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Mayenne : “Une leçon d'humanité“ à propos du doc ”Hospitalières et suppliantes” selon Pierre Guicheney, réalisateur

Pause durant les répétitions / © Pierre Guicheney
Pause durant les répétitions / © Pierre Guicheney

Pierre Guicheney a tourné ce documentaire sur une aventure théâtrale pas comme les autres. Il nous explique pourquoi et tout ce qu'il l'a marqué lors du tournage avec les réfugiés et accueillants. "Hospitalières et Suppliantes", un documentaire inédit à découvrir ce lundi 12 novembre après Soir/3. 

Par Sandrine Quéméneur

Comment avez-vous rencontré les réfugiés ? D’où est venue l’idée du documentaire ?

L'idée du documentaire m'est venu pendant que j'assistais - par le plus grand des hasards - à une représentation de la pièce - la deuxième - dans le théâtre à l'italienne de la ville de Mayenne. J'ai été bouleversé, émotionnellement et intellectuellement, par la présence sur scène de demandeurs d'asile qui interprétaient cette tragédie qui met en scène des demandeuses d'asile,  les "suppliantes" du titre. Le fait qu'il semble que cette pièce soit la plus ancienne de celles que nous aient légué les Grecs de l'antiquité a sans doute renforcé cette impression d'assister à une tragédie éternelle. Par ailleurs, au moins depuis les "boat-people" des années 70 en provenance du Vietnam et du Cambodge, la ville de Mayenne a une tradition d'accueil des réfugiés. Le théâtre était donc rempli "d'hospitaliers" qui vibraient à chaque réplique et à chaque chant de la pièce.  L'émotion était palpable physiquement. Je n'ai jamais vécu cela au théâtre, c'était extrêmement fort, il fallait répondre au message, chanter à l'unisson des comédiens amateurs qui nous avaient fait vibrer.  C'est grâce à l'initiateur de cet aventure, le metteur en scène Jean-Luc Bansard, qui a tout de suite accepté que nous tournions un documentaire autour de son projet, que j'ai pu rencontrer les réfugiés.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors du tournage ?

Le courage de Jean-Luc Bansard, son incroyable force de travail, son obstination, sa force de conviction et aussi sa souplesse : les réfugiés sont souvent dans des situations de précarité totale. Mener un projet artistique avec eux, c'est aussi répondre à beaucoup de besoins en matière de logement, de nourriture, d'aide dans leurs démarches, leurs problèmes de santé. Il faut beaucoup d'équilibre intérieur et de savoir-faire. Je crois que la maturité humaine et artistique de cet homme est la clé de la réussite incroyable de son projet : "Les Suppliantes" entament leur troisième année de tournée, ils ont joué dans tout le Grand Ouest, à Paris, à Grande Synte près de Calais. Partout, c'était salle comble.
L'autre chose qui m'a marqué est que presque chacun.e.s des demandeuses et demandeurs d'asile qui participent à la pièce pourrait être le sujet d'un film, à cause de sa provenance, de son histoire personnelle, de son parcours parfois héroïque. Il a donc fallu renoncer, renoncer, renoncer pour arriver à raconter cette aventure en une petite heure. Un exercice extrêmement difficile, mais passionnant.
 

Que sont devenus les réfugiés depuis le tournage ?

Certains ont obtenu un titre de séjour, une formation, un travail. D'autres ont été déboutés et sont rentrés chez eux, comme Arianit et sa famille qui ont dû regagner le Kosovo alors que les enfants avaient déjà appris le français et s'étaient parfaitement insérés. Certains sont passés à la clandestinité et ont parfois, malgré cela,  joué dans la pièce. D'autres encore, comme Zeragbar l'Érythréen ont pu faire venir leur famille et tentent maintenant de s'intégrer. Les situations sont multiples, très difficiles. J'ai vu beaucoup de dignité et de noblesse chez ces personnes qui ont tout quitté et chantent une poésie presque aussi vieille que l'humanité devant nos concitoyens.


 

2-3 bonnes raisons pour voir le film selon Pierre :

  • Il s'agit d'abord d'une entreprise humaine et artistique d'un niveau exceptionnel (je parle de la pièce) qui a vu le jour dans l'un des départements de notre pays, la Mayenne, sans doute parmi les moins connus.
  • Avec le film, nous avons aussi voulu, avec les réfugiés et ceux qui leur offrent l'hospitalité, faire découvrir les personnes, les être humains derrière ceux que nous percevons trop souvent comme une masse qui menace notre bien-être. Je crois que le film permet de découvrir cela, aussi à travers le témoignage de plusieurs enfants, et de réaliser comment dans la pire adversité, l'être humain peut puiser des ressources incroyables de courage et de fraternité. Réfugié.e.s et accueillant.e.s, hospitalier.e.s et suppliant.e.s, nous donnent dans la pièce et dans le film une leçon d'humanité. Qui sait, comme le dit Walid (un chrétien syriaque qui a fui Daesh avec sa famille), à la fin du film, peut-être serons-nous nous mêmes, un jour, des demandeurs d'asile...? Le film leur donne la parole. Il faut l'écouter.

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