“On se sent salis” : des enseignants en grève contre la fermeture annoncée de leur lycée

Les enseignants du lycée professionnel Auguste-Aymard, à Espaly-Saint-Marcel en Haute-Loire, se mobilisent contre la fermeture de leur établissement annoncée pour la rentrée 2027. Celui-ci forme chaque année près de 120 élèves aux métiers du bâtiment. Une pétition a été lancée.

Deux banderoles flottent devant le lycée professionnel Auguste-Aymard d'Espaly-Saint-Marcel en Haute-Loire. "Un traquenard tendu à Auguste Aymard", peut-on lire sur les larges bandes de tissu accrochées à l'entrée de l'établissement. Ou encore : "Que vont devenir nos élèves ? Entreprises locales en danger". Près de 90% des personnels de cet établissement ont démarré une grève ce lundi 13 avril au matin. "L'objectif est d'arriver à déprogrammer la fermeture de notre établissement annoncée pour la rentrée 2027. On va se battre contre cette décision que l'on n'accepte pas", indique un gréviste.

"La douche froide"

La nouvelle est tombée début mai, lors d'une réunion entre le rectorat de Clermont-Ferrand, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, les enseignants d'Auguste-Aymard et ceux du lycée polyvalent Charles et Adrien-Dupuy situé à quelques kilomètres, au Puy-en-Velay. 

On nous a annoncé la fermeture progressive du lycée Auguste-Aymard, sans jamais prononcer ce mot. On nous parlait de transfert vers Dupuy. On a essayé de poser des questions sur le devenir des postes, du bâti qui possède de nombreux équipements... Cela a été la douche froide, les mines étaient graves".

Nathalie Rumberger

porte-parole à la Snes-Fsu 43

La Région se serait engagée à replacer tous les enseignants. "Cela va être très compliqué pour ceux qui enseignent des spécialités. Ils vont se retrouver à 200km de chez eux", s'inquiète un professeur d'ébénisterie. Aucun engagement n'aurait été donné sur le maintien de l'offre de formation actuellement proposée au lycée d'Espaly. "Un ou deux bac pro vont être créés au lycée Charles et Adrien-Dupuy mais pour le reste, on ne sait pas. Les élèves qui voudront se former sur le territoire seront obligés de se tourner vers des établissements privés. On a aussi le sentiment que les filières initiales vont disparaître au profit de l'alternance. Tous les moyens sont mis dessus ces dernières années mais elle ne convient pas à tous les élèves", déplore Nathalie Rumberger. 

Des filières qui recrutent

Chaque année, environ 120 élèves étudient dans ce lycée ouvert depuis 1947 : des apprentis, des adultes en reconversion, des lycéens en formation initiale ou des mineurs étrangers allophones. Les cursus proposés, autour de la menuiserie, de la métallurgie ou de l'énergie thermique, comptent de plus en plus d'inscrits. "Ces filières connaissaient un regain d'intérêt. On ferme des formations aux métiers qui recrutent et qui sont porteurs pour le territoire. C'est incompréhensible", poursuit la porte-parole de la Snes-Fsu 43. 

Contacté, le rectorat de Clermont-Ferrand n'a pas souhaité exprimer les raisons d'une telle décision. "Le projet est à l'étude avec nos partenaires de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. La rentrée 2024 se fera dans les mêmes conditions qu'initialement prévues", indique-t-il. La Région, de son côté, confirme que "la date annoncée de fermeture est 2027" et avoir "pris acte de la décision du rectorat de fermer l'établissement et la regrette. La Région sera très attentive aux conditions dans lesquelles cette décision sera mise en œuvre."

Nous sommes un lycée à taille humaine, c'est ce qui fait notre force. On accueille des jeunes en grande difficultés. On en a vu certains s'en sortir alors qu'on ne leur donnait aucune chance.

Un professeur du lycée Auguste-Aymard

Pas de proviseur depuis 4 ans 

La situation couvait depuis plusieurs années. "Cela fait 4 ans que le poste de proviseur est gelé. Les conditions devenaient difficiles mais on ne pensait pas que l'on en arriverait jusque-là", indique un professeur. Dans une lettre adressée au recteur de l'académie de Clermont-Ferrand, en avril 2023, les représentants du personnel alertaient déjà sur des "dysfonctionnements" tels que la disparition de postes essentiels ou le non-remplacement des enseignants absents.

"C'est la qualité de notre travail, le suivi, la santé, la sécurité de nos élèves qui sont attaqués. Ainsi l'ensemble de l'équipe pédagogique et des agents de notre établissement veulent ici témoigner de maltraitance et de mépris au travail", indique le courrier, qui soulignait l'urgence d'organiser une réunion au sujet des difficultés du lycée Auguste-Aymard. Il n'avait pas reçu de réponse.

On se sent salis et complètement dévalorisés par cette décision de fermeture qui est prise sans concertation. On est fiers du travail accompli auprès de nos élèves. Tout ce que l'on veut, c'est continuer.

Un professeur du lycée Auguste-Aymard

Une nouvelle lettre, adressée au rectorat, à la région mais aussi aux élus locaux, a été rédigée par les personnels mobilisés ce lundi. La grève a été maintenue pour le mardi 14 mai. "On se mêlera à la manifestation nationale du "choc des savoirs". Le cortège doit s'arrêter à l'inspection académique au Puy. On va essayer d'être reçus et de faire entendre notre cause", soupire un enseignant. 

L’ensemble des personnels du Lycée Auguste Aymard soutenu par les syndicats CGT, FO, FSU, SUD et UNSA a publié une pétition en ligne. "Le Rectorat et la Région suppriment des filières bac pro porteuses d’avenir, la filière bois et celle des énergies renouvelables, pour les remplacer par des filières dont on ne connaît pas les débouchés", écrivent les signataires. Ils questionnent : "Pourquoi attaquent-ils, depuis de nombreuses années, une structure reconnue comme étant un modèle de réussite éducative dont les effectifs sont en hausse depuis 3 ans et que les résultats aux examens sont là ?"

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