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REPLAY. La crise du Covid nous pousse-t-elle à l'écriture ?

La crise sanitaire, les contraintes, le confinement et le couvre-feu favorisent-ils les vocations littéraires ? / © Frédéric Tisseaux, FTV
La crise sanitaire, les contraintes, le confinement et le couvre-feu favorisent-ils les vocations littéraires ? / © Frédéric Tisseaux, FTV

En 2020 nous avons lu beaucoup, beaucoup plus de livres. Crise sanitaire, confinements, remises en question, l'année très perturbée que nous venons de vivre a-t-elle, aussi, favorisé les vocations d'écrivains ? On fait le PointCult' sur la question...

Par Jacqueline Pozzi

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C'est son douzième livre. Bernard Deloupy a publié Une pente en septembre dernier. Rien à voir avec Crim', la série policière 100% azuréenne qui l'a fait connaitre. Ce nouveau roman est une instrospection, l'histoire d'une descente aux enfers psychologique suivie d'une renaissance.

Une pente, le dernier roman de l'écrivain niçois Bernard Deloupy, achevé pendant le premier confinement. / © Frédéric Tisseaux, FTV
Une pente, le dernier roman de l'écrivain niçois Bernard Deloupy, achevé pendant le premier confinement. / © Frédéric Tisseaux, FTV

Devant une pente, on a la possibilité de sombrer dans la mélancolie, la sinistrose, et de se laisser glisser. Ou il nous appartient de la remonter, avec les griffes, avec les dents.

Bernard Deloupy, écrivain

C'est le choix auquel a été confronté Vincent, le personnage principal d'Une pente. Un jeune homme avec qui la vie a été particulièrement cruelle. Il perd ses grands-parents, ses parents, puis sa fiancée meurt dans un accident de voiture le lendemain du jour où elle a accepté sa demande en mariage. Le roman est adapté d'une histoire vraie. Bernard Deloupy y a mis le point final pendant le premier confinement.

Avec le confinement on entre dans une sorte d'introspection. Ca m'a donné l'occasion de me dire que j'aimerais passer un message aux lecteurs. Utiliser cette histoire réelle terrible pour construire et transmettre toute une série d'aides, de béquilles, d'outils sur le chemin de la résilience.

Bernard Deloupy est "amoureux fou" de Nice. La colline du château où nous avions rendez-vous avec l'auteur est un des lieux-clés du roman. En suivant les chapitres du livre, nous arrivons dans un autre décor magnifique, celui de la librairie Brouillon de culture. Cette institution niçoise est spécialisée dans les livres d'occasion et les éditions régionales. C'est là que nous rencontrons Frédéric Ovadia, l'éditeur d'Une pente.

L'éditeur Frédéric Ovadia, dans la librairie Brouillon de culture : " / © Frédéric Tisseaux
L'éditeur Frédéric Ovadia, dans la librairie Brouillon de culture : " / © Frédéric Tisseaux

Le fondateur des Editions Ovadia a son point de vue sur la création littéraire depuis le début de la crise sanitaire :

Avec le confinement on est dans une situation d'anxiété, où tout va s'exacerber.

Frédéric Ovadia, éditeur

Sur les 12 derniers mois, sa maison d'édition a publié près de 200 titres, contre 120 pour une année classique.

On est dans une phase plutôt positive et étonnante d'une surproduction de livres.

Parmi ces auteurs du confinement, Frédéric Ovadia a perçu plusieurs profils : "Il y a ceux qui veulent absolument parler de cette situation, pour qui leur propre témoignage est unique. Il y a aussi les pros de l'écriture, qui accélèrent leur production. Enfin il y a ceux qui ont en eux quelque chose à dire, et pour qui s'engage une course contre la montre, parce qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait."

L'éditeur cite ce cas particulièrement frappant de l'auteur Jean-Pierre Millecam, âgé aujourd'hui de 94 ans : "Nous avons sorti 24 titres entre mars et septembre !"

C'est une course contre le temps parce qu'on a l'impression d'être en danger, et en même temps il y a une émergence de la créativité, d'une envie de vivre nouvelle.

Frédéric Ovadia

 

Bernard Deloupy est aussi coach en écriture, et anime des ateliers. / © Frédéric Tisseaux, FTV
Bernard Deloupy est aussi coach en écriture, et anime des ateliers. / © Frédéric Tisseaux, FTV

Cette créativité, Bernard Deloupy peut lui-aussi en témoigner. Car l'écrivain est aussi coach en écriture. Depuis le premier confinement, il a pris en main dans ses ateliers menés en visioconférence une vingtaine de personnes qui au départ n'ont rien à voir avec le monde du livre. Mais le contexte a éveillé en eux une envie d'écrire. L'une est infirmière, l'autre est danseuse, un troisième est cuisiniste.

Pendant le confinement, les gens se mettent à chercher en eux des ressources, et se mettent à faire ce qu'ils n'ont jamais fait. Et notamment, un Français sur six a envie d'écrire.

Bernard Deloupy

Son constat : ses apprentis écrivains sont attirés par la fiction.

Dans ce monde anxiogène, les gens, en créant une fiction, inventent des personnages, une histoire, un environnement. Ils se créent une bulle, et font un pas de côté par rapport à la réalité. C'est une sorte de catharsis de l'anxiété ambiante.

Bernard Deloupy les pousse alors à écrire des nouvelles, "c'est plus facile à écrire qu'un roman". L'idée est de les fédérer autour d'un projet de recueil de nouvelles sur le thème du confinement.

Une vingtaine d'apprentis écrivains ont rejoint les ateliers de Bernard Deloupy depuis le début de la crise sanitaire. / © Frédéric Tisseaux, FTV
Une vingtaine d'apprentis écrivains ont rejoint les ateliers de Bernard Deloupy depuis le début de la crise sanitaire. / © Frédéric Tisseaux, FTV

Mon idée ? Des bulles de champagne confinées dans leur bouteille...

Chantal Galmiche, infirmière

Mon histoire à moi est celle d'un ancien producteur d'Hollywood, confiné physiquement, mais aussi confiné dans sa vie, dans sa tête. Peut-être que son confinement physique va le pousser à dépasser son malheur.

Alice Sola, danseuse

Mon personnage est un malade du locked-in syndrome, un homme enfermé dans son corps. Il est en même temps écrivain. Ce qu'il écrit se mêle à la réalité...

François Loscialpo, cuisiniste

C'est le confinement qui a fait naître cette histoire dans l'esprit de François Loscialpo, et lui a donné envie de la coucher sur papier. Et après ? "Je crois que je vais continuer à écrire..."

L'écriture, essentielle ou non essentielle ?

Pour nous tous ici, si on n'écrit pas, on n'existe pas.

Alice Sola

Ne manquez pas l'émission PointCult' "Je confine donc j'écris" ce samedi 13 février, à 19 heures 15, sur France 3 Côte d'Azur. Et réagissez à l'émission avec #pointcult.

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