La Cour des comptes a dénoncé dans un rapport publié ce mercredi la cherté des péages autoroutiers et le manque de poids de l'Etat dans la fixation des tarifs, négociés avec les sociétés autoroutières depuis leur privatisation en 2006. Dans le viseur, notamment Vinci Autoroutes gestionnaire de l'A8.
La Cour critique notamment le fait que "le rapport de force apparaît plus favorable aux sociétés concessionnaires" qu'aux pouvoirs publics.
Les relations entre sept sociétés regroupées en trois groupes privés, Vinci Autoroutes (société qui gère l'A8 NDLR), APRR (Eiffage et Area) et Sanef (Sanef et SAPN), qui représentent les trois quarts du réseau autoroutier, et l'Etat, sont fixées par des contrats de concessions.
Or, "la négociation des avenants aux contrats de concession (notamment les contrats de plan) et le suivi par le concédant (assuré par le seul ministère des transports) des obligations des concessionnaires se caractérisent par un déséquilibre au bénéfice des sociétés autoroutières", souligne la Cour dans un communiqué.
Ceci se fait au détriment des usagers, qui voient leurs péages augmenter pour financer l'entretien et la modernisation des autoroutes. "Les bénéfices (des sociétés autoroutières, NDLR) n'ont pas vocation à être réinvestis ou à conduire à une baisse des tarifs", a relevé le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, qui était auditionné mercredi matin sur ce sujet par la commission des finances de l'Assemblée nationale.
Le système retenu pour calculer les tarifs des péages a aussi conduit à "des augmentations tarifaires supérieures à l'inflation", critique la Cour dans son communiqué. Vinci Autoroutes, APRR et Sanef ont touché 7,6 milliards d'euros de péages en 2011, précise-t-elle.
Autre problème, "l'Etat ne se montre pas assez exigeant en cas de non-respect de leurs obligations par les concessionnaires, qu'ils s'agisse de préserver le patrimoine, de respecter les engagements pris dans les contrats de plan ou de transmettre les données demandées" par l'Etat.
Du côté du ministère des Transports, on veut mettre en avant les quelques améliorations dans les relations entre les concessionnaires et les pouvoirs publics relevées par la Cour des comptes. "Le ministère partage les constats de la Cour des comptes et va suivre ses recommandations", assure-t-on.
Les principales recommandations de la Cour des comptes :
1. Formaliser une procédure interministérielle de négociation et de décision pour les contrats de plan et les autres avenants prévoyant la compensation d’un montant significatif de travaux.
2. Mettre en oeuvre, si nécessaire, les dispositions contraignantes prévues par les cahiers des charges en cas de non-respect par les concessionnaires de leurs obligations contractuelles.
3. Réaliser systématiquement une contre-expertise, formalisée et documentée, de tous les coûts prévisionnels des investissements ainsi que le bilan des contrats de plan précédents.
4. Revoir le décret de 1995 afin de définir un plafond d’évolution des hausses de tarifs, qui s’appliquerait également aux contrats de plan.