Enquêtes de région

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50 ans de télévision en Pays de la Loire : rencontre avec un amoureux du petit écran, Louis-Marie Foratier

Louis-Marie Foratier / © France3
Louis-Marie Foratier / © France3

Louis-Marie Foratier n'est pas un homme de télé, jamais vous ne le verrez devant une caméra. Sa passion, il la vit devant le petit écran depuis bientôt 50 ans. Amateur éclairé, il est capable de vous parler programmes nationaux ou régionaux et techniques de diffusion pendant des heures. Rencontre...

Par Eric Guillaud

Mieux qu'un disque dur, Louis-Marie Foratier garde en mémoire plus de 50 ans de télévision dans les Pays de la Loire et plus largement en France. Documentaires, journaux d'information, séries, émissions spéciales... rien n'a échappé et n'échappe encore aujourd'hui à cet amoureux du petit écran que nous avons rencontré à Cordemais...

Quelle est la première image télévisée dont vous vous souvenez ?

Louis-Marie Foratier. Il y en a deux en fait, Zorro, son masque et sa cape, et le chanteur Claude François. J'ai découvert ces deux personnages vers 1964 dans une émission du jeudi après-midi car à l'époque nous n'avions pas de cours le jeudi. Nous n'avions pas de télévision non plus d'ailleurs et c'est chez un voisin que j'ai pu découvrir ces premières images...

Comment devient-on un passionné éclairé de télévision comme vous ?

L-M. F. A l'époque, c'était quelque chose de nouveau et donc intéressant mais nous en étions privés. Notre père ne voulait pas de télévision à la maison parce que les gens, pensait-il, n'avaient plus d'autres sujets de conversation que ce qu'ils avaient vu la veille au soir sur le poste. Il disait que les gens devenaient idiots, qu'ils ne parlaient plus livres, art, cinéma, sorties... Mais en 1967, j'ai été malade, ma mère ne pouvant plus sortir faire les magasins a loué un téléviseur comme ça se faisait beaucoup à ce moment-là. C'était un poste neuf et donc on avait la chance d'avoir la deuxième chaîne. Mais la réception n'était pas très bonne, alors j'ai commencé à m'y intéresser de très près, de plus en plus près, et pas seulement à l'aspect technique mais aussi, bien sûr, aux programmes et notamment aux programmes régionaux qu'on aimait bien regarder parce qu'on y voyait des  gens qu'on connaissait. La télévision régionale avait alors 2 ou 3 ans d'existence.

Les dossiers de l'écran

Quel usage aviez-vous alors de la télévision ?

L-M. F. Nous avions la chance d'avoir la deuxième chaîne. Et à l'époque la deuxième chaîne passait des films récents, les Dossiers de l'écran, des pièces de théâtre, des programmes documentaires avec Cousteau, des séries comme Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement vôtre. La une était déjà plus populaire, c'était Guy Lux, le football...

Combien d'heures passiez-vous devant la télévision ?

L-M. F. 3 à 4 heures par jour maximum, un peu le midi et puis le soir au moment du journal régional, des émissions pour enfants et plus tard dans la soirée des documentaires.

Et aujourd'hui ?

L-M. F. De très nombreuses heures. Mais depuis que j'ai un téléviseur connecté, je change un peu mon comportement. Je trouve que les chaînes payantes se répètent beaucoup trop au niveau de certains programmes. Et donc je trouve pas mal de chose aujourd'hui sur mon téléviseur connecté, à travers Pluzz, Arte + 7, YouTube... Je suis un gros consommateur !

Quel est le programme qui selon vous symbolise l'âge d'or de la télévision ?

L-M. F. Pour moi, ce n'est pas un programme ou une émission en particulier qui peut symboliser l'âge d'or de la télévision mais l'information. C'est à la fois le premier journal national de 1949 présenté par Pierre Sabbagh, les premiers journaux régionaux dans les années 60, le passage à la couleur...Pour moi l'information a suivi l'évolution de la télévision.

Les premiers pas de l'homme sur la Lune

Quelle est selon vous l'image la plus forte diffusée à ce jour par la télévision ?

L-M. F. L'homme sur la Lune. Malheureusement, à cette époque-là j'étais dans un camp scout en pleine forêt en Allemagne et j'ai loupé l'image. Je l'ai vue bien évidemment après, à mon retour en France. L'événement a été largement multidiffusé.

Et le 11 septembre ?

L-M. F. Je n'ai pas vu l'attentat en direct. Mais à chaque fois que je revois ces images, je suis effondré, je pense à ces milliers de gens qui sont morts ce jour-là dans des conditions abominables. Ce sont des images très dures. Comme ces images diffusées par Arte et montrant une femme lapidée par des Talibans en Afghanistan. Faut-il les montrer ? Parfois le mal est nécessaire, ça permet de voir l'horreur de certaines situations.

Et l'image la plus forte diffusée par la télévision régionale ?

L-M. F. La fameuse affaire Courtois a été très marquante. L'équipe de télévision avait pris beaucoup de risques. C'était une prise d'otages totalement délirante. Je me souviens de l'ancien palais de justice et de la place transformée en camp retranché, il me semble même qu'une balle avait été finir sa course dans l'objectif d'une caméra de la BBC.

affaire Courtois

Que représente pour vous la télévision régionale ?

L-M. F. Pour moi, c'est la proximité, c'est un sentiment d'unité et de cohésion. Et c'est très important. On parle aujourd'hui de rattacher la Loire Atlantique à la Bretagne mais les Pays de la Loire ont acquis une certaine cohésion par la politique et par la télévision. Quand je regarde mon journal régional, j'entends parler de ce qui se passe à Laval, à Luçon, à Fontenay-le-Comte, Saumur... Pour moi les Pays de la Loire sont une réalité. Maintenant, la cohésion audiovisuel qui existe entre France 3 Bretagne et France 3 Pays de la Loire pourrait très bien s'accommoder d'une cohésion politique.

Que pensez vous globalement de la télévision actuelle et de son évolution ?

L-M. F. Quel dommage que tout ce beau matériel ne soit pas plus utilisé, que nous n'ayons pas une véritable chaîne régionale qui émette plusieurs heures par jour. 

Comment imaginez-vous la télévision de demain ?

L-M. F. Je crois qu'on va s'orienté vers une disparition des chaînes au profit d'une télévision personnelle, chacun va choisir ce qui l'intéresse en grappillant par-ci par-là...

Comme vous le faites déjà vous-même ?

L-M. F. Comme je le fais déjà oui. Je crois que le service public s'en sortira en conservant ses belles émissions, Des Racines et des ailes, Thalassa... toutes ces émissions qui nous font découvrir notre pays. Il faudrait aussi que les régions aient plus d'antenne.

Serpico

Netflix vient tout juste d'arriver en France, qu'en pensez-vous ?

L-M.F. Très déçu, je m'y suis abonné mais ça n'apporte rien par rapport à la VOD d'Orange. Je pensais y trouver les séries cultes anciennes comme Serpico qui nous ont fait passer de sacrées bonnes soirées à l'époque sur les deux chaînes de l'ORTF mais non !

Merci Louis-Marie Foratier

Interview réalisée le vendredi 19 septembre par Eric Guillaud