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Pénurie de médicaments : comment les pharmacies font face

Dans une pharmacie de Dijon, certains tiroirs sont presque vides / © Dalila Iberrakene, France 3 Bourgogne
Dans une pharmacie de Dijon, certains tiroirs sont presque vides / © Dalila Iberrakene, France 3 Bourgogne

Un français sur quatre serait concerné par des ruptures de stock de médicaments. Anticancéreux, corticoïdes ou antibiotiques, les pharmacies tentent de s'adapter et de trouver des solutions pour leurs patients. 

Par Ariane Combes

C'est devenu un geste routinier pour cette pharmacienne d'officine. Michèle Conraux consulte trsè régulièrement la liste des médicaments que son grossiste ne pourra pas lui fournir. "Il y en a plusieurs dizaines voire plusieurs centaines," se désole la commerçante installée à Nancy. Chaque jour l'une de ses employées passe des heures au téléphone à faire le tour des grossistes pour trouver les médicaments manquants.

Nous ne sommes jamais certains de recevoir les produits que nous commandons pour honorer les ordonnances des malades. Michèle Conraux, pharmacienne à Nancy.

1200 traitements en 2019

Le désarroi de cette pharmacienne n'a rien d'exceptionnel. A Rouen, Félice Popot sait déjà qu'elle ne pourra pas fournir tous ses patients en antidépresseurs. "Nous n'avons que trois boîtes alors qu'on en sort près de 20 par mois. Il y a des patients qui n'en auront pas," raconte-t-elle navrée. Et la liste des médicaments manquants s'allonge chaque jour. Corticoïdes, anticancéreux ou vaccins, selon les projections de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) plus de 1200 traitements seront concernés par des situations de rupture d'approvisionnement en 2019. C'est 60% de plus qu'en 2018 et 30 fois plus qu'en 2008.

Anticiper les ruptures de stock

Certains laboratoires anticipent les ruptures de stock plusieurs semaines à l'avance. De quoi laisser aux pharmaciens le temps de s'organiser et de faire des stocks. C'est le cas des antibiotiques qui risquent de manquer cet hiver. Pour d'autres en revanche, c'est le système D. Une situation compliquée notamment pour les patients âgés, souvent anxieux de ne pas recevoir leur traitement habituel.  "On est amené à donner les boîtes d'un autre laboratoire. témoigne Félice Popot. Cela génère chez eux beaucoup de difficultés : du surdosage parce qu'ils ne connaissent pas les produits, ou encore du mésusage." Certains oublient même de prendre leur traitement. 

Causes multiples

Les tensions d'approvisionnement sont liées aux stratégies des industriels et des grossistes qui dans un marché mondialisé vendent leurs stocks aux plus offrants. En France, le prix des médicaments remboursés étant plafonné, le marché est moins attractif. Autres facteurs aggravants : les politiques de "flux tendu" visant à limiter les stocks et la forte concentration des sites de production parfois situé en Chine ou en Inde. 
 

Dans une tribune publiée dans le JDD, un collectif de médecin s'alarme de ces pénuries de plus en plus fréquentes. Il préconise d’imposer aux laboratoires la constitution et la gestion de stocks, de ramener la production des principes actifs en Europe, et enfin de créer un établissement pharmaceutique à but non lucratif.

La ministre de la santé Agnès Buzyn s'est engagée en juillet dernier à présenter des mesures concrètes dès septembre visant à mieux partager l'information et à mieux gérer le circuit du médicament, de l'usine jusqu'à la pharmacie.

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