Nantes : 6 ans après l'incendie qui l'avait ravagée, la basilique Saint-Donatien renaît de ses cendres

6 ans jour pour jour après l’incendie qui a ravagé la Basilique Saint-Donatien, le chantier de restauration s’achève et la Ville de Nantes a officiellement  "remis les clés" de la Basilique à la paroisse de Saint-Donatien et Saint-Rogatien.

Après 6 ans de travaux la basilique Saint-Donatien de Nantes rendue à la collectivité, à la ville de Nantes et à la communauté catholique.
Après 6 ans de travaux la basilique Saint-Donatien de Nantes rendue à la collectivité, à la ville de Nantes et à la communauté catholique. © France Televisions - Amélie Lepage

C'est un chantier de restauration hors norme qui prend fin. Et celui qui est sans doute le plus ému, c'est Monseigneur Bonnet, curé de la paroisse Saint-Donatien, privé de sa basilique depuis six longues années. " Je suis naturellement émotif, les paroissiens qui me connaissent le savent depuis longtemps. Je suis né comme ça. C'est un immense sentiment de joie, tellement attendu. C'est un travail extraordinaire qui a été réalisé et qui n'était pas prévu au départ. On aurait pu refaire uniquement la charpente et le toit, la mairie en a profité pour refaire tout l'intérieur."

Je récupère une église que personne n'a jamais vu! Moi non plus d'ailleurs. Moi quand je l'ai connue, elle était noire. aujourd'hui elle est blanche. Nous allons reprendre vie ici et l'évêque viendra consacrer le nouvel autel le 29 août prochain

Monseigneur Bonnet, curé de la paroisse Saint-Donatien

Monseigneur Bonnet, curé de la paroisse Saint-Donatien, récupère une basilique "comme il ne l'avait jamais connu".
Monseigneur Bonnet, curé de la paroisse Saint-Donatien, récupère une basilique "comme il ne l'avait jamais connu". © France Televisions - Amélie Lepage

Le 15 juin 2015, les riverains assistent impuissant à la scène : la Basilique Saint-Donatien est en feu, ravagée par un incendie. Malgré l'intervention des secours la toiture est détruite, la structure fortement affaiblie.

Depuis cette date, que personne n'a oublié dans le quartier, se sont succédées près de 6 années d’études, d’expertises, de travaux d’urgence et de mise en sécurité de l’édifice, puis une importante phase de travaux de reconstruction des voûtes, de la charpente et de la toiture incendiées, de restauration des vitraux et décors peints. Des travaux d’entretien durable : rénovation des façades, de la couverture des chapelles, réfection du choeur, mise aux normes d’accessibilité, mise en oeuvre de nouvelles installations de lutte contre l’incendie, ont aussi été menés à titre préventif.

"Ce n'est pas un simple chantier de restauration, c'est un chantier de reconstruction après un événement dramatique. Il y a eu deux grandes phases, une phase de sécurisation avec l'évacuation des gravats et au bout de deux ans et demi d'un travail laborieux, on est passé à la phase de reconstruction. Et là il y eu tout à refaire. c'est ça l'important et le côté extraordinaire de ce chantier", explique Pierluigi Pericolo, architecte du patrimone.

Ce qui a été fascinant c'est la dimension collective de ce chantier.

Pirluigi Pericolo, architecte du patrimoine

"Tous les ouvriers, tous les artisans qui ont travaillé, de la plus petite à la plus importante tâche, poursuit l'architecte, au départ, on ne savait pas trop comment on allait s'en sortir. C'était une aventure. Aujourd'hui on rend à la collectivité et à la ville ce trés important élément du patrimoine. On le rend aussi à la communauté catholique de Nantes". 

© France Televisions - Amélie Lepage

Un chantier hors normes

Les travaux se sont d'abord concentrés sur la sécurisation de la basilique, fragilisée. Des mesures ont notamment étaient prises pour protéger le bâtiment des intempéries, en couvrant l’édifice d’un "parapluie". Un chantier de grande ampleur a alors été lancé.

Il s'est déroulé en deux phases. La première jusqu’en avril 2017, a eu surtout pour objectif de protéger l’édifice (notamment les voûtes) des intempéries et de stabiliser et sécuriser les ouvrages. Une phase indispensable, pour préparer la reconstruction dans de bonnes conditions, avec ses inévitables contre-temps, qu’il faut intégrer, comme cette découverte, sur le bois, d’un champignon qu’il a fallu traiter.

Puis, à compter de septembre 2018, s’est ouverte la seconde phase, celle de reconstruction proprement dite de l’édifice, qui vient de s'achever.

L’architecture de ce monument, l’histoire tragique de l’incendie de 2015, et l’ampleur du programme de restauration à son échelle qui a mobilisé  40 à 60 personnes sur place et autant en dehors du chantier sur 5 ans et demi, font écho à la Cathédrale de Notre-Dame de Paris.

Après le souvenir des images marquantes de cet incendie, la restauration de la Basilique Saint- Donatien et Saint-Rogatien permettra de retrouver un haut lieu du patrimoine nantais, profondément inscrit dans l'histoire et le paysage de notre ville.

Johanna Rolland, maire de Nantes

"Ce chantier de très grande ampleur qui a mobilisé de nombreux artisans de grand talent, s'inscrit également dans le cadre de l'action volontariste que nous menons en faveur du patrimoine, estime Johanna Rolland, maire de Nantes, à Nantes en effet, la mise en valeur du patrimoine sous toutes ses formes est au coeur de notre action et de notre manière de construire la ville, tournée vers l’avenir, mais fière de son passé". 

Réouverture au public en septembre

"Aujourd'hui, on est en train de passer le plumeau un peu partout pour juste enlever les derniers éléments de pousière. Mais autrement, oui on est dans la phase vraiment terminale. On va avoir une période où la paroisse va pouvoir récupérer l'édifice de remettre en place le mobilier. Et en septembre on ouvrira au public. Les Nantais pourront voir les travaux côté intérieur. Le résultat est magnifique", s'enthousiasme Didier Bernardeau, responsable du bâti à Nantes Métropole.

Un lieu emblématique de Nantes

Bâtiment d'architecture remarquable, la Basilique Saint-Donatien et Saint-Rogatien, a été conçue dans l’esprit de la fin du 19ème siècle et le style mêlant néoroman et néogothique. Les caractéristiques de ce haut monument de plus de 40 mètres, marquent le paysage, dans lequel il s’impose : sa façade avec ses trois portails, sa galerie des rois, sa grande rosace, ses deux tours carrées, sa nef très vaste, ses voûtes élancées, ses lignes harmonieuses et ses verrières légères.

© France Televisions - Amélie Lepage

C’est également un lieu chargé d’histoire, puisqu’il y a trace ici d’une église primitive construite entre le 5 e et le 6e siècles, sur les lieux supposés du martyr des deux frères Donatien et Rogatien, les fameux "Enfants nantais", qui ont donné leur nom à la Basilique. La Basilique Saint-Donatien et Saint-Rogatien, c’est donc un monument profondément inscrit dans Nantes, un lieu emblématique, auquel sont naturellement profondément attachés ses paroissiens, les habitants du quartier.

Depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'État de 1905, la ville de Nantes est devenue propriétaire de 2 basiliques, 14 églises (2 églises sont du XXème siècle car reconstruites : église Saint-Médard de Doulon et église Sainte-Madeleine), 2 presbytères, 1 maison du sacristain 14 orgues historiques. 4 630 000 euros ont été investis en 2020 dans des travaux d'entretien et de conservation de ces édifices religieux.

Chiffres clés

Maçonnerie échafaudages :
• 22 810 m² de façades à restaurer idem échafaudages ;
• 15 500 m² à l'extérieur ;
• 8 310 m² à l'intérieur ;
• 900 m² de parapluie ;
• 3 000 m² de bardage ;
• 120 m3 de pierres à remplacer ;
• 15 000 voutains en pierre de Tuffeau remplacés sur l'ensemble des voutes.
 

Charpente :
• 200 m3 de bois à mettre en oeuvre.
Couvertures :
• 2 000 m² réalisés ;
• 70 000 ardoises  posées.
Éléments de décors :
• une trentaine de clés de voûte restaurées 
• 115 mètres de toiles peintes 
• 250 m² de restaurations de décors peints 
• 350 vitraux restitués.
 

Moyens humains :
• entre 40 et 60 personnes travaillent en permanence sur le chantier ;
• + entre 30 et 40 personnes travaillent en permanence en dehors du chantier (en ateliers, bureaux
d’étude, etc.) ;
• environ 10 000 h d'insertion réalisées.

Montants de l’opération :
• Phase 1 des travaux (travaux d’urgence et de mise en sécurité) : 3,4 M€
• Phase 2 des travaux (travaux de reconstruction et d’entretien durable) : 9,7 M € TTC
• Coût total de l’opération : 13,1 € TTC

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