26 ans après l'attaque d'un fourgon de transport de fonds au cours de laquelle deux convoyeurs avaient été tués, une peine de 20 ans de réclusion criminelle a été requise mercredi devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, contre Franck Perletto. Le verdict est attendu ce jeudi.
Une peine de 20 ans de réclusion criminelle a été requise mercredi contre Franck Perletto, figure du banditisme varois, qui comparaît depuis quelques jours devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône. Le procès se déroule vingt-six ans après l'attaque d'un fourgon de transport de fonds au cours de laquelle deux convoyeurs avaient été tués.
"Il est des crimes, des morts, des injustices qui se conjuguent toujours au présent"
a estimé l'avocat général Olivier Couvignou. Le temps n'effacera pas ce fourgon éventré, mitraillé par un feu nourri, le temps n'effacera pas la mort des convoyeurs".
Le magistrat a néanmoins expliqué qu'il ne requérait pas la réclusion criminelle à perpétuité en raison de la durée exceptionnelle de l'instruction. Il a déploré "l'hibernation, le débranchement de ce dossier pendant quinze ans" mais
"ces victimes carbonisées, faut-il, de guerre lasse, les jeter aux oubliettes ? Je ne pense pas".
L'avocat général a tordu le cou à "une fausse rumeur" traversant ce dossier selon laquelle Franck Perletto aurait bénéficié d'un deal entre les autorités et sa famille : sa libération en échange du nom des assassins de la députée Yann Piat abattue le 25 février 1994 à Hyères.
Onze juges d'instruction sur cette affaire
Franck Perletto avait été remis en liberté en juin 1994 au terme de deux années de détention provisoire. "Ce temps qui a passé, ce n'est pas le résultat d'un marchandage", a fermement démenti Olivier Couvignou alors que le seul survivant des trois convoyeurs l'avait clairement évoqué devant le dernier des onze juges d'instruction en charge de ce dossier.Une "véritable opération de guerre"
Franck Perletto, 53 ans, a toujours contesté être l'un des sept agresseurs d'un fourgon Securipost, le 13 mars 1990 au pied d'une cité des quartiers Nord de Marseille.Les enquêteurs ont décrit ce vol comme "une véritable opération de guerre". Un convoyeur avait été tué sur le coup dans le fourgon détruit par une charge explosive.
Un second convoyeur avait été "abattu comme un chien" a rappelé l'avocat général, l'homme, blessé, n'ayant pas obtempéré aux ordres des agresseurs de leur passer les sacs d'argent.
Trafics, témoins, ADN... un dossier complexe
A l'époque, Perletto n'avait pas acquis son titre de parrain du milieu varois, sa réputation reposant sur deux condamnations prononcées en 2004 et 2006 à 8 et 14 ans de prison (qu'il purge encore) pour sa participation à des trafics de cocaïne avec l'Amérique du Sud et de cannabis avec le Maroc. Des trafics financés par cette attaque, a suggéré l'avocat général.Olivier Couvignou a fait reposer son réquisitoire sur une série de renseignements anonymes qui avaient, dès 1990, conduit les enquêteurs sur la piste de Franck Perletto.
Un témoin l'avait formellement identifié comme l'agresseur blessé au front qui l'avait menacé avec son arme.
Contre la carte maîtresse de la défense (l'ADN extrait de traces de sang retrouvées sur les lieux n'est pas celui de l'accusé), l'avocat général a opposé le fait qu'il n'est pas nécessaire de laisser son ADN sur une scène de crime pour être au coeur du crime".
Les avocats de l'accusé qui plaident son acquittement soutiennent qu'un seul malfaiteur aurait été blessé dans cette attaque. Le verdict est attendu jeudi. En l'état de ses condamnations, Franck Perletto est libérable en 2024