8600 euros de dette de stationnement pour une Marseillaise handicapée

Surendettée, Zohor Yagoubi doit régler 8600 euros de PV pour stationnement non payé. Titulaire d'une carte d'invalidité du département, elle devrait pourtant pouvoir se garer gratuitement dans les rues de la ville.

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Illustration © Pierre Robert/ MaxPPP

"C'est la catastrophe. Les 8600 euros je ne les ai pas". Zohor Yagoubi est une retraitée de 60 ans dépassée par la montagne des PV pour stationnement non-payé qui s'accumulent depuis deux ans dans sa boîte aux lettres. Entre janvier 2019 et juin 2020, sa voiture a été verbalisée une centaine de fois dans le quartier du Camas (5e arrondissement) où elle réside, parfois deux fois dans une même journée.

L'ensemble des PV de stationnement reçus par Zohor Yagoubi
L'ensemble des PV de stationnement reçus par Zohor Yagoubi © Nouredine Azzouk

La femme de 60 ans, souffrant d'une maladie chronique ne peut plus travailler et se déplace difficilement. En situation de surendettement, elle n'a pas les moyens de régler ses amendes, qui ont été majorées, passant de 17 à 67 euros.

Zohor est découragée. Elle a reçu une lettre d'un huissier de justice, lui annonçant la saisie de ses meubles le lundi 15 février. "Je ne peux même pas payer un avocat qu’est ce que vous voulez que je fasse ?" Son fils, Nouredine Azzouk enrage.

C'est bien beau de mettre des PV aux gens et de les mettre dans la merde.

Nouredine Azzouk

Les ennuis de Zohor ont commencé avec le déploiement dans les rues de Marseille des "ScanCars", ces voitures équipées pour scanner automatiquement les plaques d'immatriculation des véhicules en stationnement. Surnommées les "sulfateuses à PV", elles peuvent contrôler jusqu'à 15 000 emplacements en une journée.

Ce nouvel outil a permis d'augmenter considérablement le nombre de PV distribués, appelés officiellement "Forfaits Post Stationnement" (FPS).  L'objectif assumé était de diminuer le nombre de véhicules fréquentant le centre-ville, mais aussi de contraindre les automobilistes à passer à l'horodateur. De 7,5 millions d'euros en 2017, les recettes liées au stationnement sont passées à 10,5 millions en 2019.

Une stratégie que conteste Nouredine Azzouk, le fils de Zohor. "Ici on est dans un quartier résidentiel, avec beaucoup de retraités, pas touristique. En généralisant le stationnement payant ils ont créé des frontières entre les quartiers."

Avant le 9 septembre 2020, il fallait d'abord régler sa contravention avant de pouvoir la constester. Si les règles ont changé depuis, le paiement préalable est toujours d'actualité pour les PV qu'a reçus Zohor.

Nouredine espère sortir sa mère d'affaire en les faisant annuler. Il a alerté par courrier jusqu'au ministère de l'intérieur. La réponse de l'institution est laconique. On lui recommande de payer les FPS avant de les contester via une plateforme en ligne. "Mais ma mère n'a même pas de smartphone. Bravo pour les personnes âgées qui n'ont pas internet", ironise Nouredine.

Zohor est pourtant titulaire d'une carte d'invalidité du département des Bouches-du-Rhône depuis juillet 2019. Selon le site de la SAGS, l'entreprise privée qui gère le stationnement public pour la ville de Marseille, elle devrait donc pouvoir se garer gratuitement. Mais la famille n'a pas de nouvelles du dossier déposé en 2019, malgré des relances. "La mairie et la SAGS se renvoient la balle", souffle Nouredine.

Malgré tout, Zohor Yagoubi ne souhaite pas se séparer de sa "vieille voiture", achetée par sa mère dans les années 1990. Elle ne peut plus se déplacer en transports en commun à cause de sa maladie. "Pour moi c’est impossible de monter dans un bus", assure-t-elle.

Dès que le bus démarre, je perds l’équilibre et je tombe. J’ai fait des des chutes incroyables. Comment une personne âgée peut prendre un bus ? C’est impossible.

Zohor Yagoubi

Le véhicule ne sert que ponctuellement pour des rendez-vous médicaux ou rendre visite à sa mère. C'est généralement Nouredine qui conduit. Le reste du temps, elle est garée dans la rue, sur le passage des "ScanCar".

Nous avons contacté la mairie ce samedi matin. Le service de presse nous a affirmé se montrer attentif dossier de Zohor, sans pouvoir répondre nos questions avant la fin du week-end. En attendant le dénouement de cette situation, Nouredine loue depuis le mois de décembre un box dans le quartier. La voiture y est désormais à l'abri des PV, pour la somme de 140 euros par mois.

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