"Je me suis dit que ça allait être mission impossible", l’histoire d'une alliance rendue 75 ans après sa disparition

C'est une histoire incroyable : Un soldat allemand, stationné à Sainte-Maxime, dans le département du Var en 1944, "trouve" un anneau d'or dans une villa azuréenne. Il le ramène, avec lui, en Allemagne. 75 ans plus tard, l'alliance réintègre la famille varoise de Jeanne-Henri Robert, épouse d'un célèbre homme politique du XXeme siècle.

L'histoire se déroule en 1944, durant la Seconde Guerre Mondiale dans le département du Var.

Johann Schuhbauer est un soldat allemand de l’armée du Reich. Il réside dans une villa azuréenne de Sainte-Maxime, dans le département du Var, réquisitionnée, durant cette partie de la Seconde Guerre mondiale, par les Allemands. Durant la débâcle allemande, il est capturé par les Américains. Puis, à la fin de la guerre, il rentre chez lui en Allemagne où il meurt en 1963.

Une alliance, gravée en français...

L’histoire aurait bien pu s’arrêter là… Mais non !

Bien des années plus tard, la fille de Johann Schuhbauer, qui, aujourd’hui encore, habite toujours en Allemagne, trouve dans les effets personnels de son défunt père une alliance portant, gravé à l’intérieur, l'inscription de deux noms français et d’une date : Jeanne-Henri Robert - Paul Reynaud 14 février 1912.

Intriguée par ce bijou, très personnel, et qui, en tout état de cause, ne doit pas appartenir à sa famille, elle décide de partir à la recherche de son ou sa propriétaire. Passionnée de généalogie et d’histoire, elle a entendu parler de Jean-Loup Gassend qui lui-même fait de nombreuses recherches sur la période de la Seconde Guerre mondiale. C’est là, que véritablement commence cette histoire.

"Qui ne tente rien n'a rien"

Contacté, l’inspecteur Columbo de la Seconde Guerre mondiale décide de relever le défi : "Je me suis dit que c'était intéressant, cette histoire. Cette bague qui n’était pas à lui, puisqu’il l’avait prise dans une maison, devait, visiblement, avoir une certaine importance pour lui. Durant toutes ces années, il l'a gardée. Il ne l'a pas vendue. Il ne l’a pas fait fondre, même quand il était prisonnier. Il ne l'a pas échangée. Pourtant, cet homme a dû connaître des moments difficiles. Mais cette bague, il l'a gardée. Même sa fille, après l’avoir découvert, elle aussi l’a toujours gardée".

Je me suis dit que ça allait être mission impossible ! Mais qui ne tente, n’a rien !

Jean-Loup Gassend

Donc, ma mission, si je l’acceptais, était de rendre cette bague au propriétaire, ou disons plutôt, aux descendants de la personne à qui elle appartenait".

14 février 1912

Lorsque le franco-canadien reçoit, par la poste, la bague, il ouvre le paquet et remarque : "d'habitude, sur ce genre d’anneau, il y a, parfois gravés, dans le meilleur des cas, des initiales. Ce qui fait que la recherche est alors, très difficile. Mais là, en observant bien cette bague, j’ai clairement vu qu'il y avait de très belles inscriptions. Je pouvais lire : Jeanne-Henry Robert - Paul Renault et une date le : 14 février 1912".

Paul Reynaud, une personnalité connue

Paul Reynaud ! Un prénom et nom évocateur pour l'enquêteur. S’agirait-il du Paul Reynaud ! "Quand j'ai vu ce nom, Paul Reynaud, je l'ai reconnu tout de suite ! Je me suis dit, tiens ça, c'est le même nom que le fameux politicien des années 40, Paul Reynaud. Un politicien dans les années 30/40 à l'époque de la Seconde Guerre Mondiale. Ma passion !".

Paul Reynaud a été, en effet, un homme d'État français. Il a été plusieurs fois ministre sous la Troisième République, dont notamment ministre des Finances en 1938 dans le gouvernement Daladier. Premier Ministre de la France le 21 mars 1940, il démissionne le 16 juin 1940, quand son ministère signe l’armistice avec l’Allemagne. Arrêté peu de temps après, il fut emmené en captivité jusqu’en 1945.

Il décède le 21 septembre 1966 à Neuilly-sur-Seine. Donc quelqu'un, d’assez important dans l’histoire de France.

Je me suis dit, voilà, là c'est juste un hasard ! C'est un homonyme. Ce n’est pas possible.

Jean-Loup Gassend

Et, quelle n’a pas été sa surprise en associant les deux noms gravés sur l’alliance Jeanne-Henry Robert - Paul Reynaud : "Incroyable ! Il semblait bien s’agir de l’homme d’Etat des années 40 ! Le président du Conseil ! Alors là, je me suis dit, voilà ma recherche, elle va être super dure ! C'est un peu, comme si, on me donnait une bague avec marqué Michael Jackson dedans et qu’après si je cherche, Michael Jackson, je vais tomber que sur Michael Jackson le chanteur, alors que ce n’est pas lui qui m'intéresse !!! Je me suis vraiment dit que ça allait être difficile. Que j’allais être parasité par ce Paul Reynaud !".

Paul Reynaud… LE Paul Reynaud !

Loin d’être découragé, il poursuit son enquête et ajoute la date du 14 février 1912 et lance sa requête : "J’ai à peine cliqué sur le lien que je tombe des nues. Je vois, qu'en fait Jeanne-Henri Robert et Paul Reynaud, et ben c'est vraiment le Paul Reynaud qui est connu ! Il s’est bien marié le 14 février 1912 avec Jeanne-Henri Robert. Incroyable ! Je suis tombé, complètement par hasard, sur l’alliance d'un politicien très connu de l'époque du début de la guerre. Le fameux, Paul Reynaud !". Jean-Loup Gassend

Je suis tombé, complètement par hasard, sur l’alliance d'un politicien très connu de l'époque du début de la guerre. Le fameux, Paul Reynaud.

Jean-Loup Gassend

L’alliance de Jeanne-Henri Robert, épouse Reynaud !

En continuant ses investigations, le fin limier, découvre qu’en 1940, Monsieur et Madame Reynaud étaient, en fait, séparés. L’alliance avait, alors, dû être remisée dans un tiroir de la villa de Sainte-Maxime, propriété de la famille de Jeanne-Henri Robert, épouse Reynaud.

C’était donc le vestige d’un amour ancien que découvre, en 1944, le soldat allemand. Par ailleurs, en observant bien l’anneau, Jean-Loup Gassend se rend bien compte que la bague est fine : "C’était un anneau de petite taille. Il ne pouvait être porté que par une femme. Madame Reynaud. Jeanne-Henri Robert de son nom de jeune fille".

Jeanne-Henri Robert : une Juste parmi les Justes

 

Poursuivant ses recherches, Jean-Loup Gassend, recentre son enquête sur la vraie propriétaire de l’alliance. Il apprend, alors, que l’ancienne épouse de l’homme d’Etat français était une résistante très active durant la seconde guerre mondiale.

Elle a aidé, soigné et caché, chez elle, rue du Faubourg Saint-Honoré dans le 8ème arrondissement de Paris, la jeune juive, Gisèle Gonse.

Le risque était énorme. Le 7 décembre 1943, Gisèle Gonse venait de s’échapper du convoi N° 64 pour Auschwitz. Si elle se faisant prendre, elle était sûre et certaine d’être fusillée pour avoir aidé une évadée.

Jeanne-Henri, décide donc de s'éloigner de Paris fin de décembre 1943. Elle emmène Gisèle en zone libre à Sainte-Maxime. Mais, cette dernière tombe très malade. Le retour sur Paris pour la faire soigner n'est pas négociable. Gisèle Gonse séjourna, alors, dans une clinique privée et fit sa convalescence au domicile de Jeanne-Henri.

Ce qui devait arriver, arriva. Le 15 mai 1944, les Allemands vinrent arrêter Jeanne-Henri. Gisèle l’aida à s’échapper, juste à temps, par l’escalier de service.

Pour avoir aidé cette dame juive, Jeanne-henri Robert a été reconnue par Yadvachem comme étant une Juste parmi les nations. Elle aussi entrait dans l’histoire et laissait une trace de son parcours.

Maintenant, ma mission, c'était d'essayer de trouver la famille de Jeanne-Henri Robert pour leur remettre cette alliance.

Jean-Loup Gassend

Il n’en fallait pas moins pour que Jean-Loup Gassend aille jusqu’au bout de cette histoire : "Maintenant, ma mission, c'était d'essayer de trouver la famille de Jeanne-Henri Robert pour leur remettre cette alliance".

Rien de plus simple pour lui. Les Roberts sont très connus. En quelques clics il retrouve la petite fille de la résistante, qui habite dans le sud de la France.

"Je me suis rendu au domicile de la petite fille de Jeanne-Henri Robert. C’était très émouvant. Je lui ai remis l’alliance de sa grand-mère et je leur ai aussi donné la photo du soldat allemand. C'était une sacrée surprise pour elle, qu'on lui retourne la bague de sa grand-mère, après, presque 80 ans. Elle m’a montré des documents d’archives, de cette époque, conservés dans sa famille.  Notamment, un document envoyé par le maire de Saint Maxime, en janvier 44, leur « demandant » d’évacuer rapidement la maison, afin que les Allemands puissent s’y installer. La boucle était bouclée !".

"On ne sait vraiment jamais sur quoi on va tomber !".

"Je fais assez régulièrement des recherches pour retrouver les corps de soldats de la seconde guerre mondiale. Je suis médecin légiste, ne l'oubliez pas. Souvent, on les retrouve avec encore des alliances, des bagues de mariage. Alors imaginez juste deux secondes que si j’avais eu à faire à la dépouille de Johann Schuhbauer et que si au lieu d'être capturé par les Américains, il avait été tué pendant les combats, on l'aurait retrouvé avec cette bague française."

"Je me serais posé plein de questions. Du genre… Tiens, c'était peut-être un alsacien ou français déguisé en allemand ! C’est juste pour montrer que quand on trouve un corps de soldats comme ça, on ne sait vraiment jamais sur quoi on va tomber !".

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