit, Emmanuel Besnier, le patron de Lactalis, était la principale cible des producteurs laitiers qui l'accusaient d'être "le plus mauvais payeur" de lait en France. 

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Très discret, l'industriel français a réagi à ces événements "qui sont intervenus dans un contexte où les difficultés des producteurs laitiers sont bien réelles depuis la libéralisation des marchés, exacerbées par une crise qui affecte quasiment toutes les productions agricoles".

Dans un document à destination des producteurs de lait livrant au Groupe Lactalis, il indique que "des contre-vérités ont été intentionnellement véhiculées pour faire de Lactalis l'unique responsable d'une crise qui dure depuis maintenant deux ans, qui est une crise de surproduction alors que le Groupe est depuis plus de quatre ans, l'un des seuls laitiers représentatifs à prôner et à exercer une limitation des volumes collectés".

"Le mythe du petit contre le gros"

Il rappelle que "fin juillet, faute d'accord sur un objectif de prix annuel avec les Organisations des Producteurs, nous avons reconduit pour août à titre conservatoire, le niveau de prix de base de juillet tout en indiquant qu'il ne serait pas représentatif du prix moyen annuel. Ce niveau de 255 euros a été perçu comme une provocation et a constitué le détonateur de ce conflit".

Emmanuel Besnier pointe du doigt "le syndicalisme" qui a utilisé "ce décalage d'août pour asseoir ses positions et user dans un contexte économique particulièrement tendu, du mythe singulièrement vivace en France, celui du petit contre le gros". 

Malgré les "attaques physiques et morales", il se félicite que la "totalité de la collecte a été assurée, non sans mal grâce au professionnalisme de nos salariés".

"La filière laitière française devra choisir son modèle"

Le patron de Lactalis souligne que le prix du lait négocié devient "supérieur à l'environnement économique français et apporte une visibilité jusqu'à la fin de l'année. (...) Cette avancée apportée par le Groupe représente un soutien de 150 millions d'euros en 2016 par rapport à nos engagements contractuels". 

Ces modifications impliquent que la filière laitière française va devoir choisir son modèle étant donné que le prix négocié aujourd'hui est "très largement supérieur de 45€ / 1 000 litres à celui de son environnement européen, fragilisant ainsi 40% de la collecte française destinée à l'exportation".

Pour Emmanuel Besnier, deux modèles sont possibles : 
  • une production laitière tournée sur sa seule consommation intérieure, mieux valorisée mais avec environ deux fois moins de volumes.
  • ou un modèle tourné vers les marchés extérieurs mais plus cyclique à la baisse comme la hausse. 
Après un climat de tension, le chef de Lactalis tient à apaiser les relations avec les producteurs laitiers. "Je souhaite qu'ensemble, nous lancions une consultation et une réflexion approfondie dépolluée du discours partisan du syndicalisme sur le modèle laitier que nous souhaitons construire pour les années futures, avec en toile de fond la compétitivité des exploitations et l'adaptation à la volatilité des prix. (...) Notre objectif reste la meilleure valorisation du lait collecté dans une conjoncture de marchés qui restera volatile du fait de la mondialisation et de la libéralisation de l'économie et où les producteurs laitiers doivent encore gagner en compétitivité face à leurs concurrents européens. Dans ce contexte le tryptique confiance, responsabilité, respect demeure plus que jamais le socle de notre relation qui doit être nécessairement stable pour permettre au Groupe d'élaborer une stratégie pérenne en France".

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