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Marseille : des psychiatres de l'AP-HM révèlent qu'un médecin sur deux est en burnout en France

Illustration - Un médecin sur deux est en burnout selon deux psychiatres de l'AP-HM de Marseille. / © Maxime Jegat / MaxPPP
Illustration - Un médecin sur deux est en burnout selon deux psychiatres de l'AP-HM de Marseille. / © Maxime Jegat / MaxPPP

L'hôpital est malade, mais c'est peut-être tout le système de santé qui est concerné. Des psychiatres de l'hôpital public de Marseille révèlent que la moitié des médecins souffrirait de burnout.

Par Ludovic Moreau

Les chiffres sont alarmants, 57% des urgentistes et 52% des internes des hôpitaux souffriraient d'au moins un symptôme de burnout en France.

Les Dr Ziad Kansoun et Guillaume Fond, psychiatres à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), et le professeur de santé publique Laurent Boyer (CEReSS - Aix-Marseille université) ont synthétisé la plus grande collection d’études portant sur le sujet, soit 37 études ayant interviewé plus de 15000 médecins exerçant en France métropolitaine.

Les résultats de cette synthèse ont été publiés dans le journal of affective disorders.

Le constat est surprenant : presque la moitié des médecins se déclare en burnout, un syndrome associant un épuisement émotionnel, une déshumanisation du soin et un sentiment de faible accomplissement personnel.

5% des médecins indiqueraient souffrir d'un burnout sévère.

57% des urgentistes victimes de burnout

Toutes les spécialités médicales sont affectées par le burnout, mais les urgentistes sont les plus touchés. 57% d'entre eux ont déclaré souffrir de burnout ou d'épuisement professionnel.

L'activité intense et aléatoire, la violence des patients ou de leur famille, finit par affecter la santé des urgentistes

explique le docteur Guillaume Fond, à l'origine de cette étude.
Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg.


Le prix à payer des économies de l'hôpital

Moins de personnels, ça veut dire surcharge de travail, consultation à la chaîne, déshumanisation. Là encore, les urgentistes sont les premières victimes, le manque de personnels conduit parfois à de longues attentes des malades, qui deviennent agressifs.

La diminution du nombre de lits conduit aussi le médecin à passer plus de temps à gérer les problèmes logistiques et administratifs qu'auprès des malades. Cette surcharge de travail entraîne épuisement professionnel, mais aussi manque de reconnaissance de leur mission de soignant.

Le manque de personnels et la diminution du nombre de lits est aussi une réalité dans les autres services. Cette situation génère des tensions aux seins des services, entre les services et entre les médecins.

Lorsque deux médecins de ville discutent, ils parlent des malades. Lorsque deux médecins de l'hôpital discutent, ils parlent des médecins,

indique le docteur Guillaume Fond.
Urgences : le manque de personnels et la diminution du nombre de lits est aussi une réalité dans les autres services hospitaliers. / © MICHEL CLEMENTZ / MaxPPP
Urgences : le manque de personnels et la diminution du nombre de lits est aussi une réalité dans les autres services hospitaliers. / © MICHEL CLEMENTZ / MaxPPP

Qu'est-ce que le burnout ?

Le burnout est un état dépressif lié au milieu professionnel. C'est un épuisement professionnel, auquel s'ajoute une perte de reconnaissance et un manque d'accomplissement personnel.

La maladie est provoquée par une exposition constante et prolongée au stress au travail, elle concerne notamment les métiers à forte sollicitation mentale, émotionnelle et affective, aux postes à responsabilités. Les personnes à risques sont notamment celles qui s'investissent beaucoup dans leur travail.

Plus de la moitié des internes sont concernés par le burnout

52% des internes des hôpitaux sont en burnout, plus de la moitié en France.

Les internes qui avaient plus de 5 gardes par mois ont rapporté des niveaux d’accomplissement personnel plus bas que les autres,

précise le psychiatre. Ces jeunes médecins déclarent passer 95% de leur temps à l'hôpital ou dans leurs études et qu'ils n'ont pas de vie sociale.

Les médecins généralistes aussi sont en burnout

En ville, ou à la campagne, la situation des médecins est différente de leurs collègues hospitaliers, mais tout aussi difficile.

Il y a d'abord la surcharge de travail, avec un nombre d'heures hebdomadaires largement au-dessus de 40 heures et c'est particulièrement vrai dans les déserts médicaux ou chez les jeunes médecins libéraux qui cherchent une patientèle.

Ensuite, vient l'isolement. L'isolement face aux décisions à prendre, face aux responsabilités, face aux souffrances des patients, sans pouvoir débriefer avec des confrères. 
L'augmentation des plaintes judiciaires des patients contre leur médecin accroit encore le stress et le risque d'épuisement.

L'isolement est malgré tout amélioré chez les médecins qui s'associent, dans le cadre de leur mission de continuité des soins.

La perte de reconnaissance

Une autre grande souffrance des médecins concerne la perte de reconnaissance. Internet, les magazines de vulgarisation médicale ont transformé les malades en malades "sachant".

Maintenant, le malade rentre dans le cabinet, il me dit j'ai telle maladie, il faut me donner tel médicament, il faut que je fasse un scanner et moi je ne suis là que pour remplir l'ordonnance et me taire,

explique le docteur Christine D, à Marseille et ajoute :

Le pire, c'est que si je dis qu'ils ont autre chose, ils ne me croient pas. Pour les dissuader, je leur dis que le médicament qu'ils souhaitent n'est pas remboursé par la sécurité sociale, en général, ça marche.

Après dix années, ou plus, d'études difficiles, le médecin a le sentiment d'être devenu un simple prescripteur.

Quelles solutions ?

Les psychiatres marseillais à l'origine de cette étude préconisent certaines mesures pour lutter contre le burnout des médecins. Pour les médecins généralistes, il s'agit surtout de les sensibiliser "à être capable de s'autoréguler", "à leur apprendre à dire non". C'est aussi les inciter à se regrouper en association pour ne pas être seul.

A l'hôpital, il s'agit "de mettre en place des temps et des lieux de repos pendant les gardes", mais surtout sensibiliser les futurs médecins à la prise en compte de l'épuisement professionnel et de la violence des échanges avec les patients ou les collègues dès la formation.

On apprend le savoir-faire pendant l'internat, mais pas le savoir-être,

regrette le docteur Fond.

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