Dans les Alpes, le réchauffement climatique met 148 infrastructures de montagne en péril

Le refuge des Cosmiques, sur les hauteurs de Chamonix, a été endommagé par un écroulement de 600 m3 en 1998. / © POULET PHILIPPE / MAXPPP
Le refuge des Cosmiques, sur les hauteurs de Chamonix, a été endommagé par un écroulement de 600 m3 en 1998. / © POULET PHILIPPE / MAXPPP

Le réchauffement climatique met en danger une centaine d'infrastructures de montagne, selon les recherches du géomorphologue Pierre-Allain Duvillard. Remontées mécaniques, pylônes... Autant de structures fragilisées par la fonte du permafrost, ce sol gelé qui assure la stabilité des montagnes.

Par France 3 Alpes

Les infrastructures de montagne sont en sursis à mesure que la température grimpe dans les Alpes. Selon un scénario climatique médian, la température augmenterait de 3°C d'ici à 2100, ce qui aurait des conséquences irréversibles sur les glaciers mais aussi le permafrost et indirectement, les stations de ski.

Du côté français des Alpes, 947 remontées mécaniques, pylônes, gares d’arrivée ou refuges ont été construits sur ce sol gelé qui sert de ciment aux montagnes. Lorsqu'il se réchauffe, les roches se désolidarisent, provoquant des éboulements. Parmi l'ensemble de ces structures de montagne, 148 présentent un "risque fort de déstabilisation" à cause du réchauffement climatique.
 

"Le permafrost étant quasiment invisible, on peut le détecter avec des mesures géophysiques. Sur nos modélisations, aux Grands Montets par exemple entre la face Nord et la face Sud, on voit bien que ce ciment de glace est en train de fondre", note Pierre-Allain Duvillard, le géomorphologue à l'origine de ces travaux sur la stabilité des infrastructures de montagne.

Les conséquences sont déjà là, affirme le chercheur. "L'évolution du climat prévu pour les prochaines décennies devrait accroître le nombre et l'intensité des déstabilisations alors que les gestionnaires sont particulièrement démunis face à ces risques", ajoute-t-il.

 

La télécabine du Bochard en équilibre


À 2.800 mètres d'altitude, les travaux à la télécabine de Bochard sont l'illustration des recherches de Pierre-Allain Duvillard. Cette remontée mécanique surplombant Chamonix, empruntée chaque année par 700.000 skieurs, est fragilisée par l'affaissement de la roche sous ses fondations. Au fil des ans, les pylônes bougent et des travaux de sécurisation d'ampleur doivent être menés pour renforcer la télécabine et l'empêcher de pencher.

"Le massif existant a tendance à basculer vers l'aval en raison des mouvements de terrain, donc on a réalisé une poutre pour éviter que l'installation ne tombe", montre Pierre-Louis Salomon, chef de chantier sur la télécabine de Bochard. Le coût des travaux s'élève à un million d'euros, l'équivalent du budget annuel de l'entretien du domaine. Jamais auparavant les exploitants de la station n'avaient dû investir autant pour faire face au phénomène.
 

"La télécabine de Bochard date de 1996, à cette époque le glacier était plus bas, donc la question du permafrost qui dégèle n'existait pas. On avait des problématiques glaciaires avec des chutes de sérac, des avalanches... Des problèmes de haute montagne qui étaient bien différentes", note Thibaud Guyon, directeur d'exploitation du domaine des Grands Montets.
 

Non seulement la hausse des températures endommage les infrastructures de haute montagne, mais elle écourte aussi les saisons de certains domaines skiables. À Tignes (Savoie), faute de neige, l'ouverture du glacier, prévue le week-end des 28 et 29 septembre, a dû être reportée. La station a mandaté une étude pour prévoir la fonte de son glacier de la Grande Motte d'ici à 2100, et ainsi envisager l'avenir du ski sur le domaine.

 

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