"Rien n'est clair", des salariés de France 3 Pays de la Loire en grève contre la fusion de l'audiovisuel public

Les syndicats de France Télévisions et de Radio France sont en grève ce jeudi 23 mai et vendredi 24 mai. En cause : la réforme de l'audiovisuel qui prévoit notamment la fusion des médias publics. Un mouvement syndical et inter-médias, suivi par plus de 20 % des salariés de France 3 Pays de la Loire.

Il n'y aura pas de journal télévisé régional sur les antennes de France 3 Pays de la Loire ce jeudi 23 mai. Une partie des salariés de la chaîne sont en grève aujourd'hui, pour protester contre le projet de fusion de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (RFI, France 24) et l'INA. Ces quatre entités de l'audiovisuel public représentent 3,6 milliards d'euros de dotation de l'État et 16 000 emplois.

L'examen du projet de fusion reporté

L'examen du projet de réforme de l'audiovisuel public devait débuter ce matin à l'Assemblée nationale, mais il a été reporté "à une date ultérieure". C'est ce que le ministère des Relations avec le Parlement a appris à nos confrères de l'AFP  ce jeudi vers 13 heures.

Une décision "formalisée par l'envoi d'une lettre à la présidente de l'Assemblée nationale" et qui acte son retrait de l'ordre du jour de la semaine.

Priorité serait donnée à l'examen du projet de loi agricole.

D'après nos confrères de l'AFP, l'examen du projet de fusion serait reporté quant à lui au plus tôt au mois de juin.

27 % de salariés en grève ce matin

Selon les salariés qui s'opposent au projet, cette fusion présente des risques. À France 3 Pays de la Loire, ce jeudi matin, 27,47 % du personnel était en grève, techniciens, journalistes et personnel administratif confondus. Ils seront 20 % en grève cet après-midi. 

Éléonore Duplay, journaliste et déléguée syndicale SNJ-CGT au sein de France 3 Pays de la Loire, fait partie des grévistes. Pour elle, "une fusion, ça signifie des réductions de personnel, ça signifie la chasse aux doublons dans les différentes entreprises, donc ça veut dire forcément, d'une manière ou d'une autre, une forme de plan social".

Une inquiétude amplifiée par le fait que les entreprises qui pourraient fusionner n'ont pas toutes les mêmes accords collectifs "c'est-à-dire qu'on garderait le même salaire, mais en fait, il faudra renégocier tout le reste". 

On a le sentiment qu'il y a une grande précipitation, que le plan, effectivement, n'existe pas. Quand on mène les choses dans la précipitation, c'est rarement la garantie que les choses se passent bien.

Eléonore Duplay

Déléguée syndicale SNJ-CGT

La mobilisation intersyndicale a rassemblé la CGT, le SNJ ainsi que Force Ouvrière (FO) devant les grilles de France 3 Pays de la Loire. Des banderoles ont été fixées aux barrières du bâtiment.

À côté de ces affiches, Maryse Lamy, déléguée du personnel FO, distribue des tracts d'information. Membre du personnel administratif, en charge de l'organisation et de la planification des services, elle déplore, elle aussi, le manque de clarté liée au projet.

Rien n'est clair, on ne sait pas où on va. On ne sait pas comment les équipes vont être composées, qui va être le chef de qui et comment ça va s'organiser

Maryse Lamy

Déléguée du personnel FO

Parmi les grévistes, presque toutes les professions sont représentées. "Il ne faut pas oublier qu'on sort déjà d'une année difficile de réorganisation, on en rajoute, le gouvernement en rajoute encore une couche", constate la déléguée. Elle fait référence au projet de restructuration des éditions nommé Tempo, démarré en septembre dernier, qui avait, lui aussi, engendré la mobilisation de certains salariés pendant plusieurs mois. 

Pour Laurence Couvrand, journaliste et déléguée SNJ-France 3 Pays de la Loire, l'inquiétude est partagée aussi par les spectateurs qui pourraient être directement impactés. “On est inquiets, on essaie de mobiliser les salariés pour dire notre mécontentement. On essaie aussi d'interpeller les députés qui vont voter cette loi, autant que les téléspectateurs".  

Les téléspectateurs seront les premiers à subir une perte de qualité, une perte de diversité 

Laurence Couvrand

Déléguée syndicale SNJ

 La journaliste poursuit : " Il faut savoir quand même que France 3 est le média qui a la meilleure image de marque en France. Les gens nous font confiance, je pense, parce qu'on est au quotidien avec eux. Et donc effectivement, ça les inquiète également. Ils ne sont déjà pas très contents des dernières modifications, de grilles, de programmes, du traitement de l'actualité depuis la rentrée. Là, on va encore nous imposer une réforme alors que la dernière n'est déjà pas encore bien ficelée". 

Parmi les discussions engagées, le financement du projet de "holding" revient souvent.

On a supprimé la publicité après 20 heures. Récemment, la redevance. Et là, actuellement, nos ressources sont indexées sur la TVA. Donc ça signifie que ce n'est pas pérenne.

On ne peut pas se projeter sur le long terme, et on va dépendre du politique beaucoup plus fortement qu’auparavant

Laurence Couvrand

Déléguée syndicale SNJ

Pour Eléonore Duplay, à ses côtés, c'est aussi prendre le risque de perdre une certaine indépendance des médias et une information de qualité.

Ce qui nous inquiète, c'est l'affaiblissement d'un service public qu'on estime essentiel pour faire vivre la démocratie

Eléonore Duplay

Déléguée syndicale SNJ-CGT

La ministre de la Culture Rachida Dati a pris la parole dimanche dernier pour s'adresser aux personnels et tenter de les rassurer.

"Je veux vous garantir non seulement une pérennité mais (aussi) votre force dans un univers de "concurrence exacerbée", entre plateformes et réseaux sociaux". 

Evidemment, on ne va uniformiser ni les métiers, ni les activités

Rachida Dati

Ministre de la culture

Mais d'après la ministre, dont les propos ont été relayés par nos confrères de l'AFP mercredi au Sénat lors des questions au gouvernement :"Le moment politique est venu". 

Reste ce fait et la crainte de nombreux salariés : "Dans le contexte actuel, où on a des médias privés qui passent aux mains de milliardaires et qui deviennent des médias d'opinion, il est vraiment essentiel et particulièrement vital pour la démocratie, en fait, de conserver des médias publics de grande qualité", achève Eléonore Duplay.

Le mouvement de grève se poursuit dans les médias publics demain.

Des perturbations sur vos antennes et vos ondes nationales et régionales publiques, pourraient à nouveau se produire vendredi 24 mai.

Juliette Poirier avec Carla Butting 

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