Mayenne : "Une leçon d'humanité" à propos du doc "Hospitalières et suppliantes" selon Pierre Guicheney, réalisateur

Pierre Guicheney a tourné ce documentaire sur une aventure théâtrale pas comme les autres. Il nous explique pourquoi et tout ce qu'il l'a marqué lors du tournage avec les réfugiés et accueillants. "Hospitalières et Suppliantes", un documentaire à redécouvrir ce lundi 22 mars à 23h45

Pause durant les répétitions
Pause durant les répétitions © Pierre Guicheney

Comment avez-vous rencontré les réfugiés ? D’où est venue l’idée du documentaire ?

L'idée du documentaire m'est venu pendant que j'assistais - par le plus grand des hasards - à une représentation de la pièce - la deuxième - dans le théâtre à l'italienne de la ville de Mayenne. J'ai été bouleversé, émotionnellement et intellectuellement, par la présence sur scène de demandeurs d'asile qui interprétaient cette tragédie qui met en scène des demandeuses d'asile,  les "suppliantes" du titre. Le fait qu'il semble que cette pièce soit la plus ancienne de celles que nous aient légué les Grecs de l'antiquité a sans doute renforcé cette impression d'assister à une tragédie éternelle. Par ailleurs, au moins depuis les "boat-people" des années 70 en provenance du Vietnam et du Cambodge, la ville de Mayenne a une tradition d'accueil des réfugiés. Le théâtre était donc rempli "d'hospitaliers" qui vibraient à chaque réplique et à chaque chant de la pièce.  L'émotion était palpable physiquement. Je n'ai jamais vécu cela au théâtre, c'était extrêmement fort, il fallait répondre au message, chanter à l'unisson des comédiens amateurs qui nous avaient fait vibrer.  C'est grâce à l'initiateur de cet aventure, le metteur en scène Jean-Luc Bansard, qui a tout de suite accepté que nous tournions un documentaire autour de son projet, que j'ai pu rencontrer les réfugiés.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors du tournage ?

Le courage de Jean-Luc Bansard, son incroyable force de travail, son obstination, sa force de conviction et aussi sa souplesse : les réfugiés sont souvent dans des situations de précarité totale. Mener un projet artistique avec eux, c'est aussi répondre à beaucoup de besoins en matière de logement, de nourriture, d'aide dans leurs démarches, leurs problèmes de santé. Il faut beaucoup d'équilibre intérieur et de savoir-faire. Je crois que la maturité humaine et artistique de cet homme est la clé de la réussite incroyable de son projet : "Les Suppliantes" entament leur troisième année de tournée, ils ont joué dans tout le Grand Ouest, à Paris, à Grande Synte près de Calais. Partout, c'était salle comble.
L'autre chose qui m'a marqué est que presque chacun.e.s des demandeuses et demandeurs d'asile qui participent à la pièce pourrait être le sujet d'un film, à cause de sa provenance, de son histoire personnelle, de son parcours parfois héroïque. Il a donc fallu renoncer, renoncer, renoncer pour arriver à raconter cette aventure en une petite heure. Un exercice extrêmement difficile, mais passionnant.
 

Que sont devenus les réfugiés depuis le tournage ?

Certains ont obtenu un titre de séjour, une formation, un travail. D'autres ont été déboutés et sont rentrés chez eux, comme Arianit et sa famille qui ont dû regagner le Kosovo alors que les enfants avaient déjà appris le français et s'étaient parfaitement insérés. Certains sont passés à la clandestinité et ont parfois, malgré cela,  joué dans la pièce. D'autres encore, comme Zeragbar l'Érythréen ont pu faire venir leur famille et tentent maintenant de s'intégrer. Les situations sont multiples, très difficiles. J'ai vu beaucoup de dignité et de noblesse chez ces personnes qui ont tout quitté et chantent une poésie presque aussi vieille que l'humanité devant nos concitoyens.


 

Extrait début Hospitalières et Suppliantes from Pierre Guicheney on Vimeo.

Deux bonnes raisons de voir le film selon Pierre :

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