Crise climatique : 5 questions sur la tribune signée par 1.400 chercheurs interpellant les candidats à la présidentielle

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Écrit par Flore Fenouillet .

Johnny Douvinet est professeur et chercheur en géographe à l'Université d'Avignon. Il est l'un des signataires de la tribune publiée sur franceinfo.fr et dans laquelle des scientifiques espèrent faire de la question environnementale un sujet majeur de la campagne.

1. Qu'est-ce qui vous a incité à lancer cette alerte ? 

Nous observons avec inquiétude que jusqu'ici, les débats portent beaucoup sur les questions sécuritaires, et bien sûr sanitaires.

La crise climatique ne semble pas être un sujet dans cette campagne. Ce alors que des modifications profondes sont à l'œuvre. Ce qui a déjà commencé d'ailleurs, sans devenir pour autant une question politique prioritaire.

2. Comment se manifeste la crise climatique dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur ?

Sur le littoral méditerranéen, d'ici 25 à 30 ans, 150.000 habitants auront été forcés de quitter leur lieu de vie en raison de la montée des eaux. Des zones actuellement résidentielles seront complètement submergées. 

Certains secteurs d'altitude n'auront plus du tout de neige en hiver. Cela implique des changements de mode de vie, d'infrastructures, d'activités et d'aménagements radicaux qui concernent la politique.

Ce que nous appelons "vivre avec ".

3. Vous évoquez même une stratégie du "vivre avec". De quoi s'agit-il ?

Jusqu'ici on parlait d'adaptation, d'atténuation du risque. L'ensemble des connaissances et notamment le très long rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) indique que le changement climatique est à l'œuvre et que nous allons forcément devoir vivre ou agir en fonction de ces changements. 

Il s'agit de travailler sur des alternatives afin d'élaborer des solutions face à la crise. Préparer par exemple des changements complets d'activité économique dans les Alpes où le tourisme ne pourra plus compter sur la neige en tant que ressource  et activité économique.

Ou encore, accompagner les habitants qui ne pourront pas déménager tout seuls, sans soutien de la collectivité. 

4. La solidarité face à la crise climatique. Pour qui et de la part de qui ?

Dans une ambiance générale plutôt tournée vers l'individu, la cohésion doit devenir une stratégie politique. 1,5 million de français seront réfugiés climatiques en 2050.

Pour l'instant, nous sommes tous assurés contre les catastrophes naturelles, quel que soit le lieu où l'on vit. Des propositions commencent à émerger pour établir une différence entre ceux qui sont exposés à des risques, et qui pourraient payer plus cher que les autres.

Il est fondamental de réaffirmer le principe de solidarité nationale pour affronter le risque de manière collective. 

5. La répartition du risque, de quoi s'agit-il ? 

Dans cette même ligne, c'est l'idée d'assumer collectivement la crise climatique, sans attendre que les catastrophes surviennent, car alors, il est trop tard. 

Il faut assumer certaines décisions, sans minimiser. Par exemple ne pas construire du tout dans les zones à risque, faire correspondre la carte des aléas avec le zonage règlementaire. Ou encore, accompagner les activités économiques et les populations dans ces changements qui arrivent. 

Il ne s'agit pas d'interpeller tel ou tel candidat, mais de faire prendre conscience lors de cette campagne que vis-à-vis du climat, les enjeux politiques sont considérables.

Il faut inviter la crise climatique, sujet éminemment politique, dans le débat.

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