l'Agence de presse des quartiers, un projet dans la tourmente à Marseille et Toulon

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Écrit par Sidonie Canetto
Manque de moyens, salaires impayés, pas de locaux, les journalistes de l'agence de presse des quartiers sont en grande difficulté.
Manque de moyens, salaires impayés, pas de locaux, les journalistes de l'agence de presse des quartiers sont en grande difficulté. © DR

Le projet l'Agence de presse des quartiers avait pour but de former des journalistes parmi les personnes issues de quartiers. Lancée début 2020, l'aventure n'a jamais vraiment démarré. Les journalistes dénoncent des salaires impayés et des conditions de travail très dégradées.

"l’Agence des quartiers" consistait à produire et commercialiser des contenus journalistiques sur l'actualité des quartiers populaires et à former des jeunes issus de ces quartiers aux métiers de l’information.

L’initiative est soutenue, financièrement, par plusieurs partenaires dont le Ministère du logement et de la ville ou France Territoires, l’agence nationale pour la cohésion des territoires (ANCT).

L’Agence des quartiers a reçu une subvention de 1,8 million d’euros sur trois ans dans le cadre du plan d’investissement dans les compétences (PIC).

120 000 euros ont été versés par l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT).

 "Au départ, ce projet sur le papier, il est extraordinaire, et on y croit encore. Il doit se faire parce qu'on a déjà vu l'impact sur ces jeunes de comprendre que c'est possible, qu'on croit en eux et qu'ils sont capables", détaille un des formateurs.

L’Agence des quartiers, c’est une aventure qui commence en mai 2019, lorsque Guillaume Villemot, co-créateur du mouvement politique Bleu Blanc Zébre imagine une agence de presse qui serait implantée dans des quartiers populaires situés à la périphérie des grandes agglomérations. 

Cette initiative était portée par sept antennes en France et concernait 90 personnes.

Suivant les antennes, cette agence et son financement ont mis plus ou moins de temps à se mettre en place.

L’entreprise devait employer, dans chaque antenne locale, des journalistes professionnels qui encadraient un groupe de jeunes habitants en contrat de professionnalisation.

La partie théorique de la formation devait être assurée par deux organismes partenaires, l'ESJ Lille et l’EMI Paris, une semaine par mois.

À ce jour, la majorité des salariés est toujours en attente du paiement des salaires des mois de janvier et février 2021. Certains salariés attendent toujours leur salaire du mois de décembre 2020.

"Locaux inadaptés, matériel insuffisant, manque de personnel et un cadre pédagogique flou", dénonce une partie des salariés. 

" Nous n'avions pas de locaux au début, on a travaillé en distanciel et c'était compliqué avec les élèves qui n'ont pas forcément d'ordinateurs personnels ou de connexion internet. On est toujours dans la débrouille, c'est nous qui avons trouvé des ordinateurs de seconde main pour pouvoir travailler", explique un des formateurs.

"Nous avons dû faire grève pour avoir des ordinateurs", indique un journaliste d'une autre antenne.

Angoisse de l'avenir

À quelques semaines de la fin d’une formation déjà rendue compliquée par la crise sanitaire, les alternants n’ont toujours pas connaissance des modalités de leur certification.

 "Certains alternants ne sont plus en capacité de payer leur loyer par manque de salaire, et parallèlement à cela, on nous met une pression énorme pour la publication de nos articles, alors même que nous n'avons pas les moyens et le matériel pour le faire", détaille une formatrice.

"Les manques laissés par les périodes de chômage partiel sont importants. Les promesses qui leur avaient été faites ne sont pas tenues. Le suivi dont ils ont pu bénéficier est insuffisant, leurs perspectives professionnelles sont incertaines", expliquent les salariés.

"Un pigiste et un graphiste n'ont pas été payé pour le travail fourni dans notre antenne, ce n'est plus possible de ne pas respecter le code du travail", explique un journaliste.

Les salariés ont saisi les syndicats de journalistes pour porter leur voix.

Ils réclament à leur président Guillaume Villemot de déposer le bilan auprès du tribunal de commerce dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements, pour l’ouverture d’une procédure collective de redressement ou de liquidation judiciaire qui permettrait l’intervention de l’AGS, le régime de garantie des salaires.

Rencontre avec la ministre déléguée chargée de la Ville

Face à ce qu'ils considèrent comme un déni du directeur et au silence assourdissant de ce dernier, certains salariés demandent de pouvoir consulter les comptes. Pour savoir où l'argent public est passé? Pourquoi il y a autant d'impayés?

"On nous répond que l'on a pas à mettre notre nez dans la gestion des comptes de l'association", explique une partie des salariés.

Nadia Hai, la ministre déléguée chargée de la Ville tenue informée de la situation a "demandé à l’agence nationale pour la cohésion des territoires (ANCT) de diligenter un contrôle du fonctionnement et des comptes". 

Le directeur de l'association doit la rencontrer ce lundi 8 mars et rendre des comptes sur l'utilisation des subventions et des aides.

"Pour nous c'est une avancée, car enfin quelqu'un va avoir le pouvoir de demander des comptes, et enfin on va pouvoir avoir des réponses. Notre souhait c'est de pouvoir travailler sereinement et dans des bonnes conditions, on ne peut plus être dans l'expectative, le bien-être des personnes dont nous avons la charge en dépend, c'est un public précaire, on ne veut pas les mettre en péril", souligne un salarié.

"Si l'entreprise est sauvée, nous souhaitons aussi que la direction change parce que le contrat de confiance est rompu maintenant", explique un journaliste

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