Procès de 7 pirates somaliens soupçonnés du meurtre d'un plaisancier varois

 L'embarcation des pirates. Evelyne Colombo y était dissimulée sous une bâche. / © Ministère de la Défense espagnole
L'embarcation des pirates. Evelyne Colombo y était dissimulée sous une bâche. / © Ministère de la Défense espagnole

Il y a cinq ans, un couple de plaisanciers varois était attaqué à bord de son bateau par des pirates somaliens, alors qu'il se dirigeait vers le Golfe d'Oman. Christophe Colombo avait été tué lors de l'assaut, et sa femme prise en otage. Le procès des pirates somaliens démarre cette semaine. 

Par Ghislaine Milliet avec AFP

Ce sera le dernier, et sans doute le plus douloureux, des procès en France de la piraterie somalienne: sept hommes sont jugés à partir de mardi pour avoir attaqué en 2011 le bateau d'un couple de plaisanciers varois, résidant à Ollioules, et tué l'un d'eux.

Les faits

8 septembre 2011, 13H17: le "Tribal Kat" lance un appel de détresse. Cinq jours auparavant, le catamaran de 16 mètres avait quitté le port d'Aden au Yemen, direction le sultanat d'Oman, une zone où les attaques de pirates sont fréquentes.
A son bord, Christian et Evelyne Colombo. Le couple de Varois a tout vendu pour faire un tour du monde.
Quelques heures plus tard, une frégate allemande trouve le voilier. Personne à bord, mais des impacts de balles et une mare de sang dans laquelle baignent les lunettes de Christian Colombo.

Repérés par un navire de guerre

Le 10 septembre, un navire de guerre espagnol détecte un "skiff" - une embarcation légère - suspect. Les Espagnols tentent d'approcher, mais font volte-face lorsque des pirates exhibent Evelyne Colombo, en la menaçant d'une arme.
L'assaut est finalement donné plus tard. Deux pirates sont tués, les autres sont arrêtés. Evelyne Colombo raconte que le corps de son mari a été jeté à la mer.
Il ne sera jamais retrouvé et l'acte de décès de Christian Colombo, 55 ans, sera enregistré le 15 novembre 2011.

Coolie' ou 'pêcheue"

Du 29 mars au 15 avril prochains, sept hommes seront jugés par la cour d'assises de Paris pour détournement de navire ayant entraîné la mort, un crime passible de la réclusion à perpétuité.
Agés de 25 à 32 ans, ils se disent "policier", "chauffeur de taxi" ou encore "coolie", porteur. L'un est "pêcheur", dans des eaux que la surpêche et la pollution ont épuisées.

Une "volonté collective" d'attaquer les bateaux

Lors des interrogatoires, selon une source proche du dossier, les sept hommes ont chargé les deux pirates tués lors de l'assaut, "Shine" et "Abdullahi Yare", désignés comme le chef de l'expédition et son adjoint.
Les enquêteurs notent que "Abdullahi Yare" était "vraisemblablement" le tueur, mais que tous les pirates étaient animés par la même "volonté collective" d'attaquer des bateaux et de réclamer des rançons pour les équipages.
Cette volonté de prendre des otages vivants peut expliquer que, des quatre procès de piraterie qui se sont tenus en France, seul celui du "Tribal Kat" porte sur le meurtre d'un otage.
Dans les attaques du "Ponant" et du "Carré d'As" en 2008, aucun otage n'était mort. En 2009, c'est une balle française qui avait tué le skipper français du "Tanit" lors de l'assaut.

Le dernier procès en Europe de pirates somaliens

Le procès du "Tribal Kat" devrait être le dernier du genre en France, peut-être même en Europe. Si la Somalie reste ravagée par la guerre, la piraterie au large du pays est en nette décrue, en raison notamment de l'opération militaire "Atalante" de l'Union européenne, qui court jusqu'à fin 2016.
Il n'est pas certain que tous les accusés pourront comparaître. L'un d'eux, comme d'autres pirates jugés précédemment, a développé en prison une pathologie psychiatrique qui pourrait compromettre son procès, sans remettre en cause sa responsabilité au moment des faits.
Des détentions mal vécues par des détenus isolés et, avant ça, une vie de misère.

"La guerre", "la faim": "pour qu'ils soient bien jugés, il faudra que la cour comprenne de quel enfer ils viennent"


explique l'avocat de l'un des accusés, Martin Reynaud.

48 heures sous une bâche

"Expliquer" mais pas "excuser", insiste l'avocat, pleinement conscient de la "douleur" des parties civiles, dont la veuve et les deux filles du couple. Evelyne Colombo a vécu 48 heures de cauchemar aux mains des pirates, cachée sous une bâche, trempée par les vagues, menacée.
En mer, le couple informait ses proches via un blog. Le 19 août 2011, alors que le "Tribal Kat" entrait dans une zone infestée de pirates, Christian Colombo avait écrit le dernier billet: "Voili voilou, nous sommes au sud d'Aden".

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