Coronavirus COVID 19 : “la crise va redistribuer les cartes”, un collectif prône une transition écologique et sociale

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Le collectif "Il faut sauver" lance une pétition pour que la crise sanitaire actuelle soit l'occasion de repenser notre système économique. Composé entres autres de scientifiques, il souhaite que les aides financières versées par le gouvernement aillent en direction des initiatives locales. 

Par Flore Caron

"Nous souhaitons saisir l’opportunité de cette crise sanitaire et économique sans précédent pour transformer notre système en profondeur". Telle est la phrase d'introduction de la pétition lancée par le collectif "Il faut sauver", composé de scientifiques, de fonctionnaires, d'étudiants, d'entrepreneurs, d'entreprises, de municipalités, etc. Ses membres considèrent la crise sanitaire actuelle comme "une opportunité pour effectuer un virage écologique et social" sur le plan politique. La pétition a, pour l'heure, recueilli plus de 250 signatures. 

Pour Nicolas Plain, scientifique et réalisateur du film documentaire "Il faut sauver les Alpes", deux options s'offrent au gouvernement. "Soit on continue d’appliquer les vieilles recettes, on essaie de mettre des pansements sur le système actuel pour le faire repartir et ne pas tomber dans la récession. Par exemple, nationaliser Air France, qui repose beaucoup sur le pétrole pour fonctionner. Mais on repartirait dans un système qui n’est pas viable pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et respecter l’accord de Paris, considère-t-il. Soit on se dit que c’est l’opportunité pour faire une transition écologique et sociale. On pourrait lancer des secteurs comme l’industrie locale moins intensive, les transports décarbonée ou l’agriculture biologique."
 


Des "recettes" partagées

"'Il faut sauver' est un collectif informel mais on est en train de le formaliser", explique Nicolas Plain. Un site internet est notamment en cours de création. L'objectif est d'en faire "un marmiton [site de recettes de cuisine, NDLR]" des initiatives locales. "Il y a plein de solutions que les personnes ont créées après de longues années de réflexion. Nous, on va mettre en open source toutes ces idées et les citoyens n’auront plus qu’à se servir."

Parmi ces "recettes", se trouve par exemple celle de la "remorque partagée". Un système qui permet à plusieurs producteurs locaux de fonctionner ensemble : ils se partagent une remorque avec laquelle ils partent faire les marchés. Et à chaque fois, un seul producteur s'y rend pour vendre les produits de tout le monde. "En un an, les quatre producteurs qui ont lancé ce système ont économisé 1000 heures de travail et 2,2 tonnes de CO2 par an", affirme le scientifique. 

Pour lui, les aides versées actuellement par le gouvernement en raison de la crise sanitaire devraient se tourner vers ce type d'initiatives au lieu d'aider un système qui, selon lui, n'est pas pérenne. Le ministère de l'Economie a en effet affiché à plusieurs reprises son soutien envers les entreprises. "Face à l’épidémie du Coronavirus Covid-19, le gouvernement est en solidarité totale avec les entreprises et leurs salariés, et continuera d'être pleinement mobilisé dans les jours et les semaines à venir", est-il notamment inscrit sur le site du gouvernement. Bercy a notamment annoncé mardi 17 mars que 45 milliards d’euros d'aides seraient consacrés aux entreprises et aux salariés. Concernant Air France, qui devrait voir son activité diminuer de 90 % dans les prochaines semaines, le gouvernement envisage plusieurs solutions dont la nationalisation de la compagnie aérienne ou encore le versement d'aides publiques.
 

Créer de nouveaux types d'emplois

"Au lieu de mettre des millions pour sauver le secteur des transports aériens, on pourrait mettre des millions pour créer de nouveaux types d’emplois et accélérer la transition écologique et sociale, estime quant à lui Nicolas Plain. Il faut qu'on fasse confiance aux organismes et aux institutions locaux. Il faut qu’on redonne l'argent à ceux-là parce que ce sont des acteurs clefs de cette transition."

"Cette crise va redistribuer les cartes. Il va y avoir des sociétés qui vont avoir du mal à fonctionner, des personnes qui vont perdre leur travail, etc. Mais l’idée c’est vraiment de créer de nouveaux types d’emplois", affirme Nicolas Plain. Avant la crise on voyait déjà un virage. Les citoyens avaient de plus en plus envie de s’engager pour ces questions-là. À présent, soit on continue notre chemin et on va droit dans le mur soit on s'engage dans un système plus pérenne."



 

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