Journée internationale des enfants disparus : enlevés par leur mère, le combat d'un père pour revoir ses enfants

Un signalement de mineur disparu intervient toutes les dix minutes, selon l'association Droit d'Enfance qui coordonne le numéro 116 000 créé pour aider les familles. Vincent Fichot, dont les parents vivent à Arles, se bat pour revoir ses deux enfants, enlevés en 2018 par leur mère japonaise.

Le temps du bonheur pour Vincent Fichot, avec Kaede et Tsubasa, sa fille et son fils enlevés par leur mère au Japon.
Le temps du bonheur pour Vincent Fichot, avec Kaede et Tsubasa, sa fille et son fils enlevés par leur mère au Japon. © Vincent Fichot
Vincent Fichot a été marié à une Japonaise pendant onze ans. Il vivait à Tokyo, il y est resté pour être au plus près de Kaede et Tsubasa. Sa fille avait 11 mois la dernière fois qu'il l'a vue et son fils allait avoir trois ans.

Ce 10 août 2018 est à jamais gravé dans sa mémoire. "C'était la veille de ses trois ans, je suis allé au boulot et le soir je suis rentré, la maison avait été vidée, et surtout il n'y avait plus les enfants" raconte-il.  

Au Japon, "c'est le premier parent qui prend l'enfant qui en a la garde", explique Vincent Fichot, l'enfant "appartient" au foyer, pas aux parents. Et vu que ma femme a déménagé et emmené les enfants sous un autre toit, ils appartiennent à ce nouveau toit."

Et comme Vincent ne fait plus partie de ce foyer, ses enfants ne lui appartiennent plus. 

L'enlèvement parental "légalisé" au Japon

"Quand l'enfant est déplacé, c'est fini, on légalise (au Japon, ndlr) l'enlèvement d'enfant systématique". Depuis ce 10 août 2018, Vincent Fichot n'a plus eu aucun contact avec Kaede et Tsubasa. Il ne sait même pas où ils résident.

Ils ont aujourd'hui trois et cinq ans. "Je pense à Kaede et Tsubasa et tous les jours, plusieurs fois par jour, confesse Vincent Fichot, Kaede avait 11 mois, elle ne doit pas savoir ce que c'est que d'avoir un papa. Avec Tsubasa, on a vécu une relation très forte, j'avais quitté mon emploi pour m'occuper de lui tous les jours et toutes les nuits". 

Le père des enfants a tenté toutes les procédures existantes au Japon. Il a fait une demande de retour temporaire, une demande de retour permanent et une demande de garde permanente. 

Ses requêtes ont toutes été rejetées par les tribunaux de Tokyo, puis par la Haute-Cour, et par la Cour Suprême, l'équivalent de notre cour de Cassation.

"J'ai épuisé tous les recours, reconnaît-il. Il lui reste à présent l'espoir d'un droit de visite... A la japonaise.

Le droit de visite : 24 heures par an

"Ça va prendre encore un an, je pense, estime Vincent Fichot, et ensuite le droit de visite, c'est deux heures par mois, dans une salle médiatisée. Vous ne pouvez pas poser de questions, pas parler Français, pas prendre de photo, pas le droit d'amener de cadeaux, pas le droit de les nourrir... Et les mères n'ont pas d'obligation à respecter ça".

Vincent Fichot sait qu'il n'obtiendra jamais gain de cause devant les tribunaux japonais. 

Faire pression sur le gouvernement japonais

Alors le Français se tourne vers l'international. Il a déposé une pétition devant le Parlement européen. Et il n'est pas seul. D'autres mènent le même combat. Des papas australien, italien, lituanien, coréen...  

"Ça représente 14 enfants enlevés, on a déposé plainte au comité des droits de l'homme des Nations Unis". Avec Vincent Fichot, ces pères ont même fait l'objet d'un article du Washington Post.

Ces parents témoignent de leur drame dans cette vidéo postée sur le site japanchildrenrights.com.Vincent Fichot a aussi déposé plainte en France car ses enfants ont la nationalité française. Maître Jessica Finelle, l'avocate de la famille de Carlos Ghosn, spécialisée dans le droit de l'homme, défend ses intérêts au Japon. 

"Je tiens à souligner le soutien exceptionnel de Maître Finelle qui fait un travail énorme, elle pense à plusieurs actions futures qui vont pouvoir mettre un peu de pression sur le gouvernement japonais pour qu'on puisse revoir nos enfants. Ça m'aide énormément" reconnaît Vincent Fichot.

Il peut aussi compter sur l'appui sans faille de ses parents, originaires de Saint-Martin-de-Crau et installés à Arles depuis leur retraite.

"C'est très difficile pour eux, ils ont perdu leurs petits-enfants et il voit leur fils dans cette situation, confie-t-il, ils m'apportent un soutien psychologique énorme. Et ils font aussi des actions, ils sont allés au G7 à Biarritz pour protester, ils sont montés à Paris et ont manifesté devant l'ambassade japonaise". Ils rêvent eux aussi du jour où ils reverront leurs petits-enfants. 

Un impact du confinement et de la fermeture des frontières 

Sur 1 299 dossiers de disparitions de mineurs ouverts en 2019 par la fondation Droit d'Enfance, qui coordonne la ligne d'urgence 116 000 pour aider les familles d'enfants disparus, 446 concernent des enlèvements parentaux.

"C'est beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit", explique Laureen Burbau, chargée de la communication. Les cas à l'international représentent 30 % des dossiers de la fondation. Les procédures sont souvent "enlisées", admet-elle.

Elle souligne par ailleurs que le contexte du Covid a eu un "véritable impact sur les familles".

Beaucoup de parents se sont servis de la crise sanitaire pour ne pas représenter l'enfant, certains sont partis avec l'enfant juste avant la fermeture des frontières.

"On a eu énormément d'appels. Beaucoup de parents ont eu besoin d'un soutien là-dessus, ils se sentaient démunis, ajoute-t-elle, toutes les procédures qu'ils essayaient d'engager, tout était au ralenti. Même les procédures de retour validées, quand l'enfant devait revenir, avec la fermeture des frontières, ce n'était pas appliqué."

"Et il y a une crainte que le parent qui a l'enfant s'en aille plus loin et disparaisse sans laisser d'adresse", renchérit Laureen Burbau. 

En 2019, 51 287 disparitions de mineurs ont été signalées en France (il peut s'agir du même enfant signalé plusieurs fois). Plus de 90 % des cas sont des signalements de fugues, contre 522 d'enlèvements parentaux.

Mais selon Laureen Burbau, ces derniers sont nettement sous-évalués. Car souvent les parents n'arrivent pas à porter pas plainte.

"Certains commissariats ne connaissent pas le 116 000, et ils ne savent pas qu'au niveau de la loi ils sont obligés de prendre cette plainte pour non représentation d'enfant ou carrément pour soustraction de mineur". "On essaie de développer les formations auprès des forces de l'ordre pour les former à recevoir et soutenir ces familles, ils n'ont même pas le réflexe de les renvoyer sur le 116 000", regrette Lauren Burbau.  

A l'occasion de cette journée internationale des Enfants Disparus, la fondation a lancé une nouvelle campagne de sensibilisation pour faire connaître le plus largement possible ce numéro de téléphone auprès de l’opinion.
 
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