Histoire. 80 ans après l'incroyable raid anglais de l'Opération Chariot, la porte du Campbeltown a rejoint le musée

Après environ 80 ans sous l'eau, la porte du destroyer Campbeltown est remontée à la surface en 2020. Quatre ans après sa découverte, elle est exposée depuis le 28 mars dernier, date anniversaire de l'Opération Chariot, une action commando incroyable d'audace et de ruse, mené par les Britanniques face aux Allemands.

L'Opération Chariot, c'est un raid mené de nuit et qui fut la première brèche dans le mur érigé par les Allemands sur les côtes françaises. Une seconde cérémonie a eu lieu lors de cette journée de mémoire, autour d'une porte ô combien symbolique : celle du destroyer Campbeltown, le navire qui a permis de contrer durablement les stratégies allemandes dès 1942. Un miracle et une belle histoire collective.

Chaque 28 mars, Britanniques, Français, civils ou militaires, convergent vers le Vieux Môle de Saint-Nazaire, dans le quartier portuaire du Petit Maroc. Une stèle verticale se dresse tel un menhir dans le ciel de l'estuaire de la Loire, encadrée par le drapeau français et l'Union Jack, le drapeau britannique.

Des retrouvailles amicales et sincères entre soldats, marins, officiers et sous-officiers, familles de vétérans, corps constitués, associations mémorielles et de jeunes scolaires nazairiens. Les hymnes se succèdent, interprétés par des musiciens du Bagad de Saint-Nazaire. Amazing Grace, la Marseillaise, Sonnerie aux Morts, etc...

Particularité de cette cérémonie du 28 mars 2024, la tempête Nelson empêche les anciens combattants de tenir leurs drapeaux et contraint la municipalité à limiter l'hommage aux acteurs de l'Opération Chariot au dépôt des gerbes et à poursuivre les prises de parole en mairie. 

Mais la pluie et le vent ne parviennent pas à démotiver les personnes présentes et hommage est rendu comme il se doit, face à la stèle près du Vieux Môle, aux commandos du 28 mars 1942.

Quand le passé remonte à la surface, 82 ans plus tard

Ce 28 mars 2024 n'est décidément pas un jour anniversaire comme les autres. Alors que les derniers vétérans de l'Opération Chariot nous ont quittés et qu'il ne reste plus que la stèle et le canon du destroyer Campbeltown sur le toit de l'écluse fortifiée, un élément fait une apparition remarquée, fruit d'une aventure humaine assez improbable.

Depuis quelques jours, il n'est plus question que de cet élément, tant il est incroyable que 82 ans après, l'histoire du Campbeltown remonte des profondeurs de l'estuaire.

Merci qui ? Les éoliennes !

En 2020, pour permettre l'accostage des bateaux d'assistance sur parc éolien de Saint-Nazaire, le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire fait réaliser des travaux de dragage aux abords de l'écluse fortifiée, souvent appelée écluse est.

Cette opération entraine un nettoyage du secteur qui se trouve également à proximité de la forme Joubert, cet immense bassin construit pour le paquebot Normandie en 1934.

Dans les eaux troubles de l'estuaire, ces travaux liés aux éoliennes vont finir par avoir une issue archéologique que personne n'avait vu venir.

Sur les traces du Campbeltown

Aux deux extrémités de la forme Joubert, une immense et épaisse porte métallique donnant accès au bassin de Penhoët d'un côté, à la Loire et à l'océan de l'autre.

La porte donnant sur l'océan a été percutée de plein fouet le 28 mars 1942, en pleine nuit, par le destroyer Campbeltown qui a fini sa course encastré dans cette porte que les allemands estimaient indestructible. Mais chargé d'explosifs à retardement, le Campbeltown a achevé sa mission le 28 mars vers 11h30 au moment où sa cargaison a explosé et neutralisé la porte de la forme Joubert pour toute la durée de la guerre.

C'était l'objectif recherché : ainsi, le puissant cuirassé allemand Tirpitz ne pourrait venir se ravitailler ou se faire réparer à Saint-Nazaire, dans la forme Joubert, la seule, côté Atlantique, capable d'accueillir un tel navire. Les convois traversant l'Atlantique entre les USA et l'Angleterre seraient beaucoup moins menacés.

Un bilan lourd de conséquences

L'explosion du Campbeltown a non seulement neutralisé l'accès à la forme Joubert, mais elle a fait nombre de victimes. Car au moment fatidique, des soldats allemands inspectaient le navire, sidérés par le résultat de l'opération commando : un destroyer chevauchait l'énorme porte-écluse qu'il avait embouti quelques heures auparavant à la vitesse de 20 noeuds !

D'autres membres du commando britannique avaient débarqué sur le Vieux Môle sous la mitraille allemande et étaient descendus dans les entrailles de la forme Joubert afin de neutraliser les moteurs des pompes chargées de remplir ou vider la forme.

Le 28 mars 1942, les Allemands sont au sommet de leur puissance et l'attaque du commando britannique créé une véritable onde de choc qui va avoir des conséquences durables sur la suite de la guerre.

Hitler enverra Rommel inspecter le Mur de l'Atlantique et renforcer les points jugés vulnérables. Le commandement de la Kriegsmarine basé à Lorient et commandant les bases de sous-marins sur l'Atlantique sera transféré loin à l'intérieur des terres puisqu'il sera installé à Saint-Barthélémy d'Anjou, près d'Angers, au château de Pignerolles.

Jamais deux sans trois

L'opération Chariot est une première dans le sens où cette attaque nocturne saisit l'occupant dans son sommeil et sa certitude d'être un occupant tout-puissant. L'Allemagne ne sera plus jamais tranquille puisque quelques mois plus tard aura lieu l'attaque des Alliés sur Dieppe, préparée comme pour Saint-Nazaire par Lord Mountbatten.

Ces deux opérations avaient des objectifs précis et immédiats (neutralisation de la forme Joubert et décryptage du langage codé Enigma de la Kriegsmarine) mais servaient aussi à tester le système de défense côtière des Allemands, voire de faire diversion quant au lieu du véritable débarquement.

Le 6 juin 1944 sera la troisième attaque surprise, celle où, pour de bon, les Alliés avaient décidé de débarquer, combattre et vaincre l'Allemagne.

Mais n'oublions pas que le 28 mars 1942, l'Opération Chariot, ils ne furent que 227 à rentrer au pays, 169 étaient morts au combat et 215 furent faits prisonniers.

Voilà pourquoi, chaque 28 mars à Saint-Nazaire, Français et Britanniques se rassemblent, vétérans, familles, officiels, scolaires, en mémoire de ceux qui osèrent l'impossible.

Quant à la porte du Campbeltown, 82 ans jour pour jour après l’opération Chariot, elle est entrée au Musée du Grand Blockhaus, à Batz-sur-Mer.

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