"L'alpinisme est le temple de la souffrance" : les images de l'exploit majuscule de Benjamin Védrines et Léo Billon au Mont-Blanc

Le duo de cordée, Benjamin Védrines et Léo Billon, a réalisé un nouvel exploit en cet hiver 2024. En trois jours, entre le 28 et le 30 janvier 2024, les alpinistes ont réalisé trois des voies parmi les plus emblématiques du Mont-Blanc : les Drus, les Droites et la face Nord des Grandes Jorasses.

Benjamin Védrines et Léo Billon ont reconstitué leur duo de cordée pour réaliser un nouvel exploit de l'alpinisme. Entre le 28 et le 30 janvier 2024, ils ont réalisé trois des voies les plus difficiles du Mont-Blanc : la voie des guides des Drus, la voie Rhem-Vimal en face nord des Droites puis la voie No Siesta, en face nord des Grandes Jorasses. Au total : 3 000 mètres cumulés de paroi, gravis en à peine trois jours.

Jour 1, l'ascension des Drus : "Des longueurs incroyables"

En 2022, Benjamin Védrines et Léo Billon avaient déjà escaladé les Grandes Jorasses, par la voie Gousseault-Desmaison, en 15 heures seulement. "On était parti sur une voie mythique à gauche de l'éperon de Walker, et on s'est dit qu'est-ce qu'on peut faire de mieux ? Il faut taper un grand coup, imaginer quelque chose de difficile, d'ambitieux", récapitule Benjamin Védrines. "On a trouvé cet enchaînement qui paraissait tellement logique, par la beauté du parcours, par la beauté des voies et le fait de terminer par les Jorasses, qui est quand même un mythe."

Il n'aura fallu que dix heures au binôme pour réaliser l'ascension de la voie des guides, dans la face Nord des Drus. "Quand j'ai reçu un message de Léo me disant qu'il était disponible cette semaine et je voyais que la météo était là, je n'ai vraiment pas pu résister à son appel", se rappelle Benjamin Védrines.

Une montée "démente", selon Benjamin Védrines, qui décrit "des longueurs incroyables. C'est assez physique, avec pas mal de concentration toute la journée".

Pour les Drus, le binôme a relevé un double défi : réaliser l'ascension, non seulement en une journée, mais aussi en ascension libre. "Ça se fait depuis une vingtaine d'années, c'est de ne pas s’aider des protections qu'on a mis en place pour tirer et pour se hisser vers le haut. Et d'utiliser uniquement nos mains, nos crampons, nos piolets", explique Benjamin Védrines.

La météo est là, la cordée est motivée.

Benjamin Védrines

Alpiniste

L'alpiniste explique à la fin de cette première journée que lui et Léo Billon se "laissent l'opportunité de se reposer". Une option abandonnée par le binôme, qui a enchaîné le lendemain avec une voie exceptionnelle.

Jour 2, ascension des Droites : "C'était dément"

À 17 heures, Benjamin Védrines signale que lui et son équipier sont en train de descendre des Droites, "assez rapidement, vers la mer de glace". Et ce, après seulement sept heures d'ascension sur la voie Rhem-Vimal, "sauvage, tout à équiper", avec "une longueur de ouf, très raide, assez courte".

"Les pentes de neige du début nous ont posé pas mal de soucis, parce qu'elles n'étaient pas protégeables", raconte Benjamin Védrines.

Le duo de cordée a parcouru jusqu'à 600 mètres sans aucune possibilité de s'assurer. "Ces moments où on est sur de la neige, où on ne peut pas s'assurer, ils ne sont pas très durs physiquement mais mentalement, parce que la moindre erreur est fatale alors que sur les parties qui sont très techniques, on est assuré, on a le droit de tomber", raconte Léo Billon.

Jour 3, la face nord des Grandes Jorasses : "Un rêve"

Après avoir envisagé de passer par la voie Bonatti-Vaucher, le duo de cordée a finalement opté pour la voie "No Siesta", après trois nuits passées dans le froid et très peu de temps de repos. Avec 30 longueurs de mixte, de glace et de rocher, elle est considérée comme l'une des plus difficiles de la face nord.

Le binôme y découvre un environnement "austère", où, d'après Benjamin Védrines, "on prend la sensation, la dimension de ces 1 200 mètres de neige, de glace et de rochers. Et puis, on sent l'histoire qui pèse, parce qu'on voit plein de bouts de corde de partout, de pitons, d'équipement".

Le 30 janvier à 19 heures après quelques erreurs d'itinéraire, "un peu moins lucide et fatigué", le binôme entame la descente en ayant le sentiment d'avoir "faire partie un petit peu partie de ce renouveau de l'alpinisme et de mettre ses ambitions au service de cette culture."

On n'arrive pas à dire : "Voilà, c'est une consécration, c'est un aboutissement." On a toujours envie de voir la suite, ce qu'on est capable de faire de plus fort, de plus dur.

Benjamin Védrines

Alpiniste

"Au sommet des Jorasses, on a eu une émotion très forte et on a ressenti l'idée qu'on pourrait presque arrêter l'alpinisme après avoir réalisé ça", confie l'alpiniste de 31 ans. "C'est ce côté marquant, peut-être révolutionnaire, mais nous sur le terrain, on ne l'a pas vécu de la même manière non plus."

Un exploit déjà entré dans l'histoire de l'alpinisme

Cette trilogie est l'aboutissement de plus de 15 ans de cordée entre les deux alpinistes. "On y est allé assez graduellement dans les enchaînements, on a commencé par des petites voies de 200 mètres dans des petits massifs calcaires, avec des baskets au pied. Et maintenant on en est là", sourit Léo Billon.

"Il y a ce symbole de la corde entre deux personnes qui est très très fort", confirme Benjamin Védrines. "C'est tellement riche, tellement sacré ce principe de cordée. On met du temps à le construire souvent, et encore plus quand elle est complémentaire comme ça."

L'alpinisme, c'est le temple de la souffrance, d’autant plus en hivernal, avec les enchaînements, le froid, la fatigue. Mais c'est aussi ça ce qu'on vient chercher. En tout cas de gérer la souffrance et de faire avec.

Léo Billon

Alpiniste

Autre paramètre très important, la gestion de ses ressources physiques et mentales. "On sait que c'est un enchaînement, qu'il faut en garder sous le pied. Je ne me donnais pas à fond. Du coup, c'est marrant à la fin, on n'est pas fatigués physiquement. C'est plus mentalement", retrace Léo Billon.

"Il faut une bonne balance entre les prises de risque et l'engagement qu'on met. En alpin, ce n'est pas toujours évident à calculer parce qu'on peut parfois dépasser cette limite-là et c'est à ce moment-là où on peut aller trop loin et arriver à l’accident", détaille Benjamin Védrines.

Et le duo de cordée ne compte pas s'arrêter là. Léo Billon reprend : "Il reste encore plein d'autres massifs autour du monde et d'autres pratiques à explorer." "Peut-être que des jeunes nous prendront comme inspiration, et faire ce qu'on a fait, voire peut-être mieux", conclut Benjamin Védrines.

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