"À chaque rentrée je stressais, je me demandais comment ça allait se passer", les violences homophobes et transphobes en hausse en milieu scolaire

Ce 17 mai est la journée mondiale de lutte contre les violences homophobes et transphobes. Elles sont en hausse en milieu scolaire. À Nantes, le centre LGBTQIA+ intervient dans les établissements pour sensibiliser les élèves

Aaron (prénom d'emprunt), a 18 ans. Un lycéen aujourd'hui serein, mais un collégien autrefois harcelé, victime d'homophobie. Il n'a reçu aucun coup, subi aucune agression physique, mais les mots parfois font plus mal.

Il n'oublie pas "les insultes, la mise à l'écart. C'est toujours compliqué de se sentir rejeté quand on est jeune. Heureusement, j'avais un groupe d'amis avec lequel je me sentais bien", précise le lycéen.

Certains souvenirs sont douloureux et tenaces "À chaque rentrée, je stressais, je ne savais pas qui j'allais avoir dans ma classe, je me demandais comment ça allait se passer.".

Certains m'appelaient et puis ils rigolaient, comme pour me dire, on ne veut surtout rien avoir à faire avec toi. D'autres sortaient du vestiaire pour ne pas se déshabiller avec moi avant les cours de sport

Aaron, 18 ans

Lycéen

"À cette époque, je ne me rendais pas forcément compte que c'était de l'homophobie, je me cherchais encore, je n'avais pas conscience de la portée de ces comportements. J'essayais de passer au-dessus, mais cela m'affectait quand même."

Cette période, il la traverse seul, proche des surveillants et des enseignants, le jeune collégien ne demande pas d'aide, il serre les dents, fait le dos rond et encaisse. "Je ne voyais pas réellement le problème", avoue-t-il.

Depuis, les choses ont changé, les mentalités ont évolué et le jeune adulte poursuit ses études dans un établissement "beaucoup plus ouvert que son collège de quartier où tout le monde se connaissait. J'ai fait de nouvelles rencontres et je suis beaucoup mieux accepté."

Si Aaron a tenu bon, c'est parce qu'il a fait de ses études une priorité. "Les cours comptaient plus pour moi que les regards haineux". En juin, le lycéen passera le bac avant de partir en Belgique à Bruxelles pour poursuivre son cursus de danseur, entamé au conservatoire de Nantes.

"J'ai relativisé assez rapidement"

À elles trois, elles déclinent toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Léonie, Sidonie et Moïra sont scolarisées au lycée Mandela. Elles font partie du collectif Educat qui lutte contre le sexisme, l'homophobie, la transphobie.

À 16 ans, Moïra assume son homosexualité. "Les insultes que j'ai pu recevoir au collège, ça m'a toujours saoulé, mais j'ai relativisé assez rapidement et je suis passée à autre chose. Il ne faut pas trop se focaliser sur le négatif. Les personnes homophobes en fait, elles ne sont au courant de rien, ça vient d'un manque d'éducation, une éducation qui n'est pas complète. Il y a aussi une peur de la différence". 

Il faut de la visibilité. Il y a un défaut de compréhension de l'autre. Il faut libérer la parole, c'est comme ça que l'on réussira à s’en sortir et à changer les choses.

Sidonie, 18 ans

Lycéenne

"Au lycée, c'est important de prendre de la place et de montrer qu'on est là et qu'on ne laisse pas la place aux discriminations", ajoute Léonie, 18 ans.

Il faut prendre de la place pour ne pas laisser de place, montrer qu'on existe et que l'on ne se laissera pas faire.

Léonie, 18 ans

Lycéenne

"Moi, je suis bien entourée, les actes homophobes ou transphobes, oui, ils sont quotidiens. Je les ignore. Le danger vient aussi du harcèlement en ligne très toxique", précise la lycéenne.

"Il y a aussi le phénomène du groupe, si une personne se met à critiquer, à rigoler, à se moquer tout le monde va être embarqué là-dedans pour faire comme les autres et ne pas se retrouver mis de côté et isolé", ajoute Sidonie.

Insultes, menaces, agressions physiques, harcèlement en ligne, en France, les violences contre les jeunes LGBT en milieu scolaire, ont augmenté de 5 % ces dernières années...

Un simple regard peut être rempli de dégout, de dédain ou de haine

Léonie, 18 ans

Lycéenne

Intervenir en milieu en scolaire, c'est l'une des missions du centre LGBTQI nantais "Nosig". Anna-LIse Ceran en est une des coprésidentes. Elle aussi professeur d'espagnol dans un lycée nantais.

"Grâce à l'association, nous avons un panel de plusieurs établissements. En 2023, nous sommes intervenus auprès de 1 000 lycéens et de 250 collégiens", explique-t-elle.

"On peut réussir à installer un dialogue"

"En collège ou en lycée, c'est là où on peut déconstruire des choses et ouvrir au discours et au dialogue. Dans une classe, il y a plein d'élèves avec des univers, des histoires très différents. On peut réussir à installer un dialogue", explique Anne-Lise.

Un établissement scolaire, c'est un microcosme de ce qui se passe dans la société. À la fois, on constate une très grande évolution. On en parle plus, les élèves sont plus à l'aise pour parler de ces sujets-là, mais il y a une montée de violences très très forte

Anne-Lise Ceran,

Coprésidente du centre LGBTQIA+ NOSIG et professeur d'espagnol

"L'Union européenne et l'association Ilga ont sorti des rapports qui attestent que dans tous les pays de l'UE une augmentation des crimes envers les personnes LGBTQIA+. Si on n'intervient pas en milieu scolaire, ces choses-là peuvent empirer à l'avenir", souligne la coprésidente de NOSIG. 

Lors de nos ateliers, certains élèves sont d'abord fermés, mais quand ils se rendent compte qu'en fait, on est là pour discuter et débattre, la pression redescend un petit peu. 

Ils parlent entre eux, ils s'écoutent et en fait ça se passe très bien. C'est assez rare d'avoir des jeunes remontés ou violents envers nous intervenants

Anne-Lise Ceran

Coprésidente du centre LGBTQIA+ Nosig et profeseur d'espagnol

"On sait que certains élèves sont en très grande souffrance dans les établissements, ils nous l'écrivent, ils nous disent. Il y a encore du chemin à faire", témoigne l'enseignante.

"Moi, je ne raconte pas forcément ma vie privée aux élèves, mais en répondant à leurs questions et en leur expliquant que j'étais prof, homosexuelle et militante, ils parlent plus facilement, ils viennent se livrer spontanément", confie Anne-Lise Ceran.

"On ne voit pas tout, les chefs d'établissement, les enseignants ne peuvent pas tout déceler. Des choses se passent dans les locaux et qui se poursuivent en ligne, sur les réseaux sociaux. Les choses commencent en milieu scolaire et continuent à l'extérieur. Même si moi, j'identifie facilement les problèmes, j'en rate forcément. Malheureusement, je passe à côtés de certaines situations", déplore la coprésidente de Nosig.

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