DOCUMENTAIRE. “La séquestrée de Poitiers”, histoire d'un effroyable fait divers de 1901

© Marmita Films
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L'affaire de la "séquestrée de Poitiers" est l'un des faits divers les plus retentissants du début du XXe siècle. En 1901, une femme fut découverte dans une chambre dans laquelle elle avait été enfermée par sa famille pendant 25 ans. À voir lundi 15 octobre après Soir 3.

Par Claude Bouchet

Le 23 mai 1901, à la suite d’une dénonciation par lettre anonyme, le Procureur général de Poitiers ordonne une perquisition chez Madame Louise Monnier, veuve d’un ancien doyen de la Faculté de Lettres.
 
C’est là, au deuxième étage d’un hôtel particulier du centre-ville, que le Commissaire central découvre une femme squelettique, entièrement nue, qui gît sur une paillasse pourrie au milieu de ses excréments.Il s’agit de Blanche, la fille de Mme Monnier.
Elle serait séquestrée par sa famille depuis vingt-cinq ans…

Cette découverte enflamme la ville. Comment, en effet, imaginer qu’une mère puisse avoir la barbarie d’enfermer sa fille pour l’abandonner à la faim et à la souffrance ? Comment imaginer qu’un tel supplice puisse durer un quart de siècle sans que personne ne s’inquiète? Quel crime avait commis la malheureuse pour subir un tel châtiment ?

La presse s’empare aussitôt du fait divers. Tandis que les différents organes républicains et monarchistes en profitent pour régler leurs comptes, un journaliste de la presse locale s’affranchit de leurs querelles pour mener sa propre enquête. Dans le Poitiers de 1901 reconstitué à partir d’archives animées, il part à la rencontre des principaux témoins de l’affaire…

En faisant dialoguer passé et présent, documentaire et fiction, récit sensible et paroles d’experts, le film propose de revenir sur l’une des affaires criminelles les plus retentissantes du XXème siècle et l’un des grands arrêts du Droit pénal français.
 
Un documentaire écrit et réalisé par Christel Chabert - Production : France 3 Poitou-Charentes / Marmitafilms
 

►Trois questions à Christel Chabert, la réalisatrice

La réalisatrice de "la Séquestrée de Poitiers", Christel Chabert, revient sur l'histoire de Blanche Monnier
 

Pourquoi vous être intéressée à ce fait-divers ?

Je connaissais pas l'affaire, car je ne viens pas de la région. C'est ma productrice, Martine Vidalenc, qui m'a appelée car j'avais déjà travaillé sur cette période : le début du XXe. Elle m'a envoyé le livre qu'a écrit André Gide sur l'affaire et j'ai tout de suite été touchée par le personnage de Blanche. Elle a subi un calvaire inimaginable. Si affreux que l'on ne peut que se demander pourquoi son frère a été acquitté. Gide, lui-même, n'apporte pas de réponse à cette question. J'ai donc tenté d'enquêter. Trois hypothèses, parmi toutes celles que développent Jean-Marie Augustin, sont explorées dans le documentaire : la tentative de capter l'héritage qui est laissé à Blanche par son père ; son histoire d'amour avec un avocat républicain, à laquelle ne consent pas la famille Monnier qui est profondément royaliste ; et enfin l'hypothèse avancée à l'époque selon laquelle on l'aurait enfermée "pour son bien". A chacun de se faire son avis.
 

À travers votre documentaire se lit une société bourgeoise et conservatrice, encore instable politiquement fin du XIXe-début XXe...

On ne peut appréhender cette histoire sortie de son contexte, car elle est révélatrice de la société du XIXe et de l'état du droit à cette époque. C'est là qu'il fallait que les historiens viennent nous éclairer. Sans quoi, il nous serait impossible de comprendre la pression exercée par les parents dans les familles de la bourgeoisie ou encore la façon dont la presse s'est emparée de cette affaire. La séquestration de Blanche Monnier a donné l'occasion de mettre sur le tapis les controverses de l'époque. D'un côté, les républicains y voyaient la dépravation des moeurs de la haute bourgeoisie royaliste. De l'autre, les royalistes défendaient mordicus les Monnier, qui auraient tenté de protéger Blanche de sa folie.

Cela dû être bien difficile de mettre en image un fait-divers pour lequel on ne dispose que de quelques clichés. Comment avez-vous contourné cet obstacle ?

J'ai utilisé des cartes postales et des photographies de l'époque, comme je l'avais fait dans un précédent documentaire. J'ai cherché à mettre en mouvement ces photos. L'idée était de replonger le téléspectateur dans l'époque à travers le regard d'un journaliste, un personnage fictif. J'ai procédé ainsi avec quelques figures nécessaires au récit, mais je me suis gardé de le faire pour les protagonistes de l'affaire. Ni Blanche, ni son frère, ni sa mère ne sont incarnés dans mon documentaire. Ils ne sont pas animés. C'est une forme de respect pour les protagonistes.

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