Attaque de loups dans le Var : "j’ai le permis de chasse, pourquoi je ne peux pas me défendre contre une attaque ?"

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Écrit par Aline Métais, Grégory Bustori, Gyotis Delsart
L'éleveur, Guillaume Menut, montre l'une de ses bêtes blessée par une attaque du loup. L'attaque s'est déroulée le 29 octobre dernier.
L'éleveur, Guillaume Menut, montre l'une de ses bêtes blessée par une attaque du loup. L'attaque s'est déroulée le 29 octobre dernier. © Frédéric Cerulli

Une nouvelle attaque de loups a eu lieu dans le Var les 29 et 30 octobre. Un éleveur a perdu 26 bêtes, 8 autres sont blessées et 17 ont disparu. Il voudrait pouvoir se défendre. On fait le point sur la présence de l'animal dans notre région depuis plusieurs décennies.

A chaque fois, c'est le même scénario. L'éleveur découvre des cadavres de ses bêtes le lendemain matin. Impuissant. 

Guillaume Menut est éleveur d'ovins, il est installé à la Verdière dans le Haut-Var. Il a subi deux attaques deux jours de suite sur son troupeau, les nuits des 29 et 30 octobre.

Mais ce n'est pas la première fois que ses bêtes sont victimes du prédateur : il a déjà perdu 250 bêtes en 2020, l'équivalent d'un troupeau.

L’éleveur, en colère et excédé, montre l’un des moutons rescapés blessé par l’attaque, la peau arrachée.

Il a rassemblé les cadavres de bêtes tuées dans une benne. Les experts de l'Office Français de la Biodiversité sont déjà passés, il attend maintenant l'équarisseur.

Cet organisme doit lui verser une indemnité d'environ 3000 euros pour l'ensemble des bêtes tuées. Le montant est calculé selon un barême fixé par la préfecture, il est d'environ 100 euros par bête. 

Une somme qui lui semble insuffisante car tout n'est pas pris en compte. 

« Là, on va m’indemniser la brebis mais l’agneau qui va mourir puisqu’il a plus de mère, celui-là c’est pour ma pomme. Et ensuite il y en a 17 de disparus, celles-là c’est encore pour moi ! », explique l'éleveur. 

Permis de chasse

L'attaque s'est produite la nuit dans une prairie pourtant bordée de clôture et surveillée par deux chiens. Un dispositif de sécurité insuffisant. Le loup est un animal malin qui parvient à trouver les failles.

Un protocole européen autorise les bergers à tirer sur un loup en cas de légitime défense. 

Guillaume Menut le sait, il aimerait pouvoir se défendre mais la législation lui semble trop lourde à appliquer en cas d'attaque. 

« Je suis chasseur, j’ai le permis de chasse, pourquoi je ne peux pas me défendre contre une attaque lorsque le soir il vient attaquer les moutons ? Si j’ai pas rempli mon dossier au préalable, je suis en infraction totale. »

Le tir, en dernier recours

Mais le loup reste une espèce protégée, le tir ne doit être utilisé qu'en dernier recours. Hervé Boyac, représentant de FERUS, association pour la défense des grands prédateurs, comprend le désarroi des éleveurs mais il précise : 

"On tire sur des loups souvent indûment c’est-à-dire qu’on n’a pas utilisé toutes les mesures de protection qu’on pourrait utiliser."

L'association est présente sur les réseaux sociaux pour défendre le loup et d'autres espèces sauvages comme l'ours et le lynx. 

2.400 victimes dans les Alpes-Maritimes

Dans les Alpes-Maritimes cette présence du loup inquiète aussi. 

Vincent de Souza est éleveur à Levens et vice-président de la fédération des agriculteurs des Alpes-Maritimes. Il n’est pas étonné pour cette nouvelle attaque dans le Var.

Sur notre antenne, il affirme que le département des Alpes-Maritimes est le premier département de France impacté par les attaques de loups. La fédération a recensé 2.400 victimes depuis le 1er janvier 2021, sur un cheptel de 28.000 bêtes.

Détresse psychologique et burn-out

Selon lui, l’indemnisation n’est pas une solution : « La réponse financière ce n’est pas la réponse qu’on attend. (…) On veut vivre en vendant les produits de notre travail ».

Vincent de Souza est inquiet. Selon lui, la situation s’aggrave pour les éleveurs qui subissent ces attaques. Certains sont en détresse psychologique, d’autres en burn-out.

La fédération propose un suivi psychologique des éleveurs suite à la prédation. Mais il observe que des familles d’éleveurs « se disloquent ou arrêtent l’élevage ovin dans les Alpes-Maritimes ».

Pessimiste sur l’avenir de l’élevage naturel dans les Alpes-Maritimes, il pense même que « l’activité risque disparaître ».

Une fin de loup ?

Présent dans les campagnes pendant des siècles, le loup a été l’objet d’une chasse démesurée au XIXème et au début du XXème. Pour préserver les élevages de l’époque, des primes et des battues importantes ont été menées, avec beaucoup de succès. A tel point qu’en 1937, la population était considérée comme éradiquée de nos contrées hexagonales. Le loup devient ensuite une espèce protégée au niveau européen. La Convention de Berne édictée en 1979 et ratifiée en 1990 ne donne pas pour autant l’immunité au canidé.

On croyait alors ce grand prédateur seulement réservé aux territoires transalpins. En 1992, comme l’indique l’Office français de la biodiversité, le loup est à nouveau observé dans le Parc du Mercantour. Lé début d'une présence qui va très vite être médiatisée. 

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Retour des loups dans le Parc National du Mercantour ©France 2

Le loup au départ de la région PACA

Voilà bientôt trente ans que la présence du loup ne fait plus de mystère dans les montagnes de la région PACA. Les observations se multiplient, les débats autour de la présence de l’animal aussi.

En 1995, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage comptabilise très peu de présences « permanentes » en France, indiquées en bleu foncé sur cette carte. Seule la zone du Mercantour est concernée. Quelques observations occasionnelles sont relevées dans la région Grand-Est, dans les Vosges, à proximité de Vittel, à la frontière des Hautes-Alpes et de l’Isère.

Un peu plus de vingt années plus tard, les données de 2019 font état d’une avancée spectaculaire du loup, qui, rappelons-le, peut parcourir jusqu’à 60 kilomètres par jour. Des centaines de points de présence sont visibles sur la carte. L’animal serait désormais présent dans les Hauts-de-France et même l’Aquitaine.

A la sortie de l’hiver dernier, le comptage du réseau loup-lynx estime la population du loup à 624 animaux en France métropolitaine. Un bilan complet qui est à découvrir ici :

Bilan du suivi hivernal de la population de loups pour l'hiver 2020-2021

L'évolution de la population des loups a connu une croissance importante durant trois décennies. La méthode de « Capture Marquage Recapture », la CMR, indiquée ci-dessous, permet d'identifier des loups sédentaires en meute, et ceux qui évoluent de manière dispersée.

Des chiffres contestés par la fédération ovine du Var qui demande la suppression des quotas de tir pour les lieux sensibles aux attaques du loup. 

Au total, selon l'OFB il y aurait 150 zones de présence permanente et 106 meutes recensées en France.

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