"C'est pire que l'usine" : l'appel au secours des soignants d'un Ehpad d'Annecy durement touché par le Covid-19

Vingt résidents et neuf soignants ont été testés positifs au Covid-19 au sein de l'établissement pour personnes âgées Saint-François de Sales à Annecy. En sous-effectif depuis des mois, le personnel se dit épuisé.

Le Covid-19 touche de plein fouet la résidence Saint-François d'Annecy. (Illustration)
Le Covid-19 touche de plein fouet la résidence Saint-François d'Annecy. (Illustration) © Guillaume BONNEFONT / MAXPPP
"Démotivés et fatigués", c'est ainsi que se décrivent les aides-soignants de la résidence Saint-François de Sales à Annecy. L'établissement d'hébergement pour personnes âgées (Ehpad) compte 20 cas de Covid-19 parmi ses 73 résidents au mardi 20 octobre, deux en sont décédés et quatre ont été transférés vers d'autres établissements de soin. Neuf soignants ont également été testés positifs.

Le directeur du centre hospitalier Annecy Genevois (Change), gestionnaire de l'Ehpad, parle d'une "situation stable et maîtrisée" mais le virus s'est largement propagé parmi les résidents, pourtant confinés en chambre depuis une semaine. "Comme on est peu nombreux, des résidents peuvent déambuler, aller dans une autre chambre et infecter quelqu'un, témoigne une aide-soignante de l'établissement qui préfère rester anonyme. Si on était en effectif suffisant, ça n'arriverait pas." Lors de la première vague, aucun cas de coronavirus n'avait été détecté au sein de l'établissement.

Épaulés par les syndicats, les aides-soignants de la résidence Saint-François de Sales ont lancé plusieurs appels au secours à la direction du Change. Dans une série de mail, dont France 3 Alpes a pu prendre connaissance, ils alertent leur hiérarchie sur une "situation de crise" au sein de l'établissement, générée notamment par un sous-effectif chronique. "La situation est catastrophique et désespérante, les agents ont l'impression d’être maltraitants avec les résidents, nous sommes toutes et tous à bout", écrivait l'équipe aide-soignante à la direction dès le mois de juin.

"Il manque cinq ou six équivalents temps plein chez les aides-soignants, selon Angélique Neutens, secrétaire générale de la CGT au Change. Les conditions de travail sont terribles, la plupart des gens ne veulent pas rester." Si la direction du Change reconnaît un manque d'effectifs, elle ne s'avance pas sur le terrain des chiffres.

"En Haute-Savoie, on a une difficulté de recrutement (...) Ce n'est même pas une question de financement des structures, c'est vraiment un problème d'attractivité et de présence de conditions beaucoup plus favorables en Suisse, c'est une réalité", estime le directeur général du centre hospitalier, Vincent Delivet. Face à un manque de moyens humains, le personnel décrit une cadence infernale. "On demande aux agents de faire des journées de 12 heures. C'est régulier et c'est épuisant pour les équipes", confirme la même aide-soignante.


 

"Avec le sous-effectif plus le Covid, c'est la catastrophe"


"C'est pire que l'usine, confie-t-elle, on ne fait que courir pour accomplir nos soins." Chaque aide-soignant doit effectuer 10 toilettes par jour, s'occuper du petit-déjeuner de 20 résidents, désinfecter les chambres des patients infectés par le coronavirus... Autant de tâches "chronométrées" alors qu'elles "demandent plus de temps à cause du protocole d'hygiène renforcé". "Avec le sous-effectif plus le Covid, c'est la catastrophe", résume-t-elle.

"Souvent, je vois des aides-soignantes pleurer tellement elles n'en peuvent plus", poursuit la soignante de l'Ehpad selon qui "il y a clairement une mise en danger des soignants et des résidents." La CGT du Change a déposé un "danger grave et imminent" lundi pour demander à la direction de l'hôpital d'agir. En réponse, le Change a activé son plan blanc de niveau 2 lundi soir. Une "avancée", selon la CGT, car ce dispositif doit permettre de renforcer les équipes en gériatrie. "On espère avoir des réponses, qu'ils vont comprendre que c'est urgent", se résigne Angélique Neutens.
 
La direction souhaite ainsi appeler des "renforts extérieurs" via une campagne de recrutement et redéployer des moyens depuis le centre hospitalier. "Toutes les mesures sont prises pour assurer la présence de professionnels en nombre suffisant dans les services", peut-on lire dans un communiqué du Change. Selon nos informations, mardi soir, aucun renfort d'effectif n'a encore été envoyé à l'Ehpad Saint-François.

 
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