Coronavirus COVID 19. Confidences de chefs confinés : Régis Marcon s’amuse dans sa cuisine, "c’est bon pour le moral"

Comme tous les restaurants de France, le Bistrot de la Coulemelle et la Maison 3 étoiles “Régis et Jacques Marcon” à Saint-Bonnet-le-Froid en Haute-Loire ont fermé à cause de l'épidémie de coronavirus. "C’est très compliqué pour tous cette situation", confie Régis Marcon.
Régis Marcon dans son restaurant de Saint-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire), photographié ici en 2015.
Régis Marcon dans son restaurant de Saint-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire), photographié ici en 2015. © MaxPPP
Un souffle d’angoisse a touché le chef auvergnat le samedi 21 mars au soir. Vite dissipé par la force familiale. Régis Marcon connaît le bonheur, le privilège de vivre dans son village natal, à la campagne, avec sa femme Michelle, ses enfants et ses petits enfants. Bien sûr, ils ne s’embrassent plus, ne font plus de grandes tablées, ne vont plus les uns chez les autres. Mais ils se parlent, se voient, tout en respectant les consignes sanitaires. "Nous en avons besoin pour le moral".

Son moral, il l’entretient aussi avec les amis chefs, les producteurs, par des textos ou des appels téléphoniques. "Beaucoup de messages anxiogènes, contradictoires circulent". Au fil des jours, certains s’affolent. Alors, échanger, garder le lien, est une façon de dire "je pense à toi, je pense à vous".  

Avec sa femme, tous les soirs à 20 heures, ils applaudissent les équipes soignantes. "Seuls les chevreuils et les sangliers nous entendent, mais nous le faisons par solidarité". Pour les villageois, la boulangerie Marcon, La Chanterelle, fournit toujours du pain en appliquant les précautions actuelles. Saluer un voisin, même de loin réchauffe le coeur. Aujourd’hui, le patissier prépare des gâteaux au chocolat pour les hôpitaux de Saint-Etienne. Mais le chef d’entreprise, Régis Marcon, a dû mettre 80 salariés au chômage technique. Du jamais vu !

Je peux prendre du temps pour créer avec moins de pression.

Curieux, passionné, le chef aime découvrir de nouveaux légumes. Ce matin, les ignames et les capucines tubéreuses étaient en vedette. Essais gourmands très prometteurs. Méthodique, il a établi une fiche de renseignements sur ces légumes : origine, cuisson, assaisonnements... "Je m’amuse dans ma cuisine, c’est bon pour le moral". Nourritures terrestres et spirituelles alimentent Régis Marcon. Deux livres ouverts depuis le confinement : "l’art de la fermentation" de Luna Kyung et Camille Oger et "Petite anthologie des plus beaux textes tibétains" de Mathieu Ricard. Après la fermeture de ses établissements, "l’horloge s’est arrêtée, la valeur temps a changé, je peux prendre du temps pour créer avec moins de pression". Et pour le bonheur de ses petits enfants, cet après-midi, il a coupé des branches, les a assemblées. "Cette contribution à la construction de leur maison des bois nous a tous ravis".

Depuis toujours, Régis Marcon offre à ses clients l’émotion de son pays. Avec sincérité et authenticité, le chef et son fils Jacques, racontent dans leur restaurant une cuisine gastronomique composée de produits sains issus de terroirs préservés. Ils privilégient l’émotionnel, le sensoriel et non le sensationnel. "Cette pandémie, mettons-la à profit pour réfléchir. Rebâtissons une Maison durable, avec de solides fondations éducatives et humanistes".
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