Le sentier des maquisards : un chemin de mémoire sur les traces des résistants du Cantal

Un sentier de plus de 90 kilomètres va être balisé entre le mont Mouchet et Anterrieux, dans le Cantal. L'objectif : rendre hommage aux résistants traqués par l'armée allemande en juin 1944.

Attentif, méticuleux, Pascal Chabaud, est plongé dans les archives de l’administration allemande à l'époque nazie. Cet écrivain et professeur d’histoire à la retraite travaille sur le maquis du Mont Mouchet, aux confins du Cantal, de la Haute-Loire et de la Lozère, et particulièrement sur l’itinéraire de repli des maquisards à l'arrivée des Allemands, le 10 juin 1944.

Sa mission : créer un chemin de mémoire. "L'objectif du sentier des maquisards c'est d'expliquer au grand public comment ces 2 000, 2 500 hommes se dispersent vers l'ouest un peu de manière confuse et aléatoire après avoir été rassemblés au mont Mouchet, pour se retrouver dans le réduit de la Truyère", vers Anterrieux, résume-t-il.

"On a tendance à oublier ce qu'est la guerre"

Le travail de l’historien c’est, entre autres, d’interroger les témoins, comme Yvette Aldebert. Au début de la guerre, la petite Parisienne avait été envoyée chez sa grand-mère à Ryunes-en-Margeride, non loin du mont Mouchet. C'est là que 26 villageois (dont deux femmes et un enfant) sont fusillés par les SS lors de la bataille avec les résistants, le 10 juin 1944.

"On a entendu d'abord des bruits de moteur (...) et tout de suite après, des cris suivis d'un premier coup de feu. Notre institutrice nous a fait nous accroupir dans le fond de la classe et là d'un coup, on a entendu beaucoup de coups de revolvers, de cris", raconte-t-elle, la voix encore chargée d'émotion.

De très longues minutes après la fin de la fusillade, les petites filles sont autorisées à quitter l’école.

C'est un des moments les plus sales de ma vie. J'ai traversé Ruynes-en-Margeride toute seule, les cadavres n'avaient pas été ramassés sur le chemin. À neuf ans, c'était très dur.

Yvette Adelbert

 

Hantée toute sa vie par ce qu’elle a vécu, Yvette Aldebert a aujourd’hui décidé de témoigner : "Je pense que c'est nécessaire, surtout qu'actuellement on a tendance à oublier ce qu'est la guerre, le mal qu'elle peut faire. Les jeunes doivent être informés de ce qu'on a vécu", conclut-elle.

Ce travail d’historien, Pascal le réalise à la demande de la communauté de communes de Saint-Flour, à environ 40 kilomètres du mont Mouchet. En créant ce sentier des maquisards, elle entend préserver, 80 ans après les faits, la mémoire des évènements de juin 1944. "On apprend les événements d'Oradour-sur-Glane (en Haute-Vienne) dans les livres d'histoires, mais il s'est passé des choses tragiques à côté de chez nous aussi", explique Céline Charriaud, la présidente de Saint-Flour communauté. Alors ce sentier, "c'est une façon de partager l'histoire et la mémoire de ce territoire", poursuit-elle.

Totems sur le sentier

Les textes historiques, documents et témoignages que Pascal Chabaud synthétise vont figurer sur des totems de pierre et d’acier tout au long du sentier. L’historien suit ce travail de près : "C’est une vraie satisfaction de voir ainsi son travail prendre corps !  On se rend compte qu'il y a une volonté de transmission. Cette histoire devient réelle, elle est matérialisée", raconte l'historien.

Au total, le sentier des Maquisards serpente sur plus de 90 kilomètres entre le mont Mouchet et Anterrieux. Soit "sept jours de randonnée, pour découvrir l'histoire, les paysages et le patrimoine", promet Florent Marjoux, chef du service "sport et activités en pleine nature" de la communauté de communes.

Arrivé à Anterrieux, c’est la fin des combats commencés dix jours plus tôt au mont Mouchet pour les maquisards. Le petit village est presque rasé par les troupes allemandes, une quarantaine de résistants sont tués, une tragédie encore palpable entre les murs du musée de la résistance. Pour Pascal Chabaud, ce travail de mémoire est essentiel : "L'histoire ne s'enseigne pas seulement en classe, on l'apprend et on la construit au quotidien. Le sentier perpétue ce travail d'historien auprès des générations actuelles", conclut l'historien.

Enquêtes de région, "1944-2024 : ne pas perdre la mémoire", une émission des rédactions de France 3 Alpes, France 3 Auvergne et France 3 Rhône-Alpes, présentée par Julien Le Coq. Rédaction en chef : Laurent Mazurier. A voir ou revoir sur france.tv.