Allier : "7 000 patients sans médecin" avec la fermeture annoncée d'un centre de soins à Montluçon

Fin juin, le centre de soins de Bien-Assis de Montluçon, dans l'Allier, doit fermer ses portes. L’association gestionnaire n’a pas assez de médecins pour le faire fonctionner. Plus de 7 000 patients vont se retrouver sans médecin, selon l'association.

A Montluçon dans l'Allier, le centre de soins de Bien-Assis avait ouvert ses portes en septembre 2020.
A Montluçon dans l'Allier, le centre de soins de Bien-Assis avait ouvert ses portes en septembre 2020. © PHILIPPE HUGUEN / AFP

Mi-mai, l’APARM (Association des patients abandonnés en recherche de médecins), qui gère le centre de soins de Bien-Assis de Montluçon, a annoncé à ses adhérents que la structure allait fermer à la fin du mois prochain. Le centre avait pourtant ouvert ses portes en septembre 2020, avec 3 médecins à temps complet et un médecin retraité en renfort. Avec cette fermeture, plus de 7 000 patients se retrouvent sans médecin, selon l'association. Gérard Gardrat, président de l’APARM, explique : « D’ici fin juin, nous n’aurons plus de médecins. Précédemment, nous avions un médecin à temps complet et un autre à mi-temps. Le médecin à temps complet est en arrêt maladie et ne reprendra pas son activité. Le médecin à mi-temps arrêtera aussi son activité le 30 juin. Plus de 7 000 patients enregistrés au centre se retrouvent sans médecin. On va revenir 6 mois en arrière, quand il y a avait un manque évident de médecins et environ 10 000 patients à l’abandon ».

En termes de trésorerie ce n’est plus possible

L’association gestionnaire avait pourtant identifié 3 médecins étrangers. Mais le temps presse pour le centre de soins. Gérard Gardrat précise : « Nous avons trouvé 3 médecins étrangers qui sont d’accord pour venir à Montluçon. Ils ont passé la validation de leur diplôme le 31 mars mais il faut 6 mois pour qu’ils obtiennent le feu vert pour s’installer officiellement. On ne peut pas attendre jusque-là. Ce sont 2 médecins libanais et une médecin malgache ». Le président de l’APARM explique avoir alerté les élus : « En termes de trésorerie ce n’est plus possible car nous avons perdu la grande majorité du chiffre d’affaires du centre de santé. Nous sommes intervenus auprès des élus locaux, départementaux et nationaux. Mais pour l’instant rien ne bouge à ce niveau ».

Il n’y a qu’un conseil départemental ou un maire qui peut faire bouger les choses 

Il ajoute : « Les patients nous remercient de ce qu’on a fait et trouvent étonnant que les élus ne se manifestent pas alors que dans d’autres départements, les conseils départementaux ont pris le taureau par les cornes pour trouver des médecins, comme en Saône-et-Loire où ils ont recruté plus de 60 médecins en 3 ans. Nous n’avons pas le poids nécessaire pour intervenir auprès des facultés de médecine pour recruter des médecins. Il n’y a qu’un conseil départemental ou un maire qui peut faire bouger les choses ».

Des élus décus

La Ville de Montluçon avait mis à disposition gratuitement des locaux pour ce centre de santé. Frédéric Laporte, maire (LR) de Montluçon, confie : « Je suis forcément déçu. Je pensais qu’il y avait peut-être une solution pour apporter plus de médecins à Montluçon. Les médecins recrutés n’ont pas été à la hauteur de leurs espérances. C’est dommage car cela avait fait naître beaucoup d’espoir dans la population. Ces espoirs se transforment en désespoir beaucoup plus affirmé ». Pointé du doigt comme d’autres élus par le président de l’APARM, l’élu montluçonnais se défend : « Les élus se mobilisent mais on ne fait pas venir des médecins en claquant des doigts. C’est toujours la faute des autres. La marge de manœuvre n’est pas simple. Les médecins s’agglutinent sur des secteurs géographiques et des régions comme l’ouest et le sud. Il y a une liberté totale d’installation. Pour attirer des médecins, je ne pense pas qu’il y ait de solution miracle. A un moment donné, il faudra passer par une certaine contrainte pour une répartition géographique. Les pharmaciens n’ont pas le droit de s’installer comme ils le souhaitent ».
 

S’il y avait des solutions miracles on s’en saurait rendu compte

Claude Riboulet, président (UDI) du Conseil départemental de l’Allier, indique : « Nous avons accompagné l’APRAM et nous leur avons versé une subvention de 20 000 euros en début d’année. Recruter des médecins part d’une excellente bonne volonté. Sauf que cette association s’est confrontée à des difficultés qu’on connaît par ailleurs. Il ne faut pas être définitivement fataliste mais ce genre de projet doit se construire en étant un peu plus prudent. C’est facile de botter en touche sur le dos des élus. S’il y avait des solutions miracles on s’en saurait rendu compte. Depuis 2006 le Département a mis en place le dispositif Wanted, avec des bourses aux étudiants en médecine qui s’installent dans l’Allier. On l’a élargi à tous les professionnels de santé. Mais il y a une grande rivalité des territoires entre eux ».

Il faut rendre notre bassin attractif et attendre les effets de la fin du numerus clausus

Laurence Vanceunebrock, députée LREM de l’Allier, ne cache pas non plus sa déception après l’annonce de la fermeture du centre de soins : « Le maintien de ce centre de soins est indispensable pour le bassin de Montluçon. Il y a plus de 9 000 patients en attente de trouver un généraliste. On se retrouve face à des difficultés administratives, comme pour le recrutement de médecins d’origine étrangère. La crise du COVID vient paralyser les services du ministère de la Santé. Le problème vient de la longueur de l’instruction des dossiers pour les médecins étrangers. Le directeur de l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes m’a parlé d’environ 6 mois d’instruction des dossiers ». Elle a interpellé le Premier Ministre Jean Castex sur le dossier. Elle indique : « Il faut rendre notre bassin attractif et attendre les effets de la fin du numerus clausus. Nous l’avons voté il y a maintenant 2 ans mais les effets vont seulement se faire ressentir dans quelques années. Dans cette attente, il est indispensable de pouvoir recruter des médecins étrangers. La réponse est donc ministérielle, elle n’est pas législative ». A Montluçon, de nombreux patients vont se retrouver sans médecin référent et espèrent que des praticiens pourront venir s'installer sur le territoire.

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