Un rassemblement de soutien avait lieu vendredi 3 novembre 2023 devant un bidonville du quartier Malakoff à Nantes. Une dizaine de familles doit bientôt être expulsée de ce terrain municipal. La communauté éducative et les associations de défenses des droits humains sont scandalisées.

Le camp se réveille dans le calme, et avec soulagement.

Il n’y aura finalement pas d’expulsion ce matin.

C’est déjà la troisième fois ces jours-ci que l’opération d’évacuation annoncée est reportée.

“La police est venue pour nous demander de partir, donc on a tout rangé” raconte Mohamed Alamin Arab, un travailleur marocain qui vit sur le camp.

Comme tous les habitants ici, il craint de perdre sa caravane et de se retrouver à la rue.

J’ai postulé aux HLM et je n‘ai pas réponse, j’ai nulle part où aller

Mohamed Alamin Arab

travailleur marocain

“Aucune solution durable de relogement”

Une trentaine de personnes vit dans ce bidonville au bord de la Loire.

Des familles Roms pour la plupart, qui doivent faire leurs valises pour laisser la place aux futurs travaux d’extension de l’école primaire Freinet  Ange Guépin, située à l’autre bout de la rue. 

De nombreux enfants du camp y sont scolarisés.

Ici on a l'école à côté, les médecins aussi qui ne sont pas loin. Ce n'est pas possible, j’ai trois petits enfants. Dehors il fait déjà froid. On est obligé de les mettre dans la voiture avec le chauffage” témoigne Raducan Georgel, un père de famille roumain installé sur le camp depuis trois ans.

Inquiétude sur la scolarisation des enfants 

Face à la menace d’une expulsion, une trentaine de personnes s’est réunie au petit matin devant l’entrée du camp.

Parents, voisins, militants, ils sont venus manifester leur soutien et leur indignation.

“On est touchés, parce que nos enfants sont à l’école avec eux, et ça se passe très bien. C’est un facteur d’intégration super important. La situation est insupportable et elle a forcément des impacts sur les enfants”  témoigne Sylvain Renard, représentant de parents d'élèves.

Ces élèves vont avoir du mal à reprendre une scolarité normale. J’ai du mal à imaginer qu'ils reviendront dans ma classe lundi si on les expulse ce week-end. Avoir un cadre stable c’est essentiel pour un apprentissage serein, et l'éducation c’est un droit 

un enseignant de l’école primaire Freinet Ange Guépin de Nantes

Polémique auprès des élus locaux 

Parmi les soutiens, on compte aussi plusieurs associations de défense des droits humains.

Ce terrain devait être transformé en lieu d'insertion, on a fait croire aux familles qu’elles pourraient s’intégrer ici, avec un accompagnement social, mais cela n’a pas eu lieu"  déplore Jeanne Gantier du collectif Romeurope. 

"Depuis on leur met la pression pour partir. On est désabusés, il n’y a pas de dialogue” rajoute-t-elle.

La demande d'expulsion exprimée par la mairie a également du mal à passer auprès de plusieurs élus locaux qui se sont mobilisés ce vendredi 3 novembre.

“Ce n’est pas acceptable qu’il n’y ait aucune solution de relogement. On est au début de la trêve hivernale, et avec les conditions météo en ce moment, ça pose un vrai problème d’humanité” explique Marie Vitoux, élue écologiste à la mairie de Nantes. 

“De fortes tensions autour du bidonville”

Selon la mairie de Nantes, la demande d’expulsion n’est pas en lien avec les futurs travaux.

“Nous avons une politique globale d’intégration des publics Roms, et nous avons travaillé en ce sens avec certaines familles et des associations partenaires" explique Pauline Langlois, adjointe au Maire en charge du quartier Malakoff.

"Mais nous avons observé depuis plusieurs mois des tensions très fortes autour de ce bidonville, avec plusieurs dépôts de plaintes du voisinage, des agressions verbales. L’Etat a donc fini par prendre cette décision” ajoute-t-elle.

La préfecture de Loire Atlantique assure que l’évacuation aura lieu dans les prochains jours, et que des solutions d’hébergement d'urgence ont bien été proposées.