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Marseille: un atelier pour ne plus prendre le Coran au pied de la lettre

Qu'est-ce qu'un bon musulman? Pour avoir remis en cause la lecture littérale du Coran, Selman Reda, un Marseillais d'origine marocaine, a été chassé à 16 ans par son père. Il tourne désormais dans les collèges et les lycées pour lutter contre la radicalisation.
© Jean-Luc Flémal/BELPRESS/MAXPPP
"Ne laisse personne te voler les mots", la pièce qu'il a créée à Marseille avec le metteur en scène Michel André, a une ambition: aider les élèves, souvent tiraillés par les questions religieuses, à "replacer le Coran dans son contexte" historique et scientifique, au-delà de leurs croyances personnelles.

"La religion musulmane est méconnue, beaucoup de gens disent des bêtises sur l'Islam",

témoigne ce comédien de 40 ans dans une salle sans apprêt du lycée professionnel Colbert, au coeur de Marseille. La pièce a été créée au Théâtre de la Cité, fin novembre 2017. Ce spectacle est en tournée dans les établissements scolaires, les lieux d’accueil de jeunes et les théâtres depuis décembre dernier et sera repris en avril prochain lors de la Biennale des écritures du réel #4 à la salle de Lenche du Théâtre Joliette.


Le texte religieux autorise-t-il à battre les femmes? A tuer les "mécréants"? A écouter de la musique? Selman Reda raconte la vie et les usages des tribus bédouines d'Arabie, contemporaines de sa rédaction au VIIe siècle, détaille les subtilités de traduction...

"Si les musulmans réalisaient que l'islam qu'ils professent et pratiquent aujourd'hui n'est pas 'l'Islam de toujours', mais un Islam qui s'est construit progressivement au cours des siècles, nous ferions déjà un grand pas", estime dans les notes de production l'islamologue Rachid Benzine, sur le travail scientifique duquel s'appuie la pièce.

"Entre ce texte-là et toi, il y a 15 siècles d'histoire", explique Selman Reda

A l'appui de la démonstration, l'histoire personnelle du comédien: arrivé en France à 4 ans, il a "vu la religion musulmane changer à l'intérieur de (sa) famille", installée dans la campagne provençale, où le père est ouvrier viticole.

Petit à petit, il interdit à son fils d'avoir des copains non-musulmans, d'écouter de la musique, de regarder la télé. "N'écoute pas les professeurs, ils ne connaissent pas le 'chemin du Paradis', me disait mon père", témoigne Selman Reda. "Beaucoup de gens essaient de réapprendre la religion aux musulmans. Mon père avait rencontré des gens comme ça sur sa route".

Dans des classes où presque tous les élèves sont musulmans, cette intervention peut aider à prévenir "les conflits fréquents entre les croyances et les apprentissages", relève une enseignante-documentaliste et cheville ouvrière de ce projet au lycée Colbert.

Parmi ces conflits, l'interdiction pour des raisons d'hygiène de porter des jupes longues dans les filières qui impliquent des stages en crèche ou à l'hôpital. Ou l'enseignement des sciences, abonde un enseignant de lettres et d'histoire, qui se souvient d'un élève soutenant mordicus qu'un éclair était forcément une manifestation divine.

Notre reportage en novembre dernier


France 3 Paca Jt Local 1920 Marseille extrait 30 novembre 2017 from Théâtre La Cité on Vimeo.



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