DOSSIER. Abolition de la peine de mort : à Nantes, Joseph Jadaud a été le dernier guillotiné en Pays de la Loire

Le 9 octobre 1981, la peine de mort est abolie. Les deux dernières exécutions capitales en France ont eu lieu en 1977. Dans l'Ouest, il faut remonter plus loin. Le 28 novembre 1951, à 7h50, dans la cour de la prison Lafayette à Nantes, la guillotine s'abat une dernière fois, dans notre région. Conduit à l'échafaud, ce jour-là, un ouvrier choletais de 37 ans, Joseph Jadaud. Un cambrioleur compulsif, entre Nantes et Angers, qui n'a pas hésité à tuer.

Angers, automne 1947, les policiers de la brigade mobile sont sur les dents.  Un Choletais de 33 ans, à l'allure de jeune premier est activement recherché. 

Secondé par ses deux maitresses, il est l'auteur d'une incroyable série de cambriolages, démarrés après-guerre. 
Au total, 70 méfaits commis dans la région. Avec, à chaque fois, le même mode opératoire. 

"Il identifiait les gens qui étaient soit des commerçants, soit de riches particuliers. il les suivait jusqu'à leur domicile ou leur commerce, explique Christophe Belser, historien, auteur des "Grandes affaires criminelles", ensuite, il s'introduisait de force la nuit à l'aide fausses clés dans les domiciles ou les commerces".

"Quand les gens étaient absents, il pillait tout ce qu'il pouvait trouver : des objets de valeur, des bijoux ou de l'argent liquide,
énumère Christophe Belser, à l'époque les gens avaient l'habitude de conserver de l'argent chez eux. Et puis, il n'hésitait pas également à entrer dans les domiciles qui étaient occupés"

Un déchainement de violence

C'est ce qui se passe le 17 novembre, rue Toussaint, à Angers.Au petit matin, Jadaud pénètre dans un café-tabac. A l'étage, il tombe nez à nez dans avec les tenanciers, les époux Saulnier, et leur fille. 
La suite est un déchainement de violence.

"Jadaud, qui est armé, sort son pistolet et tire sur monsieur Saunier,

Christophe Belser historien, auteur des "Grandes affaires criminelles"

"Monsieur Saunier vit avec sa femme et sa fille dans ce petit appartement, raconte Christophe Belser, Les deux femmes assistent à la scène, évidemment hurlent à la vue de monsieur Saunier à terre, en sang, dans cette scène de panique, Jadaud ajuste les deux femmes et tire sur la mère, qui meurt sur le coup, elle est touchée au cœur, et tire également sur la fille, qui est blessée au rein". 

DOSSIER. Abolition de la peine de mort : à Nantes, Joseph Jadaud a été le dernier guillotiné de la région ©France 3 Pays de la Loire
DOSSIER. Abolition de la peine de mort : à Nantes, Joseph Jadaud a été le dernier guillotiné de la région

Des fait accablants

Pendant 6 mois, Joseph Jadaud poursuit ses vols avec une régularité de métronome. 
Mais c'est à Nantes, que l'histoire rebondit. Le 22 mai 1948, il braque un hôtelier.

"Monsieur de Lorgeril, qui est un hôtelier de la rue de la Juiverie, rentre d'un déplacement à Paris", poursuit Christophe Belser, il "rentre à son domicile, tombe nez à nez avec qui, donc, sort son arme, exige son portefeuille, il y a à peu près 700 francs dedans, et alors, inexplicablement, Jadaud ouvre le feu et blesse grièvement de Lorgeril'.

Les faits sont accablants pour Joseph Jadaud . Après trois ans d'enquête, il est jugé par la cour d'assises de Nantes.

"Le procès va durer trois jours, plus de 50 témoins vont être appelés à la barre, raconte Véronique Sassetti-Aguilera, directrice adjointe des Archives départementales de Loire-Atlantique, Joseph Jadaud ne semble pas se rendre compte de ce qui se joue, il s'excuse auprès des victimes mais il est confus, il n'arrive pas bien à mesurer, à s'exprimer, et le 10 mars, malgré les plaidoiries de ses avocats qui rappellent son passé dans la résistance" 

Il est condamné à la peine de mort après une délibération de plus de 5 heures du jury'

Véronique Sassetti-Aguilera, directrice adjointe des Archives départementales de Loire-Atlantique

Incarcéré à Nantes, Joseph Jadaud vit avec l'espoir d'une grâce présidentielle. 
Mais après 9 mois d'attente, il est réveillé dans sa cellule, à l'aube du 28 novembre 1951. Le président Vincent Auriol vient de confirmer la peine capitale. 

"Il assiste à un office,  il se confesse, et puis, après, il dit : transmettez un dernier message à ma mère, "Voilà, maman, je meurs courageusement", raconte, il a le droit également à un dernier verre de rhum, à une dernière cigarette. Ensuite, il y a une levée d'écrou, il est remis au bourreau et à ses aides"

Il est amené vers la guillotine où, vers 7h50, le bourreau libère la ,lame

Christophe Belser historien, auteur des "Grandes affaires criminelles"

D'autres hommes seront condamnés à mort, après lui. Mais dans l'Ouest de la France, leur peine sera à chaque fois commuée en détention.

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