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DOCUMENTAIRE. Femmes au long cours

© Crescendo Media Films
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Embarquement immédiat dans l'univers de la Marine marchande. Un monde où les femmes se battent pour y trouver leur place. Rencontre avec cinq officières qui ont su s'imposer dans un métier au genre masculin affirmé. Un documentaire à voir lundi 9 décembre sur France 3 Pays de la Loire.

Par Murielle Dreux

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Pascale Ferradini, Danielle Quaini, Maelle Olsen, Michaella Mahe Gestin et Maelle Giraud, cinq femmes qui ont fait le choix de travailler dans un milieu professionnel peu accueillant, parfois hostile : la Marine marchande.
Un monde peuplé de cargos aux proportions démesurées, aux provenances les plus diverses, où règnent des hommes en transit aux attaches improbables. Un monde fascinant, une véritable invitation à un voyage cinématographique.

Le documentaire de Michel Rousseville "Femmes au long cours" nous propose une immersion dans un univers où l'image du marin véhiculée par la tradition est, en effet, indissociable de la notion de virilité.
Elle nous dresse le portrait de ces aventurières aux parcours hors du commun, elles sont commandant, ancienne lieutenant ou juste sortie de l'école. 
 
Danielle, Maëlle et Michaëlla ... des femmes au long cours / © Crescendo Media Films
Danielle, Maëlle et Michaëlla ... des femmes au long cours / © Crescendo Media Films
 

Femmes dans la Marine marchande

L'image du marin est historiquement et traditionnellement associé à trois valeurs essentielles : force, courage et puissance sexuelle. Transgresser cette image avec l'irruption de la féminité dans ce fief masculin est une rupture qui a du mal à être admise par beaucoup de marins à bord. Elle est une marginalité au regard du monde de la Marine marchande en France.
C’est en cela que réside la difficulté pour les femmes de s’y faire admettre, de surcroit à des fonctions d’officières.

Les élèves féminins de l’ENSM (l’Ecole Nationale Supérieure de la Marine marchande) représentent aujourd’hui moins de 10% des effectifs et 90% quittent la navigation avant dix ans de métier.

L’équipage est une micro société avec ses codes et ses représentations dans laquelle la femme a été longtemps perçue comme l’intruse.

Cela implique des contraintes de mode de vie à bord afin d’éviter de perturber le groupe masculin, que ce soit en termes de tenue vestimentaire ou de l’intimité quotidienne qu’elle doit rendre invisible.
Il s’agit pour elles d’opérer un travail sur l’apparence corporelle : ni trop féminines, ni trop masculines, afin de ne pas déranger un ordre de genre masculin prédominant à bord.

Ce documentaire, réalisé dans l'un des bastions de la résistance aux femmes, permet d’embrasser, à une petite échelle, tous les enjeux complexes de l’évolution de la place des femmes et le regard des hommes sur celle-ci.
 
  

Un défi pour ces officières

Le film va à la rencontre de ces femmes qui ont fait un choix de vie radical et qui ont parcouru le chemin du combattant afin de gagner leur place.
Il pose la question de leur pouvoir à bord : comment des équipages masculins voient-ils l’arrivée d’une femme à un poste de commandement ? Et comment vit-on cette ascension professionnelle quand on est une femme ? La difficulté étant bien souvent plus grande à des grades intermédiaires que lorsque l’on a enfin atteint le poste de commandant.

C'est univers dans lequel, à compétences similaires, elles doivent sans cesse refaire la preuve de leurs capacités afin de s’imposer en égale de l’homme. Peuvent-elles y parvenir sans perdre ou sacrifier leur féminité ?

Le documentaire "Femmes au long cours" dresse le portrait de ces femmes lors de leurs navigations, mais aussi chez elles, pour découvrir leur intimité.
Elles évoquent les enjeux liés à leur féminité (qu’elles doivent cacher), leur savoir-être, subtil équilibre entre la discrétion et l’affirmation de soi, jeu social délicat accompagné d’une pression supplémentaire et d’une interdiction du droit à l’erreur. 

La particularité de ce métier réside dans le fait que les périodes d’embarquement de deux à trois mois posent la question de l’éloignement par rapport aux attaches, à la famille et au lien social. Elles accentuent le sentiment d’isolement face à un groupe d’hommes, de solitude éventuelle éprouvée et de la problématique du milieu fermé.
 
Maëlle Olsen au travail sur un méthanier / © Crescendo Media Films
Maëlle Olsen au travail sur un méthanier / © Crescendo Media Films

Ainsi, en parcourant les navires, des entrailles vibrantes de la machine aux passerelles silencieuses, ce film est au plus près de leur réalité.

Ces femmes doivent surmonter des moments de solitude et de découragement pour rester à la barre, ou quelques fois choisir des compromis, des entre-deux afin de privilégier un contexte professionnel plus serein, moins âpre.
 
 

L'avenir

Quatre femmes, trois générations.

De par leurs parcours et leurs personnalités, ces différents personnages nous permettent de comprendre les changements professionnels à l’échelle de trois générations.

Que peut-on entrevoir de l’évolution du rapport hommes-femmes dans ce monde qui apparait comme le dernier bastion du virilisme ?

L’enquête se prolonge chez les employeurs, les armateurs français, pour découvrir s’ils ont organisé des modules de formation ou de sensibilisation à la parité sur leurs bâtiments. S’ils ont pris des mesures concrètes afin de faire durablement bouger les lignes.
 
Manœuvre d'un remorqueur / © Crescendo Media Films
Manœuvre d'un remorqueur / © Crescendo Media Films

Michel Rousseville, un réalisateur en immersion

Auteur et réalisateur, Michelle Rousseville, explique la genèse de ce film : "Les univers maritimes et portuaires ont, depuis toujours, exercé sur moi un puissant attrait. Mais celui qui me semblait le plus mystérieux, le plus porteur d’interrogations et de désir de découverte était celui des navires de Marine marchande." 

Suite à son précédent documentaire "Les funambules de mer" tourné en 2014, Michel s'est immergé plusieurs mois dans l’univers de ces navires : "Un monde métallique et éminemment masculin, attaché à une image de virilité m’a semblé exclure quasi totalement les femmes au niveau des postes d’officiers, c’est-à- dire au pont et à la machine. Je me suis donc interrogé quant aux raisons de cette rare présence de femmes officiers au sein de la Marine marchande en France."

"Femmes au long cours", un documentaire de Michelle Rousseville, à voir lundi 9 décembre sur France 3 Pays de la Loire en 2ème partie de soirée