"Une référence perverse à la cocaïne" : un addictologue alerte sur les effets de "Sniffy", la poudre blanche légale à sniffer

La poudre blanche à inhaler par le nez avec une paille rappelle fortement les codes d'utilisation de la cocaïne et inquiète les addictologues, confrontés à l'augmentation des cocaïnomanes.

Elle est blanche comme la cocaïne, ses composants sonnent comme la cocaïne, mais ce n'est pas de la drogue... Cela pourrait ressembler à une célèbre publicité des années 70  pour une boisson sans alcool. "Sniffy" est au centre d'une polémique, depuis que le gouvernement a annoncé qu'il voulait interdire cette poudre blanche énergisante à inhaler par le nez avec une paille, comme la cocaïne. Interdit aux mineurs, le produit est en vente libre sur internet autour de 15 euros la fiole d'un gramme, avec des parfums menthe, citron vert ou fraise bonbon.

Le docteur Michael Bazin, qui propose des consultations pour les addictions notamment à la cocaïne, a répondu aux questions de France 3 Provence-Alpes sur ce nouveau produit, qui cible tout particulièrement les jeunes consommateurs. 

France 3 Provence-Alpes : Sniffy est-elle dangereuse selon vous ? 

Dr Michael Bazin : C'est une catastrophe. C'est une référence perverse à la cocaïne. La poudre blanche, la paille, tous les produits qu'il y a dedans qui se finissent tous par "ine", la taurine, la caféine, la créatine, l'arginine... Ça fait bien référence à la cocaïne ! Il y a un effet sonore qui arrache l'oreille.

Il y a une perversité dans la démarche. Il faut retenir que nos services d'addictologie sont remplis de la problématique cocaïne, de manière exponentielle sur ces 10-15 dernières années. Donc, ça fait référence à quelque chose qui pose énormément de problèmes dans la société. Tous les addictologues font le même constat, il a de plus en plus d'hospitalisations pour la cocaïne, c'est devenu une banalité redoutable. Il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'on adopte des dépendants à la cocaïne et au crack. Le profil, c'est beaucoup élargi. Ça peut être des très jeunes comme des beaucoup moins jeunes, argentés ou pas, ça s'est démocratisé.

On fait face à une situation grave et avec peu de moyens de répondre efficacement à la dépendance à la cocaïne. C'est pour ça que ça me fait réagir, de voir que ce produit Sniffy vient alimenter indirectement la consommation de cocaïne, même si celui qui a inventé ça s'en défend. Il y a un pas, peut-être certains qui consommeraient ça en soirée pourraient passer à la cocaïne qui circule de partout en soirée, et qui est très, très disponible, y compris en prix.

Quels sont les risques liés à la consommation de ce produit ? 

Il y a des possibilités, si on en prend beaucoup, d'avoir des troubles du rythme cardiaque, une tachycardie, palpitations, des irritations muqueuses avec la paille dans le nez. Mais, ce ne sera pas le premier problème. Le problème étant la référence directe que ça fait à la cocaïne en l'associant à des moments de la vie des jeunes et à l'hygiène de vie : le sport, le festif... Dans l'inconscient des jeunes, aller à la salle ou sortir en soirée, on l'associe au sniff, c'est complètement scandaleux. Aller à la salle de sport, c'est ce que fait presque 50 % de la génération Z, qui ont 20 ans aujourd'hui. En termes de santé publique, c'est quand même très questionnant. Je suis même surpris que ça puisse être commercialisé.

Est-ce que Sniffy pourrait aider au sevrage de la cocaïne comme la vapoteuse pour les fumeurs ? 

Dans l'addiction, il y a 30 % du problème qui est dû au comportemental, au moins. C'est-à-dire que si vous continuez à utiliser votre paille et votre petite poudre alors que vous êtes dépendant à la cocaïne, ça va être compliqué.

La vapoteuse en sortie de tabagisme, ça fonctionne assez bien, il y a des données là-dessus. Là, ce ne serait pas le cas pour ce produit-là, pas du tout.

L'actualité "Société" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Provence-Alpes-Côte d'Azur
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité