Marseille : 18 professionnels jugés pour une escroquerie européenne sur la viande de cheval

Parmi les 18 prévenus jugés à Marseille comparaît un négociant belge de chevaux. Il est poursuivi pour escroquerie en bande organisée et tromperie entraînant un danger pour la santé de l'homme. Il aurait commercialisé des animaux impropres à la consommation.

Aline Oudin est venue de Nancy assister au procès qui s'est ouvert ce mardi à Marseille. Elle a été victime de ce vaste trafic en 2013 et en parler est toujours aussi douloureux.

"J'étais au chômage et je cherchais une pension pour mon cheval, et c'était difficile car c'est assez onéreux, je cherchais une personne bienveillante qui puisse me le garder dans un parc le temps que je retrouve un travail", témoigne-t-elle. 

Un marchand endort la méfiance de la propriétaire en lui dépeignant un cadre idyllique pour la retraite de son cheval, au sein d'une écurie de course avec de jeunes chevaux et sa fille cavalière pour s'en occuper. 

150 propriétaires de chevaux victimes dupés

Mais une dizaine de jours plus tard, quand elle veut prendre des nouvelles de son équidé, l'homme est impossible à joindre. Acharnée, elle fait un travail de fourmi pour le retrouver.

Elle découvre que son cheval a été plusieurs fois vendu. En bout de chaîne, quand elle propose au maquignon de le lui racheter, c'est pour s'entendre dire : "il faisait partie d'un lot de quatre et il était bien dodu, vous savez, moi mon métier c'est de vendre la viande de cheval aux abattoirs. A cette heure-ci, votre cheval est déjà en barquette sur des étagères!". 

"Je l'avais depuis 25 ans, ce n'était pas seulement un cheval, c'était un membre de la famille, confie-t-elle en pleurs, un cheval c'est comme un chien, il va vous faire la fête, il va vous reconnaître, il va vous donner tout son amour, voir des choses comme ça ce n'est pas concevable".

Elle s'est constituée partie civile écrite. Ils sont une cinquantaine sur 150 propriétaires victimes recensés au cours de l'enquête. 

Présenté par l'accusation comme le "pivot de ce trafic international de chevaux", Jean-Marc Decker, un négociant belge encourt jusqu'à 10 ans de prison. La justice lui reproche notamment la falsification de documents qui ont trompé les commerçants et les consommateurs sur la qualité de la viande.

Avec lui, 17 autres prévenus comparaissent : maquignons, rabatteurs, vétérinaires. Trois sont Belges et deux Néerlandais. Une société de vente en gros de viande chevaline du Gard est également jugée au tribunal de Marseille à compter du 7 juin.

L'affaire a éclaté en 2013 à l'abattoir d'Alès, dans le Gard sur la base d'un signalement de la Brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires.

Les investigations ont mis au jour une série de fraudes, carnets d'identification et  documents sanitaires falsifiés, et non respect de la réglementation européenne concernant les chevaux importés de pays de l'Union.

La traçabilité du passé et des traitements médicamenteux de certains animaux était largement brouillée, empêchant de vérifier qu'ils pouvaient être envoyés à l'abattoir à destination des boucheries.

Un maquignon de l'Ain a expliqué aux enquêteurs qu'un cheval sans les documents en règle se négocie 100 à 300 euros "alors qu'un conforme est à 600 ou 800 euros".

Certains rabatteurs travaillant pour le négociant belge ou ses fournisseurs achetaient des chevaux à de particuliers en leur promettant "une retraite paisible" et de "bons soins" pour leur animal. Les propriétaires s'apercevaient trop tard que leur cheval avait fini à l'abattoir.

Un des ces rabatteurs, installé dans les Ardennes, aujourd'hui âgé de 80 ans, allait jusqu'à faire visiter une pâture avec abri et des écuries pour l'hiver afin de convaincre les vendeurs.

La viande revendue dans le sud de la France

Au bout de la chaîne de ce vaste trafic international, la société de vente en gros Equi'd Sud d'Alès et son gérant Georges Gonzales sont jugés pour ne pas avoir respecté les "impératifs sanitaires gouvernant sa profession". 

L'entreprise qui fournissait 80 détaillants du sud de la France laissait faussement croire à l'origine française de la viande.

Ce premier procès doit durer jusqu'au 24 juin. Il sera suivi de deux autres d'ores et déjà prévus en janvier et septembre 2023. 

Des chevaux provenant d'une ferme-laboratoire

Un second volet de l'affaire concerne l'abattoir de Narbonne pour des faits similaires de tromperie des consommateurs et des commerçants détaillants. 

Quelque 190 chevaux provenant de la ferme-laboratoire du groupe pharmaceutique Sanofi Pasteur en Ardèche ont ainsi été abattus pour être revendus à l'abattoir de l'Aude.

Ces animaux réformés après avoir été exploités pour la fabrication de sérums étaient pourtant "écartés définitivement de l'abattage pour la consommation humaine".

Dans une dernière affaire dont l'instruction a été close le 1er mars 2022, les chevaux frauduleusement abattus étaient acquis auprès de particuliers par les prévenus se présentant comme des responsables de ferme pédagogique ou de centre pour enfants handicapés afin de faire de la randonnée ou de l'équithérapie.

L'enquête a recensé plus de 150 propriétaires de chevaux victimes de cette escroquerie dont une cinquantaine se sont constitués partie civile.

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