Allergies, dépressions, les habitants du sud de la France seraient les premières victimes du changement climatique

Des allergies toute l'année, de nouvelles maladies tropicales et un stress lié aux catastrophes naturelles à répétition : dans les décennies à venir, le changement climatique va affecter durement la santé des habitants du sud-est de la France, prévoient des experts.

Inondation à Roquebrune-sur-Argens (Var), le 15 octobre 2018
Inondation à Roquebrune-sur-Argens (Var), le 15 octobre 2018 © Philipe Arnassan / MaxPPP
Si la région sud est un haut lieu touristique, le Groupe régional d'experts sur le climat (Grec) révèle aussi que le sud-est de la France est un "hot spot" du changement climatique.

Selon les prévisions de ces experts, la sécheresse et la chaleur estivale augmenteront en durée et en intensité, les eaux souterraines et de surface diminueront de 20%, et les épisodes de pluies intenses se multiplieront dans les années à venir.
    
Ces épisodes "méditerranéens", que nous avons connus à plusieurs reprises depuis septembre et caractérisés par des précipitations extrêmes, s'accompagnent de pertes humaines. Ces pluies torrentielles causant souvent des inondations ont causé la mort de 13 personnes lors de deux épisodes distincts en deux semaines. 
    
Les experts redoutent que ces catastrophes à répétition ne provoquent "un stress post-traumatique" chez les Méridionaux. Ce trouble apparaît chez la moitié des personnes exposées à des désastres naturels, et peuvent durer dans le temps : des symptômes de ce stress ont été observés chez des habitants de Vaison-la-Romaine (Vaucluse) plusieurs années après l'inondation qui avait fait 37 morts en 1992.

Santé mentale et changement climatique

La survenue de graves intempéries peut aussi activer ou réactiver d'autres maladies : troubles anxieux, dépressifs, ou addictifs.

"Quand les gens pensent au changement climatique, ils pensent d'abord à ses effets sur l'environnement et sur la santé physique", explique Susan Clayton, professeure de psychologie et coauteure du rapport "Santé mentale et changement climatique", publié en mars par l'Association américaine de psychologie et l'ONG EcoAmerica. "Mais les effets sur la santé mentale, bien que peu reconnus, affectent également un nombre considérable de personnes".

Dans son rapport, Susan Clayton évoque le taux de suicide de la population de la Nouvelle-Orléans qui a triplé dans les deux ans qui ont suivi l’ouragan Katrina et le taux de violence, de dépression et de stress post-traumatique qui a également augmenté de 4% dans la population.

"En France, il n’existe pas d’étude à ce jour montrant l’impact des canicules sur le comportement des individus", indiquait il y a quelques mois le docteur Guillaume Fond, psychiatre à l'AP-HM, mais il évoquait le jour où, à Marseille, lors de l'alerte canicule du mois d'août 2018, deux internes de l’hôpital de la Timone ont été gravement victimes de tirs de voisins qui se disaient "excédés par le bruit".

"Ces plaintes duraient depuis plusieurs mois, mais c’est après trois jours de fortes chaleurs que s’est produit l’agression. On ne peut bien sûr par faire le lien direct entre l’augmentation de la température et le passage à l’acte de ces individus", précisait le psychiatre, mais on peut malgré tout s'interroger.
    
Autre conséquence inattendue du changement climatique : l'augmentation des allergies. Car les pollens, auxquels 20% des adultes sont allergiques (presque deux fois plus qu'il y a vingt ans), profiteront aussi du réchauffement: la durée de la saison pollinique des graminées progresse déjà de 4,5% par an à Nice depuis 1989.

Acariens et bactéries

Les urticacées aussi voient leur saison pollinique s'éterniser, à tel point, prédisent les experts, que l'allergie à la pariétaire, une plante vivace souvent accrochée à des rochers ou à de vieux murs, pourrait sévir toute l'année.
    
Les allergies aux acariens devraient elles aussi gagner du terrain : avec l'augmentation des températures, les moisissures proliféreront à l'extérieur comme à l'intérieur des logements. Des études ont montré une densité des acariens et allergènes acariens plus forte dans les villes où la température moyenne est la plus élevée.
    
La chaleur pourrait aussi provoquer, prédit le Grec, la prolifération de bactéries dans les canalisations avant la distribution de l'eau au robinet. D'autres bactéries envahiront la mer, comme E.Coli, qui provoque des gastro-entérites et autres infections, en raison de l'augmentation de la température de l'eau.
 
Illustration du moustique tigre
Illustration du moustique tigre © Philippe LAMBERT / MaxPPP
   
Enfin, le réchauffement permet le développement d'"agents pathogènes", comme le moustique tigre, qui colonise déjà toute la région Paca à l'exception des zones montagneuses, et pourrait augmenter sa période d'activité au cours de l'année.

En 2019, pour la première fois en France, un foyer du virus tropical Zika, transmis par ce moustique, a été confirmé dans le Var, avec 3 cas de maladie "autochtones".
    
Face à cette nuée de menaces, le Grec interpelle les autorités et leur propose des mesures d'adaptation, comme l'aménagement d'"ilots de fraîcheur" en ville, ou encore la prise en charge de personnes vulnérables et précaires, les premières touchées par le réchauffement climatique.
    
En région Paca, 80% de la population vit en ville, où la température est plus élevée qu'à la campagne, et l'air plus pollué, des facteurs aggravants pour la santé, note le Grec. Les experts redoutent une surmortalité mais aussi une augmentation des maladies cardiovasculaires, respiratoires et même des troubles mentaux liés à ces fortes chaleurs.
 
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