Bernard Brochand épinglé par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique

Bernard Brochand est âgé de 75 ans, maire de la ville et député de la circonscription depuis 2001. / © JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP
Bernard Brochand est âgé de 75 ans, maire de la ville et député de la circonscription depuis 2001. / © JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP

Le député des Alpes-Maritimes Bernard Brochand est cité avec deux autres parlementaires dans un signalement de la Haute autorité de la vie publique (HATVP). Mais le parquet de Paris n'a pas ouvert d'enquête sur l'ancien maire de Cannes à cette heure

Par Laurence Collet (avec AFP)

Le parquet de Paris a ouvert des enquêtes préliminaires sur les déclarations de patrimoine de deux parlementaires UMP après un signalement de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Ces investigations concernent le député Lucien Degauchy (Oise) et le sénateur Bruno Sido (Haute-Marne), pour lesquels des signalements ont été reçus vendredi. Ce jeudi, le parquet a reçu un signalement similaire de la HATVP concernant le député
UMP Bernard Brochand (Alpes-Maritimes). Le ministère public n'avait pour l'heure pas pris de décision pour l'ancien maire de Cannes.

Des placements à l'étranger

Il existe, selon la HATVP, un doute concernant les trois parlementaires sur le fait qu'ils auraient pu placer de l'argent à l'étranger pour échapper à l'impôt. L'ironie, c'est que juste après l'affaire Cahuzac, Bernard Brochand s'était exprimé (voir encadré) sur son site internet, pour déclarer "le vrai changement c'est maintenant".

Les peines encourues

Le fait pour un député d'omettre de déclarer une partie substantielle de son patrimoine ou de fournir une évaluation mensongère de son patrimoine est passible d'une peine de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende, en vertu des lois sur la transparence de la vie publique d'octobre 2013. Peut être prononcée, à titre complémentaire, l'interdiction d'exercer une fonction publique.
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"Le vrai changement, c'est maintenant": la déclaration faite par Bernard Brochand sur son site, après l'affaire Cahuzac

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Réaction de Bernard Brochand suite à l’affaire Cahuzac
"le vrai changement c’est maintenant"

"Je suis naturellement pour la transparence et la moralisation de la vie politique et en tant que parlementaire, j’ai toujours déclaré depuis 2001 mon patrimoine au cours de mes quatre mandats successifs.

Aujourd’hui il y a un projet de loi qui doit être débattu devant le Parlement. J’attends donc de voir son contenu et ses modalités exactes et je m’y soumettrai évidemment le moment venu comme tous mes collègues.

Ayant travaillé toute ma vie en ma qualité de chef d’entreprise dans le monde entier, je n’ai pas attendu une loi sur les conflits d’intérêts, pour démissionner avant mon élection, de toutes mes activités professionnelles, et ce, afin de me consacrer exclusivement depuis 12 ans, à mes mandats de Maire de Cannes et de Député des Alpes Maritimes.

Cela dit, quand je vois tout ce déballage et cette cacophonie nauséabonds au nom de la transparence, je ne peux que m’interroger sur la méthode et les solutions proposées, qui vont s’avérer désastreuses au niveau de l’opinion publique en France et à l’étranger.

Alors qu’il y a au départ une affaire « Cahuzac », ministre du Budget nommé par le Président et le chef du Gouvernement, cela devient maintenant une affaire de corruption généralisée.

Au lieu de cela, il fallait sanctionner l’intéressé pour les fraudes commises et son parjure inacceptable commis devant le Pays tout entier. A quoi tout cela servira-t-il, si prochainement M. Cahuzac revient siéger en toute impunité à l’Assemblée Nationale. Vous imaginez la scène incroyable mais vraie qui risque de se produire et comment les Français vont alors réagir.

Je suis pour la transparence et la moralisation de la vie politique, mais à condition de se donner les moyens adéquats pour y parvenir, par des décisions mûrement réfléchies et dans la concertation.

S’il est nécessaire de favoriser le contrôle du patrimoine des élus par une structure indépendante, en revanche je suis contre la publication de ces informations. En effet cela ne ferait que dresser les Français les uns contre les autres en rappelant des heures sombres de notre histoire.

De plus en partant de ce principe, il faudrait dans un souci d’équité, faire la même chose avec toutes les catégories professionnelles, dont les journalistes. Cette atteinte à notre vie privée provoquerait à n’en pas douter, une rupture irréversible de notre cohésion nationale, dont nous n’avons pas besoin en ce moment.

Il ne faut pas qu’une fois de plus, quelque chose change pour que tout reste comme avant. Confondre vitesse et précipitation dans ce domaine serait une erreur et le remède risque d’être pire que le mal, car à la fin on n’aura rien réglé et convaincu personne.

Par ailleurs, on ne peut pas dire publiquement que toute la classe politique est honnête et en même temps annoncer des mesures anti-corruption visant notamment tous les parlementaires.

C’est un peu comme à l’école, où au lieu de réprimer l’élève qui a triché, on décide de punir l’ensemble de la classe. Cela crée inévitablement un sentiment d’injustice sans régler le problème initial.

Si l’affaire DSK avait éclaté aujourd’hui, est-ce que M. Hollande aurait demandé à tous ses ministres et aux élus, de publier des détails sur leur vie sexuelle ou extraconjugale ?

Il est temps de revenir à du bon sens et de calmer le jeu, car après ce déballage médiatique, c’est toute la classe politique et la France qui seront affaiblies et discréditées. On le voit déjà dans les sondages avec la chute libre des cotes de popularité de l’Exécutif.

Il ne faut pas mélanger les causes et les effets, car les Français attendent surtout du Président de la République et du Gouvernement qu’ils s’attaquent aux vrais problèmes de leur vie quotidienne et à la baisse constante de leur niveau de vie.

Quand on dirige un pays ou une grande ville, il faut montrer en période de crise, sa capacité à garder le cap et le bon, et ce, en rassemblant tous les Français au lieu de les diviser."

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