Coronavirus : "on a très peur pour l'emploi", alerte le secteur du décolletage en Haute-Savoie

Déjà fragilisé par la mutation du marché automobile, le secteur du décolletage subit de plein fouet l'effondrement du marché aéronautique lié à la crise du coronavirus. La filière, qui emploie près de 9000 personnes en Haute-Savoie, redoute une crise économique bien plus importante qu'en 2008.
Image d'illustration dans une usine de l'entreprise Baud, société de décolletage et usinage de précision.
Image d'illustration dans une usine de l'entreprise Baud, société de décolletage et usinage de précision. © Vincent Isore / Maxppp
C'est une crise économique sans précédent que décrivent les représentants de la filière du décolletage. Alors que le déconfinement se mettait en place dans tout l'Hexagone lundi 11 mai, le Préfet de la Haute-Savoie a reçu les représentants du syndicat national du décolletage, venus alerter sur le danger qui pèse sur la profession. Le secteur emploie 12000 salariés en France, dont 9000 dans la vallée de l'Arve.
 

Les carnets de commande se vident


"On se sentait un peu en décalage lundi", explique Maxime Thonnerieux, directeur du SNDEC, le syndicat national du décolletage. "Tout le monde parlait de reprise d’activité. Or pour la profession du décolletage, la reprise d’activité n'a pas eu lieu cette semaine puisque très vite après l'arrêt d'activité le 16 mars, les entreprises ont mis en place les mesures barrières pour être capable de redémarrer le plus vite possible. Dix jours après le confinement, 95% des entreprises étaient déjà en activité."

Durant le confinement, les entreprises du secteur, dont les deux-tiers sont situées dans la vallée de l'Arve, en Haute-Savoie, ont ainsi pu maintenir "40 ou 50%" de leur activité. "Par contre la problématique aujourd’hui, c’est que les carnets de commande commencent à être vides. Les commandes sont soit annulées, soit décalées et surtout les perspectives que les grands donneurs d’ordre nous donnent ne sont pas bonnes", résume Maxime Thonnerieux. 

Un constat qui s'applique aux marchés de l'aéronautique, de l'automobile et des biens d'équipement. Trois marchés qui représentent à eux seuls 82% du chiffre d'affaires de la filière. "Ce n’est jamais arrivé qu’on ait tous nos marchés qui se cassent la figure en même temps. En 2008, on avait une crise en V, c’est-à-dire avec un redémarrage assez rapide de la production. On avait mis à peu près 14 mois à revenir à des niveaux de production corrects. Là on n’est pas du tout sur le même schéma, il va falloir 24 ou 36 mois pour qu’on retrouve des volumes d’avant-crise."
 

"On cumule crise structurelle et crise conjoncturelle"


Avant la crise sanitaire du coronavirus, le secteur du décolletage avait déjà alerté Emmanuel Macron sur la situation du marché automobile. "Lors de sa visite en Haute-Savoie en février, Bruno Le Maire avait qualifié de tsunami la révolution des motorisations automobiles", rappelle Maxime Thonnerieux. Les entreprises subissent en effet la mutation du secteur automobile vers l'électrique, les moteurs des véhicules électriques et hybrides nécessitant moins de pièces que les moteurs thermiques.

Et la baisse de la production automobile s'est encore accentuée avec la crise du coronavirus. Après deux mois de confinement, "les constructeurs ont des stocks de véhicules très importants, 700 000 chez PSA et autant chez Renault, donc la production va se réduire", estime Maxime Thonnerieux. "Tous les producteurs auto annoncent des redémarrages d’usine certes, mais des redémarrages à peu près à 30% des capacités. Et la demande est extrêmement faible".

Les perspectives ne sont pas meilleures du côté de l'aéronautique. "La demande est en train de s’effondrer. On a des plans de licenciement massifs chez tous les opérateurs aériens, Ryanair, Lufthansa... Sur les commandes d’avions, il va y avoir une baisse importante ; les programmes sont réévalués. Alors qu’on était sur des prévisions de croissance importante on nous annonce 50% de moins dans les 24 prochains mois."

Selon le directeur du SNDEC, la crise actuelle n'est pas comparable à celle de 2008. "Là, on cumule une crise structurelle de l’automobile avec une crise conjoncturelle qui est celle de l'aéronautique. On passe d’une situation qui était difficile, à une situation quasi-insoluble. Mais on garde espoir quand même."
 

Plan de soutien


Si la filière n'envisage pas encore de vagues de licenciements, Maxime Thonnerieux reconnaît avoir "très peur pour l'emploi". Le syndicat national du décolletage demande de l'aide à l'Etat. Parmi les mesures évoquées : maintien de la prise en charge à 100% de l'activité partielle des entreprises, report des échéances de crédit sur l'investissement ou encore suspension de la taxe sur la valeur ajoutée. 

La profession réclame aussi un plan de soutien spécifique au secteur du décolletage "pour permettre de structurer l’action globale de la profession pendant les 2 ou 3 prochaines années. Parce que toutes les entreprises, notamment les TPE et les PME, n'ont pas forcément les moyens d'actions des grands groupes".
 
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