Cathédrale de Nantes : au moins 3 ans de chantier et une note de plusieurs centaines de milliers d'€ après l'incendie

Lors d'une conférence de presse, le préfet des Pays de la Loire accompagné de responsables régionaux et nationaux des Monuments Historiques a fait le point sur le chantier qui s'engage pour restaurer la cathédrale de Nantes endommagée lors de l'incendie du samedi 18 juillet.

"On va faire au mieux pour une ouverture au moins partielle" Valérie Gaudard, Conservatrice régionale des monuments historiques.
"On va faire au mieux pour une ouverture au moins partielle" Valérie Gaudard, Conservatrice régionale des monuments historiques. © France Télévisions Olivier Quentin
Claude d'Harcourt, le Préfet des Pays de la Loire, a fait rapidement l'addition, c'est une douzaine d'experts qui sont au chevet de la cathédrale, meurtrie par l'incendie qui s'est déclaré ce samedi 18 juillet au matin. 

Quant à la facture finale des soins qui lui seront prodigués, il est encore trop tôt pour l'évaluer. Plusieurs centaines de milliers d'euros, estime Philippe Barbat, le Directeur Général du Patrimoine, venu à Nantes.

"On est face à un événement patrimonial grave" déclare celui qui est mobilisé également sur la restauration de la cathédrale Notre-Dame à Paris.
 
"Plusieurs centaines de milliers, peut-être des millions d'euros" Philippe Barbat directeur général du patrimoine.
"Plusieurs centaines de milliers, peut-être des millions d'euros" Philippe Barbat directeur général du patrimoine. © France Télévisions Olivier Quentin
Avant de passer la parole à différents responsables régionaux ou nationaux du Ministère de la Culture, Claude d'Harcourt a tenu à renouveler ses félicitations aux pompiers qui sont intervenus sur ce sinistre. "Les opérations qui ont été conduites, l'ont été de manière exemplaire" a-t-il dit en rappelant la chronologie de cette matinée : 7h30 l'appel aux pompiers, 7h34, l'engagement des premiers moyens (la cathédrale est heureusement près de la caserne du centre-ville), 10h27, le feu était éteint.

211 personnels et 84 engins (dont des renforts d'autres casernes) ont été engagés alors que ce matin-là également, un accident grave a eu lieu près de Nantes sur l'A83.  "Les dégâts ont été contenus", selon Claude d'Harcourt qui révèle qu'il y a moins d'un an, une réunion s'était tenue en préfecture pour "checker le plan de sécurité de la cathédrale". Le contrôle des installations électriques avait également été fait récemment. S'il refuse de répondre à toute question sur l'enquête en cours, Claude D'Harcourt semble néanmoins, par ses propos, évacuer la thèse de l'incident électrique.

Le travail des experts judiciaires permettra d'en savoir plus sur les causes de cet incendie. Mais pour cela, il faut sécuriser les lieux afin de leur permettre d'y pénétrer, au plus près du sinistre. C'est la première phase décrite par Valérie Gaudard, la conservatrice régionale des Monuments Historiques.

"On a une façade occidentale qui a énormément souffert par l'apport intense de chaleur du fait de l'incendie de l'orgue explique-t-elle. Les pierres de la façade sont instables. Il faut différentes phases de sécurisation."
Valérie Gaudard Conservatrice régionale des Monuments Historiques
Valérie Gaudard Conservatrice régionale des Monuments Historiques © France Télévisions Olivier Quentin
Le parvis est jusqu'à nouvel ordre interdit au public et, évidemment, la cathédrale elle-même. Pour combien de temps ? On ne sait pas encore. 

"Il y aura au moins trois ans de travaux, estime Valérie Gaudard, mais il n'y a pas forcément de corrélation entre ces travaux et la fermeture. On va faire au mieux pour une ouverture au moins partielle." Pas de date de précisée.

A l'intérieur, il faut aussi sécuriser la tribune où se trouvait le grand orgue et permettre aux experts de la police judiciaire d'y avoir accès. Des filets vont y être tendus pour protéger d'éventuelles chutes de pierre.
 

Une douzaine d'experts de différents métiers du patrimoine

Et puis, il y a le travail des experts dépêchés par les Monuments historiques, une douzaine. Ils sont déjà sur place. Pour la verrière, mais pas seulement. Une restauratrice de textiles est venue dès le samedi 18 juillet pour récupérer les pièces de textile qui avaient reçu de l'eau. Un autre expert se charge d'estimer l'état général des œuvres qui se trouvent à l'intérieur de la cathédrale, deux autres s'intéressent plus précisément aux tableaux, des huiles sur toile. Il y a aussi les boiseries qui ont été aspergées, le laboratoire de recherche des Monuments Historiques est mobilisé. Même inquiétude pour les pierres.

Un expert "climat", grâce à la pose de capteurs, va mesurer la température et le taux d'humidité à l'intérieur du monument. 

Et bien sûr, il y a le grand orgue, qui a été détruit. Mais là encore, un expert est mandaté pour tenter de retrouver dans les débris ce qui pourrait être sauvé du buffet, la partie de menuiserie où sont placés les tuyaux. On espère retrouver quelques éléments de sculpture.
 

Le tombeau de François II venait d'être expertisé 

Le tombeau de François II et de sa seconde épouse Marguerite de Foix, mère d’Anne de Bretagne n'a apparemment pas souffert. Il venait d'être expertisé en vue de sa restauration. 

"Avec l'événement qui vient de se produire, annonce Valérie Gaudard, on va devoir faire le point pour savoir comment on va réaxer cette restauration." En clair, ce n'est plus une priorité.

Les priorités justement, elles seront définies par les experts mobilisés sur l'état des lieux et des œuvres.
"La façade occidentale est hors de danger" Pascal Prunet, architecte en chef des Monuments Historiques.
"La façade occidentale est hors de danger" Pascal Prunet, architecte en chef des Monuments Historiques. © France Télévisions Olivier Quentin

Pascal Brunet, architecte en chef des Monuments Historiques, se veut rassurant : " La façade occidentale est hors de danger" annonce-t-il en insistant sur la valeur de cette partie cruciale du monument. "C'est le point de départ de la construction de cette cathédrale qui n'avait été achevée qu'au début du XIXème siècle."

Mais il reste sur ses gardes quant aux voûtes. "A Notre-Dame (de Paris), il y a eu des températures de plus de 1000 à 1100° au niveau des voûtes !". Il faudra donc, là encore, attendre que les experts se prononcent. 


Le calendrier

Pour la mise en sécurité, il faudra compter encore quelques semaines. Pour le diagnostic et les études, plusieurs mois. Quant aux travaux de reconstruction qui suivront, il faudra compter trois ans, peut-être plus. 

Mais le public pourra peut-être suivre cette étape de reconstruction. "On a l'ambition de donner à voir ce que nous faisons, ajoute Valérie Gaudard. Il y a une appétence du public pour les métiers du patrimoine."

Se pose aussi la question de savoir si, pour la grande verrière qui a explosé, le Ministère de la Culture part sur une reconstitution à l'identique ou sur une création, auquel cas, un appel d'offre international sera lancé.
 

Un risque de pollution

Enfin, l'incendie ayant fait fondre et se consumer les tuyaux du grand orgue, des prélèvements ont été faits à l'intérieur de l'édifice et sur le parvis pour savoir s'il y a eu une pollution au plomb. On en connaîtra les résultats dans les prochains jours.

Mais de tout cela pourrait aussi sortir des découvertes historiques. "Puisque nous seront très proches du monument, espère la Conservatrice régionale des Monuments Historiques, on pourra peut-être mieux connaître la mise en œuvre de la façade et de la verrière."

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Restauration : combien et qui paiera ?
Il est encore trop tôt pour connaître la facture de ce sinistre mais, selon Philippe Barbat, le Directeur Général du Patrimoine, elle se chiffrera à plusieurs centaines de milliers d'euros et peut-être même plusieurs millions.

C'est le Ministère de la Culture qui, dans ses lignes de crédit consacrés aux cathédrales, financera ces travaux. 

La Fondation du patrimoine a annoncé, quant à elle, qu'elle lançait une souscription publique pour financer la reconstruction de grandes orgues.
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