Tony, le boulanger vendéen : en Antarctique, j'ai pris conscience de la question écologique

Il y a deux ans, Tony Aubry embarque pour l'Antarctique où il reste un an. Âgé d'à peine 20 ans à l'époque, il revient aujourd'hui transformé, faisant de l'écologie une priorité. Avec son ami Cyril, il prépare un deuxieme voyage en Europe, à vélo. Objectif : parler pain et écologie. 

Tony Aubry, 22 ans, sort un livre où il raconte son aventure
Tony Aubry, 22 ans, sort un livre où il raconte son aventure © Tony Aubry
Le 10 décembre 2018, Tony Aubry, 20 ans, pose le pied pour la première fois sur le sol de l'Antarctique. Avec ce simple pas, il se sent comme Neil Armstrong sur la Lune en 1969 : "C'est un petit pas pour moi, mais un grand pas pour ma vie", murmure-t-il dans son manteau. L'émotion, en plus d'un froid glacial, a pour conséquence la formation d'une petite larme. Dans cet environnement de glace, Tony reste un an. 

C'est son premier séjour hors de la métropole française. Et si le jeune vendéen a choisi l'extrême, c'est pour effectuer un stage de service civique au sein de la base scientifique Dumont D'Urville. L'élève à l'école Esfora à la Roche-sur-Yon y occupe le poste de boulanger pâtissier. 

"Cher journal ..."

Sur place, il découvre la vie en communauté, la solitude parfois - puisqu'il est loin de ses proches - mais surtout l'incroyable richesse du lieu. "Mon travail était principalement lié à la boulangerie, mais nous étions une petite communauté, et les scientifiques avaient besoin de petites mains. Je passais beaucoup de temps avec eux, pour aider à travailler sur les manchots et autres animaux fantastiques de l'Antarctique"
 
Tony Aubry a passé 1 an dans la base scientifique Dumont D'Urville
Tony Aubry a passé 1 an dans la base scientifique Dumont D'Urville © Virgil Decourteille (Facebook)


Parfois, il frôle le danger, comme ce jour, où il se retrouve dans un véhicule de 15 tonnes :
 

"De chaque côté du véhicule qui tracte les deux traîneaux, la glace est bleue ce qui signifie qu'elle est extrêmement glissante. Alors aucune sortie de piste n'est permise si nous voulons vivre. [Le chauffeur] s'arrête immédiatement, l’engin patine. Nous sautons, paniqués, de la remorque sur patin pour courir loin du tracteur, s'il glisse et nous emporte, nous mourrons."

Extrait du livre "L'Antarctique, au cœur d'un autre monde" de Tony Aubry


Ses débuts, aussi, sont difficiles. Sur le bateau, chargé de l'emmener avec le reste de l'équipe, le face à face avec un iceberg, ne le rassure pas du tout. "Le bateau tremble et pour la première fois après cinq jours de navigation, je ne me sens pas en sécurité". Il ajoute: "ce que je vis pendant cette trentaine de minutes, tant d'autres l'ont déjà vécu et plus longuement au cours d'expéditions précédentes." Ces épisodes si particuliers sont pourtant insignifiants par rapport au bonheur de découvrir les paysages de l'Antarctique.

Son aventure, il la raconte dans un livre, qui doit être publié le 25 novembre. Car Tony n'est pas seulement doué avec la pâte à pain, et la brioche vendéenne, comme il le montrait dans notre reportage de 2018. Il manie, aussi, très bien les mots. 
 Il avait commencé à écrire, avant même de partir, en racontant, dans les moindres détails sa préparation, ses tests physiques et psychologiques. De son départ en bateau, à son retour et les quelques semaines qui ont suivi, il n'a pas arrêté. "J'ai fais lire les écrits à ma sœur. Elle m'a dit qu'il fallait absolument que je les publie"

Un retour marqué par la défense de l'environnement

Après un an passé dans le froid et l'obscurité, c'est une véritable lettre d'amour qu'il livre à l'Antarctique. "Je t'ai compris, je ne t'impacterai plus à présent", peut-on lire sur la 4e de couverture.

Je ne te remercierai jamais assez pour avoir fait de moi un homme différent, un homme conscient. 

Conscient de quoi ? De l'impact écologique de nos sociétés. 

À la fin de son séjour, les thématiques écologiques deviennent une préoccupation constante, notamment lorsqu'il quitte la base française de l'Antarctique pour aller sur la station italienne, à la fin du mois de novembre 2019.

Pendant 7 jours, il retrouve un mode de vie "semblable" à celui d'avant son départ, où le plastique et l'usage unique sont omniprésents. "J'ai revu pour la première fois, des verres et des assiettes jetables, du papier pour s'essuyer les mains, jusque dans les toilettes. Cela peut paraître banal ici, mais finalement pas pour moi". En arrivant en France, le constat ne fait qu'empirer. 

Aujourd'hui, le jeune boulanger ne tient plus. Il souhaite sensibiliser et échanger d'avantage sur ces enjeux écologiques. De là, naît un nouveau projet, celui de parcourir 15 000 kilomètres à travers 25 pays d'Europe en vélo. Cette-fois, il sera accompagné de son ami, et colocataire, Cyril Carrere, également pâtissier à Nantes. 

Vélo, pain et écologie

Les deux jeunes artisans mettront à l'honneur leur savoir-faire

On prendra avec nous un cahier de recettes de nos plus belles recettes françaises, et en échange, on aimerait en apprendre autant sur les leurs

Tony


Ce voyage est surtout l'occasion de parler du gaspillage, des emballages, du tri et des différentes techniques de production dans le secteur. Les deux jeunes passionnés ont déjà contacté des entreprises engagées en Espagne et en Europe du Nord. "Pour l'Europe de l'Est, nous avons peu plus de mal à échanger" regrette Cyril. "On verra bien sur place !". Tony espère en apprendre encore plus sur l'environnement. "L'Antarctique, c'est très bien, mais c'est à l'autre bout du monde. C'est très important de voir ce qu'il se passe autour de nous". 

Pour financer leur projet, dont le départ est prévu en mars 2021, ils ont créé une association, Riding & Baking, avec laquelle ils ont déjà organisé des ventes de saucissons et de confitures et font appel aux entreprises pour les sponsoriser. "Ce n'est pas évident, surtout en ce moment avec la covid. Les plus petites entreprises subissent un peu la crise. Mais on reste optimiste". La vente du livre de Tony servira également à renflouer les caisses.
 
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